{"id":1423,"date":"2017-07-18T20:48:13","date_gmt":"2017-07-18T18:48:13","guid":{"rendered":"http:\/\/erikcarnets.fr\/?p=1423"},"modified":"2017-07-18T20:48:13","modified_gmt":"2017-07-18T18:48:13","slug":"aix-en-provence-et-don-giovanni-toute-une-histoire","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/erikcarnets.fr\/?p=1423","title":{"rendered":"Aix-en-Provence et Don Giovanni : toute une histoire!"},"content":{"rendered":"<p><a href=\"http:\/\/erikcarnets.fr\/?p=1423\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"alignleft wp-image-1424\" src=\"http:\/\/erikcarnets.fr\/wp-content\/uploads\/don_gio_aix_1-251x300.jpg\" alt=\"\" width=\"300\" height=\"358\" srcset=\"https:\/\/erikcarnets.fr\/wp-content\/uploads\/don_gio_aix_1-251x300.jpg 251w, https:\/\/erikcarnets.fr\/wp-content\/uploads\/don_gio_aix_1.jpg 568w\" sizes=\"auto, (max-width: 300px) 100vw, 300px\" \/><\/a><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Voir <em>Don Giovanni<\/em> \u00e0 Aix-en-Provence, et encore mieux dans le Th\u00e9\u00e2tre de l&rsquo;Archev\u00e9ch\u00e9, c&rsquo;est presque comme voir <em>Parsifal<\/em> \u00e0 Bayreuth\u00a0: on sent combien l&rsquo;ouvrage est important pour le lieu, charg\u00e9 d&rsquo;une grande force. Il aura marqu\u00e9 en 1949 le d\u00e9but du rayonnement international du Festival d&rsquo;Aix-en-Provence et est r\u00e9guli\u00e8rement remis sur les planches. La derni\u00e8re mise en sc\u00e8ne de Dmitri Tcherniakov avait fait couler beaucoup d&rsquo;encre tant il chamboulait les personnages et donnait un sens tout autre \u00e0 l&rsquo;ouvrage (mais avec quel brio\u00a0! ). Jean-Fran\u00e7ois Savidier est beaucoup plus sage dans ses r\u00e9alisations sans pour autant \u00eatre ti\u00e8de. Et la distribution r\u00e9unie autour de J\u00e9r\u00e9mie Rhorer est assez tentante\u00a0: de jeunes chanteurs assez vifs sur sc\u00e8ne pour un chef qui conna\u00eet tr\u00e8s bien ce r\u00e9pertoire classique et a donn\u00e9 de tr\u00e8s belles lectures d&rsquo;ouvrages de Mozart. Ce jour de premi\u00e8re \u00e9tait donc attendu par tout le public. Alors que le soleil se couchait, que les pigeons prenaient place sur les rebords de fen\u00eatre&#8230; la magie commen\u00e7a \u00e0 op\u00e9rer\u00a0!<\/p>\n<p><!--more--><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">D\u00e9j\u00e0 le lieu&#8230; entrer par cette grande porte qui a tant marqu\u00e9 l&rsquo;art lyrique depuis trois quarts de si\u00e8cle, et puis cette ambiance de premi\u00e8re sous la chaleur du sud. L&rsquo;arriv\u00e9e dans la cours nous fait gravir les marches et d\u00e9couvrir le th\u00e9\u00e2tre en lui-m\u00eame\u00a0: une grande structure qui semble si proche de la sc\u00e8ne. Au dessus de nos t\u00eate\u00a0: le ciel avec quelques l\u00e9gers nuages qui jouent avec la lune. Sur les c\u00f4t\u00e9s\u00a0: les pigeons prennent place pour leur nuit (et nous donneront quelques petits bruits durant la premi\u00e8re demi-heure)&#8230; et ce calme. Loin de la tension que l&rsquo;on peut ressentir dans certaines salles, ici le public semble repos\u00e9 et pr\u00eat \u00e0 ressentir la musique. Chacun ou presque a pris une petite couverture pour lutter contre les \u00e9ventuelles fra\u00eecheurs nocturnes&#8230; mais tout cela avec un certain flegme. Il faut dire qu&rsquo;il est 21h30, et que le spectacle est pr\u00e9vu pour durer jusqu&rsquo;\u00e0 0h40&#8230; une grande soir\u00e9e de musique donc\u00a0!