{"id":1249,"date":"2017-04-04T23:57:37","date_gmt":"2017-04-04T21:57:37","guid":{"rendered":"http:\/\/erikcarnets.fr\/?p=1249"},"modified":"2017-04-04T23:57:37","modified_gmt":"2017-04-04T21:57:37","slug":"cyril-auvity-divin-orfeo-de-monteverdi","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/erikcarnets.fr\/?p=1249","title":{"rendered":"Cyril Auvity, divin Orfeo de Monteverdi"},"content":{"rendered":"<div id=\"attachment_1253\" style=\"width: 236px\" class=\"wp-caption alignleft\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" aria-describedby=\"caption-attachment-1253\" class=\"size-medium wp-image-1253\" src=\"http:\/\/erikcarnets.fr\/wp-content\/uploads\/04-e1491342732390-226x300.jpeg\" alt=\"\" width=\"226\" height=\"300\" srcset=\"https:\/\/erikcarnets.fr\/wp-content\/uploads\/04-e1491342732390-226x300.jpeg 226w, https:\/\/erikcarnets.fr\/wp-content\/uploads\/04-e1491342732390.jpeg 500w\" sizes=\"auto, (max-width: 226px) 100vw, 226px\" \/><p id=\"caption-attachment-1253\" class=\"wp-caption-text\">Cr\u00e9ation 2017 Th\u00e9\u00e2tre de Caen Orf\u00e9o<\/p><\/div>\n<p style=\"text-align: justify;\">Depuis quelques ann\u00e9es, Paul Agnew explore tous les livres de madrigaux de Claudio Monteverdi. Apr\u00e8s avoir chant\u00e9 et donc dirig\u00e9 cette tr\u00e8s large composition de celui qui est consid\u00e9r\u00e9 comme l&rsquo;inventeur de l&rsquo;op\u00e9ra, le haute-contre nous propose un <em>Orfeo<\/em> o\u00f9 il met non seulement en avant la beaut\u00e9 de la partition, mais aussi tout le talent des Arts Florissants en tant qu&rsquo;ensemble instrumental comme vocal. Car au travers de cette production, c&rsquo;est toute cette grande famille qui est mise en lumi\u00e8re. Le chef historique William Christie c\u00e8de sa place \u00e0 son prot\u00e9g\u00e9 mais les participants sont les amis de toujours, les admirables musiciens qu&rsquo;on retrouve dans de nombreuses productions de l&rsquo;ensemble. Pr\u00e9sent\u00e9e comme uniquement mise en espace dans le programme de la Philharmonie de Paris, ce spectacle sera finalement total car c&rsquo;est l&rsquo;int\u00e9gralit\u00e9 de la mise en sc\u00e8ne cr\u00e9\u00e9e \u00e0 Caen qui est offerte au public pour une immersion dans un monde musical et mythologique sid\u00e9rant de beaut\u00e9.<!--more--><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">L&rsquo;<em>Orfeo<\/em> de Monteverdi poss\u00e8de une place \u00e0 part dans l&rsquo;op\u00e9ra car il est consid\u00e9r\u00e9 comme le premier op\u00e9ra de l&rsquo;histoire m\u00eame si cette appr\u00e9ciation peut \u00eatre remise en cause. Toujours est-il que cette partition rec\u00e8le de telles beaut\u00e9s qu&rsquo;en dehors de cette place, il m\u00e9rite toute l&rsquo;attention qui lui est port\u00e9e depuis de nombreuses d\u00e9cennies. Cette pastorale nous emm\u00e8ne moins loin que la partition de <a href=\"http:\/\/erikcarnets.fr\/?p=1208\" target=\"_blank\">Rossi<\/a> vue il y a quelques semaines \u00e0 Versailles car il approfondit moins les personnages autres qu&rsquo;Orph\u00e9e. Mais il nous propose aussi des ensembles magistraux et un po\u00e8te jamais autant mis en avant et rendu aussi puissamment magique. Les sc\u00e8nes de r\u00e9jouissances du d\u00e9but sont certes tr\u00e8s belles et vari\u00e9es, mais comment r\u00e9sister aux grandes \u00e9motions tragiques qui arrivent \u00e0 partir de l&rsquo;annonce si belle de la Messag\u00e8re\u00a0? Et les supplications d&rsquo;Orph\u00e9e devant Charon ou Pluton sont des moments totalement sid\u00e9rants dans leur vari\u00e9t\u00e9 et leur profondeur. Cette pastorale s&rsquo;ouvre bien s\u00fbr sur l&rsquo;atmosph\u00e8re bucolique qu&rsquo;on peut esp\u00e9rer, mais rapidement on s&rsquo;enfonce dans les m\u00e9andres de la douleur qui transcende le g\u00e9nie du po\u00e8te, mais aussi du musicien\u00a0!