{"id":125,"date":"2014-05-11T00:05:20","date_gmt":"2014-05-10T22:05:20","guid":{"rendered":"http:\/\/erikcarnets.fr\/\/?p=125"},"modified":"2015-01-16T10:31:40","modified_gmt":"2015-01-16T09:31:40","slug":"don-giovanni-par-jacobs-tellement-logique","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/erikcarnets.fr\/?p=125","title":{"rendered":"Don Giovanni par Jacobs\u00a0: Tellement logique\u00a0!"},"content":{"rendered":"<p style=\"text-align: justify;\"><a href=\"http:\/\/erikcarnets.fr\/wp-content\/uploads\/don_giovanni_jacobs.jpg\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"alignleft wp-image-127 size-medium\" src=\"http:\/\/erikcarnets.fr\/wp-content\/uploads\/don_giovanni_jacobs-300x300.jpg\" alt=\"don_giovanni_jacobs\" width=\"300\" height=\"300\" srcset=\"https:\/\/erikcarnets.fr\/wp-content\/uploads\/don_giovanni_jacobs-300x300.jpg 300w, https:\/\/erikcarnets.fr\/wp-content\/uploads\/don_giovanni_jacobs-150x150.jpg 150w, https:\/\/erikcarnets.fr\/wp-content\/uploads\/don_giovanni_jacobs-200x200.jpg 200w, https:\/\/erikcarnets.fr\/wp-content\/uploads\/don_giovanni_jacobs.jpg 600w\" sizes=\"auto, (max-width: 300px) 100vw, 300px\" \/><\/a>Nourri depuis ma d\u00e9couverte de <em>Don Giovanni<\/em> par des versions \u00ab\u00a0romantiques\u00a0\u00bb de l\u2019\u0153uvre (Mitropoulos, Klemperer, Karajan, Furtw\u00e4ngler,&#8230;) je n&rsquo;avais pas \u00e9t\u00e9 convaincu par Harnoncourt. Mais voil\u00e0, je voulais tenter une version dite baroque de l\u2019\u0153uvre maintenant que le baroque m&rsquo;a ouvert les bras. En voyant les critiques bonnes ou mauvaises sur la version de Ren\u00e9 Jacobs, je me suis laiss\u00e9 tenter. Je m&rsquo;attendais \u00e0 des tempi tr\u00e8s vifs, un orchestre plut\u00f4t sec&#8230; en bref toute l&rsquo;esth\u00e9tique qu&rsquo;on retrouve souvent quand un sp\u00e9cialiste du baroque se tourne vers Mozart et il n&rsquo;en est rien\u00a0! Des voix plut\u00f4t amples, un orchestre rond et tr\u00e8s nuanc\u00e9, et des tempi tr\u00e8s vari\u00e9s.<!--more--><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Harmonia Mundi a toujours port\u00e9 un grand soin \u00e0 la qualit\u00e9 \u00e9ditoriale de ses parutions. On se souvient des magnifiques coffrets contenant le livret en fac-simil\u00e9 pour les trag\u00e9dies en musique de Lully, Campra ou Charpentier&#8230; des commentaires passionnants de chefs sur les choix d&rsquo;effectifs orchestraux ou sur la distribution&#8230; Et ce <em>Don Giovanni<\/em> ne fait pas d\u00e9faut \u00e0 la r\u00e8gle avec un retour passionnant sur le mythe de Don Giovanni \u00e0 l&rsquo;op\u00e9ra, ainsi qu&rsquo;un entretien avec le chef d&rsquo;orchestre Ren\u00e9 Jacobs autour des choix n\u00e9cessaires lorsqu&rsquo;on joue <em>Don Giovanni<\/em>\u00a0: Prague ou Vienne\u00a0? Vision romantique ou classique\u00a0? Distribution\u00a0? Avec des arguments qui paraissent tr\u00e8s solides, Ren\u00e9 Jacobs nous explique ses choix, allant chercher dans les \u00e9tudes les plus r\u00e9centes pour argumenter. Cette \u00e9tude de l\u2019\u0153uvre n&rsquo;invalide bien s\u00fbr pas les versions anciennes mais elle apporte une vision a priori plus proche de ce qui avait \u00e9t\u00e9 cr\u00e9\u00e9 \u00e0 Prague puis \u00e0 Vienne.