<\/p>\n<div id=\"attachment_1426\" style=\"width: 510px\" class=\"wp-caption aligncenter\"><a href=\"http:\/\/erikcarnets.fr\/wp-content\/uploads\/don_gio_aix_3.jpg\" target=\"_blank\" rel=\"noopener\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" aria-describedby=\"caption-attachment-1426\" class=\"wp-image-1426\" src=\"http:\/\/erikcarnets.fr\/wp-content\/uploads\/don_gio_aix_3-300x163.jpg\" alt=\"\" width=\"500\" height=\"272\" srcset=\"https:\/\/erikcarnets.fr\/wp-content\/uploads\/don_gio_aix_3-300x163.jpg 300w, https:\/\/erikcarnets.fr\/wp-content\/uploads\/don_gio_aix_3-768x418.jpg 768w, https:\/\/erikcarnets.fr\/wp-content\/uploads\/don_gio_aix_3.jpg 1024w\" sizes=\"auto, (max-width: 500px) 100vw, 500px\" \/><\/a><p id=\"caption-attachment-1426\" class=\"wp-caption-text\">Acte I<\/p><\/div>\n<p style=\"text-align: justify;\">Le <em>Don Giovanni<\/em> de Mozart est peut-\u00eatre l&rsquo;un des op\u00e9ras les plus connus \u00e0 juste titre. Il faut bien avouer que la musique est imparable et la tension dramatique fantastique\u00a0! Malgr\u00e9 des moments o\u00f9 il ne se passe finalement rien, la musique soutient toujours l&rsquo;attention et le plaisir d&rsquo;\u00e9couter et vivre cette partition est toujours pr\u00e9sent. Des grands airs aux caract\u00e8res bien diff\u00e9renci\u00e9s, des r\u00e9citatifs tr\u00e8s vivants et des ensembles d&rsquo;une puissance assez impressionnante&#8230; tout cela s&rsquo;encha\u00eene sans temps mort. Comment s&rsquo;ennuyer ici\u00a0? Surtout que la mise en sc\u00e8ne propos\u00e9e par <strong>Jean Fran\u00e7ois Sivadier<\/strong> est d&rsquo;une vivacit\u00e9 et d&rsquo;une virtuosit\u00e9 d\u00e9coiffante\u00a0! Habitu\u00e9 \u00e0 nous montrer l&rsquo;envers du d\u00e9cors, cette production n&rsquo;\u00e9chappe pas \u00e0 la r\u00e8gle. Des tables de maquillage, une sc\u00e8ne avec des coulisses visibles, des personnages qui semblent sortir de sc\u00e8ne tout en continuant \u00e0 jouer&#8230; Le d\u00e9cors est assez minimaliste, mais tr\u00e8s vari\u00e9 par de simples rideaux et des \u00e9clairages. Les costumes se m\u00e9langes aussi avec \u00e0 la fois des costumes contemporains puis l&rsquo;arriv\u00e9e de costumes d&rsquo;\u00e9poque avant que notre si\u00e8cle ne revienne pour nous plonger encore plus fort dans le drame. Mais ce qui fait tout le pris de cette mise en sc\u00e8ne,c&rsquo;est cette direction d&rsquo;acteur et cette d\u00e9finition si fine des personnages\u00a0! Car chacun a sa vie, son style de mouvement et un naturel confondant. Tout est fluide et vari\u00e9\u00a0: les chanteurs sont totalement impliqu\u00e9s et donnent beaucoup de leur personne. C&rsquo;est cette activit\u00e9 bouillonnante et physique qui donne vie \u00e0 l&rsquo;ouvrage.<\/p>\n<div id=\"attachment_1429\" style=\"width: 510px\" class=\"wp-caption aligncenter\"><a href=\"http:\/\/erikcarnets.fr\/wp-content\/uploads\/don_gio_aix_6.jpg\" target=\"_blank\" rel=\"noopener\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" aria-describedby=\"caption-attachment-1429\" class=\"wp-image-1429\" src=\"http:\/\/erikcarnets.fr\/wp-content\/uploads\/don_gio_aix_6-300x200.jpg\" alt=\"\" width=\"500\" height=\"333\" srcset=\"https:\/\/erikcarnets.fr\/wp-content\/uploads\/don_gio_aix_6-300x200.jpg 300w, https:\/\/erikcarnets.fr\/wp-content\/uploads\/don_gio_aix_6-768x512.jpg 768w, https:\/\/erikcarnets.fr\/wp-content\/uploads\/don_gio_aix_6.jpg 1024w\" sizes=\"auto, (max-width: 500px) 100vw, 500px\" \/><\/a><p id=\"caption-attachment-1429\" class=\"wp-caption-text\">Acte I : Eleonora Buratto (Donna Anna), Philippe Sly (Don Giovanni), Isabel Leonard (Donna Elvira)<\/p><\/div>\n<p style=\"text-align: justify;\">Les choix musicaux sont importants dans <em>Don Giovanni<\/em>. En effet