<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"aligncenter wp-image-1252 size-full\" src=\"http:\/\/erikcarnets.fr\/wp-content\/uploads\/03.jpg\" alt=\"\" width=\"600\" height=\"400\" srcset=\"https:\/\/erikcarnets.fr\/wp-content\/uploads\/03.jpg 600w, https:\/\/erikcarnets.fr\/wp-content\/uploads\/03-300x200.jpg 300w\" sizes=\"auto, (max-width: 600px) 100vw, 600px\" \/><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">En tant que chef et metteur en sc\u00e8ne, <strong>Paul Agnew<\/strong> porte beaucoup de responsabilit\u00e9 dans la grande r\u00e9ussite de cette production. Dans un cas comme dans l&rsquo;autre, il a choisi la simplicit\u00e9 et la fluidit\u00e9. La mise en sc\u00e8ne pr\u00e9sente un m\u00eame espace durant toute l\u2019\u0153uvre avec uniquement des changements de luminosit\u00e9 pour cr\u00e9er les ambiances divers. Un cercle de pierre d\u00e9limite l&rsquo;espace principal, mais tout autour de cette zone se trouvent des chanteurs et les musiciens. Ces derniers sont r\u00e9partis tout autour du cercle, mais certains vont au cours de l&rsquo;ouvrage entrer dans le cercle et prendre une vraie part au th\u00e9\u00e2tre\u00a0: les danses et les r\u00e9jouissances du premier acte sont men\u00e9es et v\u00e9cues par les violons et les fl\u00fbtes avec les musiciens qui entrent dans la danse au m\u00eame titre que les chanteurs. Bien s\u00fbr, th\u00e9orbe et luth sont encore plus mis en avant de part leur importance dans l&rsquo;accompagnement des chanteurs mais aussi dans l&rsquo;association avec le grand po\u00e8te Orph\u00e9e. Ce m\u00e9lange de chanteurs et de musiciens dans un d\u00e9cors tr\u00e8s sobre, alli\u00e9 \u00e0 des costumes d&rsquo;une grande sobri\u00e9t\u00e9 et parfaitement dans l&rsquo;imaginaire de l&rsquo;\u00e9poque de la cr\u00e9ation nous offrent un spectacle d&rsquo;une immense fluidit\u00e9. Avec l&rsquo;exp\u00e9rience du madrigal pratiqu\u00e9 depuis quelques ann\u00e9es, Paul Agnew propose un orchestre particuli\u00e8rement color\u00e9 et d\u00e9licat, o\u00f9 la vari\u00e9t\u00e9 de l&rsquo;instrumentation prend sa source dans ses pi\u00e8ces de dimension r\u00e9duites. Beau visuellement mais aussi tr\u00e8s fort \u00e9motionnellement, nous ne sommes pas devant un op\u00e9ra o\u00f9 l&rsquo;on peut voir la \u00ab\u00a0machinerie\u00a0\u00bb, mais plut\u00f4t devant une pi\u00e8ce musicale dans toute son intimit\u00e9. C&rsquo;est toute une ambiance qui est cr\u00e9\u00e9e par cette production, ambiance que l&rsquo;on pourrait penser avoir \u00e9t\u00e9 lors de sa cr\u00e9ation en 1607 non pas dans une grande salle d&rsquo;op\u00e9ra mais dans un salon. Malgr\u00e9 l&rsquo;immensit\u00e9 de la salle de la Philharmonie de Paris, chaque spectateur est plong\u00e9 dans la finesse de l&rsquo;ouvrage et sa grande po\u00e9sie.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Musicalement, Paul Agnew a d\u00e9cid\u00e9 de faire confiance aux instrumentistes de l&rsquo;ensemble. Confiance d\u00e9j\u00e0 car s&rsquo;il les a pr\u00e9par\u00e9s, il ne les dirige par durant tout l&rsquo;ouvrage\u00a0! En effet il passe une partie de la soir\u00e9e en fond de sc\u00e8ne sous les traits d&rsquo;Apollon mais ne donne aucune directive aux instruments. Apr\u00e8s l&rsquo;exploration des madrigaux, le chef a aussi choisi un effectif assez r\u00e9duit qui reprend alors le principe justement de ces petites pi\u00e8ces que Monteverdi a d\u00e9velopp\u00e9 jusqu&rsquo;\u00e0 des dimensions rares au fil des livres. La basse continue est fournie