<br \/>\nMais revenons aux choix du chef&#8230; C&rsquo;est la version de Vienne qui nous est propos\u00e9e ici, le troisi\u00e8me disque nous proposant les parties coup\u00e9es de la version de Prague. Donc aucune perte dans cette version\u00a0! Et m\u00eame si il est habituel de couper l&rsquo;ensemble final dans cette version de Vienne, Jacobs la r\u00e9tablit, se r\u00e9f\u00e9rant aux travaux r\u00e9cents de Christof Bitter qui laissent \u00e0 penser qu&rsquo;il fut bien jou\u00e9 malgr\u00e9 son absence dans le livret imprim\u00e9 quelques semaines avant les repr\u00e9sentations.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Cet enregistrement studio fait suite aux repr\u00e9sentations d&rsquo;Innsbr\u00fcck d&rsquo;octobre 2006 dont un DVD est le t\u00e9moin. A l&rsquo;\u00e9coute, on peut profiter de tout l&rsquo;apport de la sc\u00e8ne\u00a0: d&rsquo;un bout \u00e0 l&rsquo;autre orchestre et chanteurs montrent les mille et un d\u00e9tails qui donnent vie \u00e0 cette \u0153uvre avec la justesse que donne l&rsquo;exp\u00e9rience th\u00e9\u00e2trale. Ainsi, la direction se fait tr\u00e8s vivante, les r\u00e9citatifs sont accompagn\u00e9s avec beaucoup d&rsquo;inventivit\u00e9 par un piano-forte et un violoncelle qui citent r\u00e9guli\u00e8rement d&rsquo;autres parties de la partitions, refusant toujours de juste accompagner le chanteur mais cherchant toujours \u00e0 faire vivre le discours. Et pour cette vie musicale, Ren\u00e9 Jacobs peut s&rsquo;appuyer sur un orchestre baroque passionnant et \u00e0 la sonorit\u00e9 riche. Le Freiburger Barockorchester conserve les particularit\u00e9s des instruments d&rsquo;\u00e9poque (cuivres moins puissants, cordes avec plus de tranchant, tr\u00e8s belle r\u00e9activit\u00e9) mais sans pour autant que la clart\u00e9 ne soit prise en d\u00e9faut. D\u00e8s l&rsquo;ouverture, l&rsquo;ampleur qu&rsquo;il peut d\u00e9gager impressionne\u00a0: violence, noirceur, puissance&#8230; mais toujours sans lourdeur\u00a0! Les attaques sont pr\u00e9cises et tranchantes lorsque le besoin s&rsquo;en fait sentir, alors que d&rsquo;autres passages d\u00e9bordent de rondeur et de d\u00e9licatesse.<br \/>\nUne grande direction qui plonge aux racines du bel-canto de l&rsquo;\u00e9poque de la cr\u00e9ation, sachant m\u00e9nager un peu d&rsquo;espace aux chanteurs pour varier les reprises, mais insufflant aussi une tension qui n&rsquo;a rien \u00e0 envier aux versions les plus romantiques. Beaucoup de r\u00e9flexions aussi sur les tempi \u00e0 adopter, allant chercher les danses cit\u00e9es pour adapter le rythme, les r\u00e9f\u00e9rences not\u00e9es sur les copies d&rsquo;\u00e9poque pour les indications du compositeur. Difficile de dire si cette direction est conforme \u00e0 ce qui \u00e9tait jou\u00e9 \u00e0 l&rsquo;\u00e9poque, mais on ne peut nier le travail effectu\u00e9 par le chef pour essayer de retrouver l&rsquo;esprit qui y pr\u00e9sidait.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Comme indiqu\u00e9 ci-dessus, l&rsquo;enregistrement fait suite aux repr\u00e9sentations d&rsquo;octobre 2006. Et on retrouve une partie des chanteurs de l&rsquo;enregistrement disponible en DVD. Parmi eux se trouve le Commandeur d&rsquo;Alessandro Guerzoni dont la voix n&rsquo;a peut-\u00eatre pas la noirceur habituelle, mais o\u00f9 l&rsquo;autorit\u00e9 compense cette couleur moins marqu\u00e9e. La pr\u00e9sence qu&rsquo;il d\u00e9gage vocalement lui permet de s&rsquo;imposer dans le trio final o\u00f9 chaque voix est tr\u00e8s bien diff\u00e9renci\u00e9e\u00a0: sa basse noble et implacable fait merveille.