il y a la grande tradition romantique d&rsquo;un c\u00f4t\u00e9 avec un orchestre large et sombre&#8230; et le renouveau n\u00e9 de la r\u00e9volution baroque avec un orchestre plus fin et vif. Bien s\u00fbr, avec <strong>Le Cercle d&rsquo;Harmonie<\/strong>, <strong>J\u00e9r\u00e9mie Rhorer<\/strong> a opt\u00e9 plut\u00f4t pour la deuxi\u00e8me option mais sans forcer le trait. En effet, tout au long de la partition, on entend certes un orchestre d\u00e9graiss\u00e9 et fin, mais qui sait garder les justes ambiances comme en t\u00e9moigne l&rsquo;ouverture par exemple. Les premiers accords sont puissants et denses alors que la deuxi\u00e8me partie sera toute pleine de joie et de vie. Il va donc tenir l&rsquo;ouvrage d&rsquo;une main de fer dans un gant de velours. Toujours cette rigueur stylistique qui emp\u00eache l&#8217;emphase et la lourdeur mais en sachant donner du poids quand il le faut et aussi une grande \u00e9nergie. Les timbres ne sont pas forc\u00e9ment les plus flatteurs mais l&rsquo;orchestre joue parfaitement son r\u00f4le et offre un parfait \u00e9crin dynamique pour que l&rsquo;action se d\u00e9roule musicalement. On notera juste quelques petits flottements durant l&rsquo;ouverture, comme si la tension emp\u00eachait les instrumentistes d&rsquo;\u00eatre tout \u00e0 fait \u00e0 leur niveau habituel. Mais cela ne durera finalement que quelques minutes avant que l&rsquo;orchestre ne retrouve une qualit\u00e9 parfaite.<\/p>\n<div id=\"attachment_1431\" style=\"width: 510px\" class=\"wp-caption aligncenter\"><a href=\"http:\/\/erikcarnets.fr\/wp-content\/uploads\/don_gio_aix_8.jpg\" target=\"_blank\" rel=\"noopener\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" aria-describedby=\"caption-attachment-1431\" class=\"wp-image-1431\" src=\"http:\/\/erikcarnets.fr\/wp-content\/uploads\/don_gio_aix_8-300x200.jpg\" alt=\"\" width=\"500\" height=\"333\" srcset=\"https:\/\/erikcarnets.fr\/wp-content\/uploads\/don_gio_aix_8-300x200.jpg 300w, https:\/\/erikcarnets.fr\/wp-content\/uploads\/don_gio_aix_8-768x512.jpg 768w, https:\/\/erikcarnets.fr\/wp-content\/uploads\/don_gio_aix_8.jpg 1024w\" sizes=\"auto, (max-width: 500px) 100vw, 500px\" \/><\/a><p id=\"caption-attachment-1431\" class=\"wp-caption-text\">Acte I : Nahuel di Pierro (Leporello), Julie Fuchs (Zerlina), Philippe Sly (Don Giovanni), Krsysztof B\u0105czyk (Masetto)<\/p><\/div>\n<p style=\"text-align: justify;\">Malgr\u00e9 leur faible nombre, le ch\u0153ur <strong>English Voices<\/strong> est assez impressionnant de pr\u00e9sence tant musicale que sc\u00e9nique. Avec uniquement six femmes et six hommes ils remplissent toute la sc\u00e8ne et sonnent de superbe mani\u00e8re\u00a0! Le fait de n&rsquo;avoir que trois voix par pupitre \u00e9vite un trop grand fondu et nous fait plus entendre des trios mais avec un ensemble parfait. On se rapproche sans doute avec cette disposition beaucoup plus de ce qui se faisait lors de la cr\u00e9ation qu&rsquo;avec un ch\u0153ur immense\u00a0! Autre intervenant tr\u00e8s marquant, <strong>David Leigh<\/strong> nous offre un Commandeur de grande stature. Sc\u00e9niquement d\u00e9j\u00e0 il est r\u00e9guli\u00e8rement pr\u00e9sent sur sc\u00e8ne comme son fant\u00f4me se manifestant aux vivants. Mais c&rsquo;est v\u00e9ritablement dans la derni\u00e8re sc\u00e8ne qu&rsquo;il donne toute sa mesure. Il marche tout autour de la sc\u00e8ne en allumant de grandes colonnes de lumi\u00e8res blafardes qui finiront par emprisonner Don Giovanni. La pr\u00e9sence est gla\u00e7ante et saisissante. Et la voix est \u00e0 la hauteur du personnage. Superbement projet\u00e9e et d&rsquo;un beau m\u00e9tal tranchant, elle \u00e9vite les ab\u00eemes noirs pour offrir un caract\u00e8re imp\u00e9rieux parfait.