avec harpe, th\u00e9orbe, luth, clavecin, orgue, r\u00e9gale&#8230; parfois doubl\u00e9s&#8230; Mais tous ces instruments ne sont pas forc\u00e9ment utilis\u00e9s ensembles, offrant plut\u00f4t des groupes soud\u00e9s mais tr\u00e8s vari\u00e9s qu&rsquo;une grande musique symphonique. Parfaitement en ad\u00e9quation avec le rendu visuel, les solistes instrumentaux (car il est bien difficile de parler d&rsquo;orchestre!) offrent toute la diversit\u00e9 dont ils sont capables dans les accompagnements avec une virtuosit\u00e9 sid\u00e9rante. On retiendra particuli\u00e8rement la vision et l&rsquo;\u00e9coute du tout d\u00e9but de la soir\u00e9e\u00a0: le jeune prodige <strong>Thomas Dunford<\/strong> seul, assis au centre du cercle de pierres sur de l&rsquo;herbe jouant quelques mesures sur son th\u00e9orbe, m\u00e9lodie qui s&rsquo;\u00e9l\u00e8ve en pr\u00e9lude \u00e0 la toccata si connue.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"aligncenter wp-image-1251 size-full\" src=\"http:\/\/erikcarnets.fr\/wp-content\/uploads\/02.jpg\" alt=\"\" width=\"600\" height=\"400\" srcset=\"https:\/\/erikcarnets.fr\/wp-content\/uploads\/02.jpg 600w, https:\/\/erikcarnets.fr\/wp-content\/uploads\/02-300x200.jpg 300w\" sizes=\"auto, (max-width: 600px) 100vw, 600px\" \/><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Dans le m\u00eame esprit que pour les musiciens, les chanteurs forment un ensemble \u00e0 la fois coh\u00e9rent mais aussi capables de prendre pendant plus o\u00f9 moins longtemps toute la sc\u00e8ne pour une intervention soliste. Il faudrait tous les citer bien s\u00fbr&#8230; le contre t\u00e9nor <strong>Carlo Vistoli<\/strong> \u00e0 la voix s\u00fbre et chaude, les haute-contres <strong>Sean Clayton<\/strong> et <strong>Zachary Wilder<\/strong> aux timbres si marquants et personnels, la basse <strong>Cyril Costanzo<\/strong> qui offre un Charon d&rsquo;une belle pr\u00e9sence&#8230; et bien s\u00fbr <strong>Paul Agnew<\/strong> dont la voix s&rsquo;\u00e9l\u00e8ve toujours aussi belle et pleine d&rsquo;\u00e9motion que ce soit pour cet Echo aux r\u00e9sonances sinistres ou pour son Apollon tout radieux qui \u00e9l\u00e8ve son fils \u00e0 la divinit\u00e9. Reste le cas d&rsquo;<strong>Antonio Abete<\/strong>&#8230; la voix de basse est particuli\u00e8rement impressionnante dans le grave et son Pluton nous offre des ab\u00eemes sid\u00e9rants de rondeur et de beaut\u00e9, \u00e0 la noblesse d\u00e9vastatrice&#8230; mais d\u00e8s que la tessiture monte, les signes du temps qui passent se font remarquer avec un timbre qui s&rsquo;\u00e9lime et une stabilit\u00e9 de la ligne mise \u00e0 mal.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Les trois femmes se montrent elles aussi parfaites dans leurs r\u00f4les, m\u00eame si deux d&rsquo;entre elles ont un l\u00e9ger manque de charisme pour vraiment s&rsquo;imposer dramatiquement. <strong>Hannah Morrison<\/strong> propose une fraiche Euridice et une belle Musique. Mais il lui manque un peu un peu de fraicheur et de nuances pour vraiment s&rsquo;imposer. <strong>Miriam Allan<\/strong> compose une Nymphe et Proserpine elle aussi avec une belle musicalit\u00e9 mais l\u00e0 aussi on cherche la grandeur de la reine des Enfers. La Nymphe est parfaite et s&rsquo;int\u00e8gre parfaitement dans le groupe du premier acte mais par la suite on reste sur sa faim. Celle qui d\u00e9montre par contre tout son talent est <strong>Lea Desandre<\/strong>. Il faut avouer que le r\u00f4le de la Messag\u00e8re est particuli\u00e8rement porteur et beau, mais elle offre une annonce pleine de pudeur douloureuse. Elle sait offrir un chant simple mais \u00e9mouvant. Sa rapide apparition en Esp\u00e9rance est tout aussi \u00e9mouvante.