<br \/>\nLe couple Zerlina\/Masetto est lui aussi le m\u00eame et on entend l\u00e0 aussi que le travail sc\u00e9nique a permis une vraie appropriation des personnages. Jacobs nous explique que ces personnages reposaient avant tout sur la forte personnalit\u00e9 sc\u00e9nique des chanteurs et si les voix ne sont pas particuli\u00e8rement personnelles, elles sont fort bien men\u00e9es. Sunhae Im est une Zerlina piquante, vive et espi\u00e8gle. Le timbre est un peu l\u00e9ger et vert par moments, mais cela sert la caract\u00e9risation de cette jeune fille par qui tout va arriver. Nikolay Borchev semble forc\u00e9ment bien balourd face \u00e0 cette jeune fille mais sa basse bouffe joliment timbr\u00e9e attire la sympathie pour son Masetto et le couple fonctionne parfaitement.<br \/>\nKenneth Tarver ne semble pas avoir particip\u00e9 aux repr\u00e9sentations sc\u00e9niques, mais vu les caract\u00e9ristiques principales du r\u00f4le (noblesse du chant, beaut\u00e9 de la ligne), il n&rsquo;a pas autant besoin de composer son personnage\u00a0: comme l&rsquo;indique le chef, le r\u00f4le repose avant tout sur le chant, comme pour Donna Anna. Et en ce qui concerne l&rsquo;interpr\u00e9tation, le jeune t\u00e9nor am\u00e9ricain donne une prestation d&rsquo;une grande beaut\u00e9, alti\u00e8re, souple et l\u00e9g\u00e8re mais avec un timbre rond et chaleureux. Face \u00e0 lui, la Donna Anna d&rsquo;Olga Pasichnyk (elle aussi absente du DVD) semble presque trop flamboyante tant elle s&rsquo;impose imm\u00e9diatement avec passion. La voix est large et chaude mais reste d&rsquo;essence lyrique. Le chant souple passe sans soucis les difficult\u00e9s du r\u00f4le et la seule chose qui pourrait lui \u00eatre reproch\u00e9e est son d\u00e9calage face \u00e0 son amoureux. Personnages de la m\u00eame classe sociale et partageant les m\u00eames valeurs, on la trouve un peu trop entreprenante et ext\u00e9rioris\u00e9e face \u00e0 son promis tout en retenue. Mais quand on en arrive \u00e0 ce genre de consid\u00e9rations, c&rsquo;est que la prestation est de tr\u00e8s haut niveau.<br \/>\nL&rsquo;autre dame du drame est chant\u00e9e par Alexandrina Pendatchanska (maintenant appel\u00e9e Alex Penda!). Chanteuse flamboyante tr\u00e8s \u00e0 l&rsquo;aise avec les personnages puissants, la chanteuse a su trouver le juste milieu sur sc\u00e8ne pour nous proposer ici une Donna Elvira loin de la caricature ridicule ou virago qu&rsquo;on nous propose r\u00e9guli\u00e8rement. Le chant pr\u00e9cis et rac\u00e9 dessine un personnage fier alors que la passion et les nuances du chant montrent toute la complexit\u00e9 de ce personnage o\u00f9 l&rsquo;amour reste vivant malgr\u00e9 toutes les d\u00e9ceptions. Chanteuse d\u00e9cri\u00e9e par certains, Alexandrina Pendatchanska prouve ici combien son talent est pr\u00e9cieux.<br \/>\nMais les deux personnages les plus difficiles \u00e0 distribuer si l&rsquo;on veut bien entendre toutes l&rsquo;interaction et les diff\u00e9rences qui existent entre eux restent Don Giovanni et Leporello \u00a0: le ma\u00eetre et le serviteur. Ren\u00e9 Jacobs nous rappelle dans l&rsquo;entretien que Don Giovanni est \u00ab\u00a0un jeune homme extr\u00eamement licencieux\u00a0\u00bb comme l&rsquo;indique Da Ponte dans la pr\u00e9sentation du personnage. Et le rapport entre ce jeune ma\u00eetre et son serviteur plus \u00e2g\u00e9 est tr\u00e8s bien traduit par le choix des chanteurs\u00a0: Johannes Weisser