<\/p>\n<div id=\"attachment_1427\" style=\"width: 260px\" class=\"wp-caption alignleft\"><a href=\"http:\/\/erikcarnets.fr\/wp-content\/uploads\/don_gio_aix_4.jpg\" target=\"_blank\" rel=\"noopener\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" aria-describedby=\"caption-attachment-1427\" class=\"wp-image-1427\" src=\"http:\/\/erikcarnets.fr\/wp-content\/uploads\/don_gio_aix_4-198x300.jpg\" alt=\"\" width=\"250\" height=\"378\" srcset=\"https:\/\/erikcarnets.fr\/wp-content\/uploads\/don_gio_aix_4-198x300.jpg 198w, https:\/\/erikcarnets.fr\/wp-content\/uploads\/don_gio_aix_4.jpg 448w\" sizes=\"auto, (max-width: 250px) 100vw, 250px\" \/><\/a><p id=\"caption-attachment-1427\" class=\"wp-caption-text\">Acte II : Julie Fuchs (Zerlina)<\/p><\/div>\n<p style=\"text-align: justify;\">Le couple Zerlina\/Masetto est souvent l\u00e9g\u00e8rement d\u00e9pareill\u00e9 et ce sera le cas encore ce soir. <strong>Krsysztof B\u0105czyk<\/strong> est en effet le seul de la distribution \u00e0 \u00eatre aussi terne et peu engag\u00e9. Certes le personnage n&rsquo;est que peu d\u00e9velopp\u00e9 mais il manque de plus de vivacit\u00e9 sur sc\u00e8ne. Grand ben\u00eat, on se demande comment la fra\u00eeche Zerlina peut le pr\u00e9f\u00e9rer au brillant Don Giovanni malgr\u00e9 le danger que ce dernier repr\u00e9sente. Vocalement le r\u00f4le est assur\u00e9, mais il lui manque v\u00e9ritablement un peu d&rsquo;\u00e9nergie pour se d\u00e9marquer. Face \u00e0 lui, <strong>Julie Fuchs<\/strong> fait mouche dans le r\u00f4le de la jeune paysanne. D\u00e8s son entr\u00e9e, le timbre frais et fruit\u00e9 offre un portrait piquant de la jeune paysanne. Ni oie blanche ni matrone, elle est juste une jeune fille intelligente qui sait mener son monde par le bout du nez\u00a0! Aucun soucis pour chanter le r\u00f4le bien s\u00fbr, mais surtout quelle implication de tous les instants\u00a0: ses deux airs sont phras\u00e9s avec bonheur mais sans affectation alors que les r\u00e9citatifs sont particuli\u00e8rement vivants. Et sc\u00e9niquement elle virevolte avec gr\u00e2ce et l\u00e9g\u00e8ret\u00e9. Superbe prestation pour la soprano fran\u00e7aise qui semble vraiment s&rsquo;\u00e9panouir\u00a0: apr\u00e8s une <a href=\"http:\/\/erikcarnets.fr\/?p=1322\" target=\"_blank\" rel=\"noopener\">Le\u00efla<\/a> magnifique \u00e0 Lille et Paris il y a quelques semaines, elle se montre une mozartienne de haute tenue\u00a0!<\/p>\n<div id=\"attachment_1428\" style=\"width: 510px\" class=\"wp-caption aligncenter\"><a href=\"http:\/\/erikcarnets.fr\/wp-content\/uploads\/don_gio_aix_5.jpg\" target=\"_blank\" rel=\"noopener\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" aria-describedby=\"caption-attachment-1428\" class=\"wp-image-1428\" src=\"http:\/\/erikcarnets.fr\/wp-content\/uploads\/don_gio_aix_5-300x160.jpg\" alt=\"\" width=\"500\" height=\"266\" srcset=\"https:\/\/erikcarnets.fr\/wp-content\/uploads\/don_gio_aix_5-300x160.jpg 300w, https:\/\/erikcarnets.fr\/wp-content\/uploads\/don_gio_aix_5-768x409.jpg 768w, https:\/\/erikcarnets.fr\/wp-content\/uploads\/don_gio_aix_5.jpg 1019w\" sizes=\"auto, (max-width: 500px) 100vw, 500px\" \/><\/a><p id=\"caption-attachment-1428\" class=\"wp-caption-text\">Acte II : Isabel Leonard (Donna Elvira)<\/p><\/div>\n<p style=\"text-align: justify;\">Les trois r\u00f4les nobles sont assez diff\u00e9remment compos\u00e9s. Don Ottavio n&rsquo;agit jamais et reste dans l&rsquo;\u00e9pure la plupart du temps, Donna