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"aligncenter wp-image-1250 size-full\" src=\"http:\/\/erikcarnets.fr\/wp-content\/uploads\/01.jpg\" alt=\"\" width=\"600\" height=\"400\" srcset=\"https:\/\/erikcarnets.fr\/wp-content\/uploads\/01.jpg 600w, https:\/\/erikcarnets.fr\/wp-content\/uploads\/01-300x200.jpg 300w\" sizes=\"auto, (max-width: 600px) 100vw, 600px\" \/><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Mais celui qui \u00e9clipse tous les autres chanteurs est sans conteste <strong>Cyril Auvity<\/strong>. Il s&rsquo;est d\u00e9j\u00e0 montr\u00e9 royal dans le r\u00e9pertoire baroque fran\u00e7ais avec ses interpr\u00e9tations grandioses de Lully par exemple. Mais il se montre tout autant impressionnant dans ce r\u00e9pertoire italien. Alors qu&rsquo;il avait d\u00e9j\u00e0 chant\u00e9 il y a quelques ann\u00e9es un berger sous la direction de <a href=\"http:\/\/erikcarnets.fr\/?p=221\" target=\"_blank\">Christophe Rousset<\/a>, il propose enfin le r\u00f4le titre et pour notre plus grand bonheur tant sa prestation est fabuleuse de A \u00e0 Z. On ne sait que louer dans son chant\u00a0: l&rsquo;interpr\u00e9tation, la finesse des nuances, la virtuosit\u00e9, le drame ou l&rsquo;italien&#8230; tout est magnifique. Il fait des grands monologues des troisi\u00e8me et quatri\u00e8me actes des immenses moments de chant mais aussi de th\u00e9\u00e2tre car chacune de ses variations ou ses vocalises sont porteuses de sens. La tessiture grave est superbement maitris\u00e9e avec un grave saisissant de pr\u00e9sence. Et l&rsquo;aigu est toujours aussi rayonnant. Face \u00e0 cet ensemble parfait compos\u00e9 de membres ou d&rsquo;habitu\u00e9s des Arts Florissants, Cyril Auvity se montre encore au del\u00e0 de ce que l&rsquo;on pouvait imaginer. Est-ce le travail avec des artistes qu&rsquo;il fr\u00e9quente r\u00e9guli\u00e8rement\u00a0? La confiance envers le chef Paul Agnew\u00a0? Toujours est-il que l&rsquo;interpr\u00e9tation qu&rsquo;il nous offre est historique.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Ce qui devait \u00eatre un beau moment musical pour une simple version de concert mise en espace s&rsquo;est finalement r\u00e9v\u00e9l\u00e9e \u00eatre l&rsquo;une des plus belles interpr\u00e9tations de l&rsquo;<em>Orfeo<\/em> de Monteverdi d&rsquo;un point de vue musical comme sc\u00e9nographique. L&rsquo;ensemble form\u00e9 par ce spectacle laisse r\u00eaveur et les Arts Florissants se montrent encore parfaits dans ce r\u00e9pertoire avec un Cyril Auvity miraculeux \u00e0 tous points de vue.<\/p>\n<ul>\n<li class=\"western\">Paris<\/li>\n<li class=\"western\">Grande Salle Pierre Boulez, Philharmonie<\/li>\n<li class=\"western\">20 mars 2017<\/li>\n<li class=\"western\">Claudio Monteverdi (1567-1643), Orfeo, Fable en musique en 5 actes avec prologue<\/li>\n<li class=\"western\">Mise en sc\u00e8ne, Paul Agnew<\/li>\n<li class=\"western\">Orfeo, Cyril Auvity\u00a0; Euridice \/ Musica, Hannah Morrison\u00a0; Proserpina \/ Ninfa, Miriam Allan\u00a0; Messaggiera \/ Speranza, Lea Desandre\u00a0; Spirito infernale \/ Pastore, Carlo Vistoli\u00a0; Pastore, Sean Clayton\u00a0; Spirito infernale \/ Pastore, Zachary Wilder\u00a0; Plutone \/ Spirito infernale \/ Pastore, Antonio Abete\u00a0; Caronte \/ Spirito infernale, Cyril Costanzo\u00a0; Apollo \/ Eco, Paul Agnew<\/li>\n<li class=\"western\">Les Arts Florissants<\/li>\n<li class=\"western\">Paul Agnew, direction<\/li>\n<\/ul>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Depuis quelques ann\u00e9es, Paul Agnew explore tous les livres de madrigaux de Claudio Monteverdi. 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