d\u00e9ploie une voix claire et jeune alors que Lorenzo Regazzo est un Leporello plus sombre. Le r\u00f4le du serviteur ne demande pas moins de nuances que celles du ma\u00eetre, m\u00eame si elles sont clairement oppos\u00e9es. Ainsi, Lorenzo Regazzo sait justement doser le comique du r\u00f4le avec le s\u00e9rieux et l&rsquo;intelligence qui transparait lors des affrontements avec son ma\u00eetre. L&rsquo;air du catalogue est plein d&rsquo;esprit et de d\u00e9tails, la sc\u00e8ne de travestissement dans le pur style de la com\u00e9die&#8230; mais les r\u00e9citatifs face \u00e0 son ma\u00eetre montrent une logique et une conscience tr\u00e8s seines. Johannes Weisser lui n&rsquo;a rien du monstre carnassier, ou du vieux loup&#8230; jeune homme jouisseur et peu conscient des cons\u00e9quences, il parcourt l&rsquo;op\u00e9ra avec la noblesse du jeune seigneur. La voix est claire et particuli\u00e8rement mall\u00e9able pour s&rsquo;adapter aux diff\u00e9rentes situations. Tranchante ou doucereuse, amoureuse ou ironique, chaque facette du personnage si complexe de Don Giovanni est montr\u00e9. Le personnage qui s&rsquo;en d\u00e9gage finirait presque par nous toucher car chaque expression d&rsquo;amour semble vrai et si la muflerie transparait elle n&rsquo;est jamais forc\u00e9e. Comment r\u00e9sister au go\u00fbt et \u00e0 la beaut\u00e9 de cette s\u00e9r\u00e9nade\u00a0? Comment ne pas trembler face la bravade finale\u00a0?<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Avec des choix esth\u00e9tiques qui pourraient sembler un peu abruptes sur le papier, Ren\u00e9 Jacobs construit finalement une version loin des extr\u00eames qu&rsquo;on peut entendre dans certaines visions baroques des op\u00e9ras de Mozart. Scrupuleux dans les moindres d\u00e9tails de tempi ou de personnification des r\u00f4les, il a construit un ensemble qui fonctionne parfaitement et semble couler de source. Car si sa direction et ses choix s&rsquo;appuient sur une musicologie pointue, il la met au service d&rsquo;un vision tr\u00e8s vivante de l\u2019\u0153uvre, ne cherchant pas \u00e0 faire une d\u00e9monstration par l&rsquo;exemple mais \u00e0 proposer l\u2019\u0153uvre dans les meilleures conditions.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">L&rsquo;\u00e9tiquette baroque du chef pourrait rebuter certains, mais les oreilles curieuses passerons outre pour finalement d\u00e9couvrir une version loin des pr\u00e9jug\u00e9s et totalement captivante.<\/p>\n<ul>\n<li>Wolfgang Amadeus Mozart (1756-1791), Don Giovanni<\/li>\n<li>Don Giovanni, Johannes Weisser ; Leporello, Lorenzo Regazzo ; Donna Elvira, Alexandrina Pendatchanska ; Donna Anna, Olga Pasichnyk\u00a0; Don Ottavio, Kenneth Tarver ; Zerlina, Sunshae Im\u00a0; Masetto, Nikolay Borchev\u00a0; Il Commendatore, Alessandro Guerzoni<\/li>\n<li><span lang=\"de-DE\">RIAS Kammerchor<\/span><\/li>\n<li>Freiburger Barockorchester<\/li>\n<li>Ren\u00e9 Jacobs<span lang=\"de-DE\">,<\/span> direction<\/li>\n<li>3 CD Harmonia Mundi, HMC 901964.66. Enregistr\u00e9 \u00e0 Berlin en novembre 2006.<\/li>\n<\/ul>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Nourri depuis ma d\u00e9couverte de Don Giovanni par des versions \u00ab\u00a0romantiques\u00a0\u00bb de l\u2019\u0153uvre (Mitropoulos, Klemperer, Karajan, Furtw\u00e4ngler,&#8230;) je n&rsquo;avais pas \u00e9t\u00e9 convaincu par Harnoncourt. 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