Elvira navigue entre grotesque et touchant&#8230; alors que Donna Anna est la grande figure tragique et noble de la pi\u00e8ce. <strong>Pavol Breslik<\/strong> a beaucoup chant\u00e9 Mozart mais semblait aborder un r\u00e9pertoire plus lourd ces derni\u00e8res ann\u00e9es. Toujours est-il qu&rsquo;il conserve un art intacte pour incarner Don Ottavio. Le timbre est beau et ferme alors que l&rsquo;expression est superbe. Les deux airs sont parfaitement construits. Mais que dire de plus\u00a0? Le personnage est d\u00e9j\u00e0 assez faible dramatiquement, mais le t\u00e9nor ne semble pas vouloir en faire grand chose. L\u00e0 o\u00f9 les autres chanteurs se donnent totalement dans leurs r\u00f4les, lui semble sur la r\u00e9serve et peu concern\u00e9. Le chant est beau&#8230; mais il lui manque la vivacit\u00e9 et le charisme des autres. Pour Donna Elvira, le premier air faisait craindre une d\u00e9convenue. En effet, <strong>Isabel Leonard<\/strong> est tr\u00e8s peu audible durant sa premi\u00e8re sc\u00e8ne. Le chant est beau et engag\u00e9 mais la voix ne semble pas sortir. Pourtant elle se tire avec les honneurs de sa composition d\u00e8s le d\u00e9but o\u00f9 son jeu offre un savant m\u00e9lange de furie comique et de touchante douleur. Le costume fait pencher pour l&rsquo;humour mais le chant lui n&rsquo;est jamais outr\u00e9. Heureusement elle se lib\u00e8rera rapidement pour donner une superbe Donna Elvira. Le timbre est franc et chaud, alors que la tessiture assez m\u00e9diane ne lui pose aucun soucis m\u00eame dans les extr\u00eames qu&rsquo;elle n\u00e9gocie avec aisance. On retiendra un grand moment de th\u00e9\u00e2tre lors de \u00ab\u00a0Mi tradi\u00a0\u00bb durant lequel elle d\u00e9couvre Don Giovanni sous un drap avec sa cam\u00e9riste. Tout d&rsquo;abord violente, elle trouve rapidement des accents d&rsquo;une douleur palpable alors qu&rsquo;elle prend la place de la jeune femme aupr\u00e8s de celui qu&rsquo;elle aime. Tout ce m\u00e9lange de douleur et d&rsquo;amour est parfaitement rendu par Isabel Leonard tant par son jeu que par son chant. D\u00e8s ses premiers gestes, <strong>Eleonora Buratto<\/strong> attire tous les regards et cela est renforc\u00e9 encore quand elle chante\u00a0: la noblesse mais aussi l&rsquo;\u00e9nergie qui se d\u00e9gage de cette chanteuse est assez incroyable tant elle est au service du drame et parfaitement canalis\u00e9e. Elle se bat avec Don Giovanni avec violence, cri son horreur avec un style impeccable. La voix est large, puissante et riche&#8230; mais cela ne l&#8217;emp\u00eache pas de nous offrir un chant parfait tout au long de ce r\u00f4le tr\u00e8s exigeant vocalement et techniquement. Les r\u00e9cits sont particuli\u00e8rement vivants alors que les deux grands airs sont des moments magiques d&rsquo;engagement. Alors que le personnage est trop souvent glac\u00e9 dans sa noblesse, ici elle nous montre tout le panache qui peut couver sous une grande naissance.<\/p>\n<div id=\"attachment_1425\" style=\"width: 260px\" class=\"wp-caption alignright\"><a href=\"http:\/\/erikcarnets.fr\/wp-content\/uploads\/don_gio_aix_2.jpg\" target=\"_blank\" rel=\"noopener\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" aria-describedby=\"caption-attachment-1425\" class=\"wp-image-1425\" src=\"http:\/\/erikcarnets.fr\/wp-content\/uploads\/don_gio_aix_2-196x300.jpg\" alt=\"\" width=\"250\" height=\"383\" srcset=\"https:\/\/erikcarnets.fr\/wp-content\/uploads\/don_gio_aix_2-196x300.jpg 196w, https:\/\/erikcarnets.fr\/wp-content\/uploads\/don_gio_aix_2.jpg 444w\" sizes=\"auto, (max-width: 250px) 100vw, 250px\" \/><\/a><p id=\"caption-attachment-1425\" class=\"wp-caption-text\">Acte I : Eleonora Buratto (Donna Anna)<\/p><\/div>\n<p style=\"text-align: justify;\">Leporello est trop souvent trait\u00e9 de mani\u00e8re sch\u00e9matique\u00a0: soit un double de Don Giovanni soit un personnage peu intelligent&#8230; ou encore un homme finalement pas plus recommandable que son ma\u00eetre. Le metteur en sc\u00e8ne et <strong>Nahuel di Pierro<\/strong> ont r\u00e9ussi \u00e0 nous montrer un brave homme finalement, joyeux et en admiration devant son ma\u00eetre mais loin de lui ressembler. D\u00e8s l&rsquo;entr\u00e9e, le chanteur s&rsquo;amuse de son r\u00f4le, de son manque d&rsquo;autorit\u00e9. S&rsquo;il esquisse quelques mouvements de danse comme Don Giovanni, il se rend bien compte que ce n&rsquo;est pas pour lui. Peureux d&rsquo;un bout \u00e0 l&rsquo;autre, mais brave homme malgr\u00e9 tout par le sourire et la joie de vivre qui le caract\u00e9rise, Leporello ne peut qu&rsquo;attirer les regards bienveillants. Et ce n&rsquo;est pas le jeu et la voix de Nahuel di Pierro qui contrediront cette composition sc\u00e9nique. Souriant et bon enfant, il prend plaisir \u00e0 jouer ce r\u00f4le. Et la voix est comme toujours superbe. V\u00e9ritable basse chantante aux accents parfois d&rsquo;une grande noblesse, il sait simplifier son chant \u00e0 l&rsquo;extr\u00eame pour ce personnage. Fluide et d&rsquo;une grande beaut\u00e9 de timbre, sa voix coule parfaitement sur un texte qui vit de belle mani\u00e8re. Totalement dans son r\u00f4le, il en viendra m\u00eame \u00e0 improviser lors d&rsquo;un arr\u00eat impr\u00e9vu du spectacle. Un h\u00e9licopt\u00e8re passant au dessus de la cours de l&rsquo;Archev\u00e9ch\u00e9, J\u00e9r\u00e9mie Rhorer profite d&rsquo;une fin de r\u00e9citatif pour attendre que le bruit s\u2019apaise. Don Giovanni et Leporello sont sur le devant de la sc\u00e8ne et regardent vers le ciel, conform\u00e9ment finalement avec l&rsquo;id\u00e9e de la mise en sc\u00e8ne qui accepte ces jeux entre la vraie vie et le th\u00e9\u00e2tre. Mais voir Nahuel di Pierro se cacher doucement derri\u00e8re Philippe Sly comme cherchant la protection de son ma\u00eetre est un coup de g\u00e9nie\u00a0!<\/p>\n<div id=\"attachment_1430\" style=\"width: 260px\" class=\"wp-caption alignleft\"><a href=\"http:\/\/erikcarnets.fr\/wp-content\/uploads\/don_gio_aix_7.jpg\" target=\"_blank\" rel=\"noopener\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" aria-describedby=\"caption-attachment-1430\" class=\"wp-image-1430\" src=\"http:\/\/erikcarnets.fr\/wp-content\/uploads\/don_gio_aix_7-207x300.jpg\" alt=\"\" width=\"250\" height=\"363\" srcset=\"https:\/\/erikcarnets.fr\/wp-content\/uploads\/don_gio_aix_7-207x300.jpg 207w, https:\/\/erikcarnets.fr\/wp-content\/uploads\/don_gio_aix_7.jpg 467w\" sizes=\"auto, (max-width: 250px) 100vw, 250px\" \/><\/a><p id=\"caption-attachment-1430\" class=\"wp-caption-text\">Acte I : Philippe Sly (Don Giovanni), Nahuel di Pierro (Leporello)<\/p><\/div>\n<p style=\"text-align: justify;\">M\u00eame s&rsquo;il n&rsquo;a finalement que peu d&rsquo;airs, c&rsquo;est tout de m\u00eame Don Giovanni qui fait r\u00e9agir tous les autres personnages et est constamment au centre de la trame dramatique. Entre vieux beau carnassier ou jeune libertin, Jean-Fran\u00e7ois Savidier a choisi la deuxi\u00e8me solution avec un vrai bonheur tant <strong>Philippe Sly<\/strong> se coule parfaitement dans le r\u00f4le de ce diablotin virevoltant. S&rsquo;amusant de tout, vivant \u00e0 grande vitesse, on assiste \u00e0 la vie d\u00e9brid\u00e9e et bouillonnante du personnage. La composition sc\u00e9nique est particuli\u00e8rement fouill\u00e9e et vivante, sans doute en partie bas\u00e9e sur une improvisation l\u00e9g\u00e8rement dirig\u00e9e tant elle semble r\u00e9pondre de fa\u00e7on totalement implacable \u00e0 chaque situation. M\u00eame la sc\u00e8ne finale est scotchante de vie. L\u00e0 o\u00f9 souvent Don Giovanni dispara\u00eet apr\u00e8s son cri final, le metteur en sc\u00e8ne nous le montre tel un Christ en croix&#8230; qui finit par s&rsquo;affirmer comme un fant\u00f4me au m\u00eame titre que le Commandeur, fant\u00f4me qui a conserv\u00e9 son pouvoir sur les gens comme le d\u00e9montrent ces grands gestes qui font plier les autres personnages durant l&rsquo;\u00e9pilogue. Le com\u00e9dien tient la sc\u00e8ne avec une poigne implacable mais aussi beaucoup de finesse. Vocalement par contre, il trahit quelques faiblesses. En cherchant \u00e0 faire vivre le texte et la situation \u00e0 son extr\u00eame, il se retrouve parfois \u00e0 court de souffle, ou alors oublie une entr\u00e9e&#8230; ou tout simplement offre un chant qui manque un peu de finition chez Mozart. A vouloir trop en faire sc\u00e9niquement il sacrifie un peu le style et la beaut\u00e9 vocale. Mais la composition est si finement nuanc\u00e9e et v\u00e9cue que finalement ces quelques imperfections sont rapidement oubli\u00e9es et noy\u00e9es sous les torrents d&rsquo;\u00e9nergie d\u00e9ploy\u00e9 par Philippe Sly.<\/p>\n<div id=\"attachment_1433\" style=\"width: 510px\" class=\"wp-caption aligncenter\"><a href=\"http:\/\/erikcarnets.fr\/wp-content\/uploads\/don_gio_aix_11.jpg\" target=\"_blank\" rel=\"noopener\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" aria-describedby=\"caption-attachment-1433\" class=\"wp-image-1433\" src=\"http:\/\/erikcarnets.fr\/wp-content\/uploads\/don_gio_aix_11-300x225.jpg\" alt=\"\" width=\"500\" height=\"375\" srcset=\"https:\/\/erikcarnets.fr\/wp-content\/uploads\/don_gio_aix_11-300x225.jpg 300w, https:\/\/erikcarnets.fr\/wp-content\/uploads\/don_gio_aix_11.jpg 638w\" sizes=\"auto, (max-width: 500px) 100vw, 500px\" \/><\/a><p id=\"caption-attachment-1433\" class=\"wp-caption-text\">Acte II : David Leigh (Il Commendatore), Philippe Sly (Don Giovanni)<\/p><\/div>\n<p style=\"text-align: justify;\">La pertinence et la vivacit\u00e9 de la mise en sc\u00e8ne, ainsi que l&rsquo;ambiance de troupe perceptible chez les chanteurs fait que sur le moment on est emport\u00e9 par ce spectacle vivant\u00a0: ce n&rsquo;est qu&rsquo;apr\u00e8s avoir dig\u00e9r\u00e9 ce grand moment que l&rsquo;on retrouve ces petites disparit\u00e9s dans la distribution. Mais l&rsquo;ensemble gomme les imperfections et semble faire se hisser tous les chanteurs ou presque au niveau des meilleurs. Avoir propos\u00e9 tous ces r\u00f4les \u00e0 de jeunes artistes d\u00e9j\u00e0 confirm\u00e9s (et qui pour beaucoup faisaient leur prise de r\u00f4le) nous permet d&rsquo;avoir un spectacle extr\u00eamement vivant et cr\u00e9dible. Superbe moment de th\u00e9\u00e2tre et de musique dans une ambiance f\u00e9\u00e9rique (entendre certaines splendides pages avec la lune presque pleine au dessus de la sc\u00e8ne est magique!), ce <em>Don Giovanni<\/em> qui pouvait para\u00eetre un peu simple sur le papier est finalement une immense r\u00e9ussite\u00a0!<\/p>\n<p style=\"text-align: center;\"><em>Le spectacle a \u00e9t\u00e9 enregistr\u00e9 et est disponible sur\u00a0<a href=\"http:\/\/culturebox.francetvinfo.fr\/opera-classique\/musique-classique\/festival-international-d-art-lyrique-d-aix-en-provence\/don-giovanni-au-festival-d-aix-en-provence-258481\" target=\"_blank\" rel=\"noopener\">Culturebox<\/a>.<\/em><\/p>\n<ul>\n<li class=\"western\">Aix-en-Provence<\/li>\n<li class=\"western\">Th\u00e9\u00e2tre de l&rsquo;Archev\u00e9ch\u00e9<\/li>\n<li class=\"western\">6 juillet 2017<\/li>\n<li class=\"western\">Wolfgang Amadeus Mozart (1756-1791), Don Giovanni, Dramma giocoso en deux actes<\/li>\n<li class=\"western\">Mise en sc\u00e8ne, Jean-Fran\u00e7ois Sivadier\u00a0; D\u00e9cors, Alexandre de Dardel\u00a0; Costumes, Virginie Gervaise\u00a0; Lumi\u00e8res, Philippe Berthom\u00e9\u00a0; Maquillage \/ Coiffure, C\u00e9cile Kretschmar<\/li>\n<li class=\"western\">Don Giovanni, Philippe Sly\u00a0; Leporello, Nahuel di Pierro\u00a0; Donna Anna, Eleonora Buratto\u00a0; Don Ottavio, Pavol Breslik\u00a0; Donna Elvira, Isabel Leonard\u00a0; Zerlina, Julie Fuchs\u00a0; Masetto, Krsysztof B<span style=\"font-family: 'Times New Roman', serif;\">\u0105czyk<\/span>\u00a0; Il Commendatore, David Leigh<\/li>\n<li class=\"western\">English Voices<\/li>\n<li class=\"western\">Le Cercle d&rsquo;Harmonie<\/li>\n<li class=\"western\">J\u00e9r\u00e9mie Rhorer, direction<\/li>\n<\/ul>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Voir Don Giovanni \u00e0 Aix-en-Provence, et encore mieux dans le Th\u00e9\u00e2tre de l&rsquo;Archev\u00e9ch\u00e9, c&rsquo;est presque comme voir Parsifal \u00e0 Bayreuth\u00a0: on sent combien l&rsquo;ouvrage est important pour le lieu, charg\u00e9 [&hellip;]<\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"closed","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"jetpack_post_was_ever_published":false,"_jetpack_newsletter_access":"","_jetpack_dont_email_post_to_subs":false,"_jetpack_newsletter_tier_id":0,"_jetpack_memberships_contains_paywalled_content":false,"_jetpack_memberships_contains_paid_content":false,"footnotes":"","jetpack_publicize_message":"","jetpack_publicize_feature_enabled":true,"jetpack_social_post_already_shared":true,"jetpack_social_options":{"image_generator_settings":{"template":"highway","default_image_id":0,"font":"","enabled":false},"version":2}},"categories":[28,3],"tags":[56,32,23],"class_list":["post-1423","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-concert","category-musique_classique","tag-epoque_classique","tag-mozart","tag-opera","clearfix"],"jetpack_publicize_connections":[],"jetpack_featured_media_url":"","jetpack_shortlink":"https:\/\/wp.me\/p4G2uP-mX","jetpack_sharing_enabled":true,"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/erikcarnets.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/1423","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/erikcarnets.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/erikcarnets.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/erikcarnets.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/erikcarnets.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcomments&post=1423"}],"version-history":[{"count":4,"href":"https:\/\/erikcarnets.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/1423\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":1437,"href":"https:\/\/erikcarnets.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/1423\/revisions\/1437"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/erikcarnets.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=1423"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/erikcarnets.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=1423"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/erikcarnets.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=1423"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}