{"id":1231,"date":"2017-03-21T23:41:10","date_gmt":"2017-03-21T22:41:10","guid":{"rendered":"http:\/\/erikcarnets.fr\/?p=1231"},"modified":"2017-03-21T23:41:10","modified_gmt":"2017-03-21T22:41:10","slug":"jeanne-darc-et-tchaikovsky-succes-parisien","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/erikcarnets.fr\/?p=1231","title":{"rendered":"Jeanne d&rsquo;Arc et Tchaikovsky : Succ\u00e8s parisien"},"content":{"rendered":"<p style=\"text-align: justify;\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"size-medium wp-image-1234 alignleft\" src=\"http:\/\/erikcarnets.fr\/wp-content\/uploads\/pucelle_bolshoi-200x300.jpg\" alt=\"\" width=\"200\" height=\"300\" srcset=\"https:\/\/erikcarnets.fr\/wp-content\/uploads\/pucelle_bolshoi-200x300.jpg 200w, https:\/\/erikcarnets.fr\/wp-content\/uploads\/pucelle_bolshoi.jpg 641w\" sizes=\"auto, (max-width: 200px) 100vw, 200px\" \/>La venue de la troupe du Bolcho\u00ef est d\u00e9j\u00e0 un immense \u00e9v\u00e9nement, mais quand en plus il vient offrir au public parisien un ouvrage aussi rare que <em>La Pucelle d&rsquo;Orl\u00e9ans<\/em> de Tcha\u00efkovsky, comment r\u00e9sister\u00a0? Et il semble que le public est venu en masse pour voir cette partition passionnante du compositeur. Rarement donn\u00e9e surtout en dehors de la Russie, elle est aussi rare au disque puisque l&rsquo;on ne trouve que <a href=\"http:\/\/erikcarnets.fr\/?p=258\" target=\"_blank\">deux versions studio<\/a> et une captation en direct&#8230; ainsi qu&rsquo;un DVD. Pourtant bas\u00e9 sur une pi\u00e8ce de Schiller, cet op\u00e9ra russe a tout pour passionner les occidentaux et encore plus la France avec l&rsquo;un de ses personnages historiques. Mais en dehors de quelques rares repr\u00e9sentations et de l&rsquo;air de l&rsquo;h\u00e9ro\u00efne, l&rsquo;op\u00e9ra reste peu diffus\u00e9. Heureusement cette soir\u00e9e aura fait d\u00e9couvrir la partition passionnante dans de formidables conditions. On ne peut que remercier Tugan Sokhiev et la Philharmonie de Paris pour nous avoir fait ce superbe cadeau\u00a0! Esp\u00e9rons que l&rsquo;exp\u00e9rience soit renouvel\u00e9e dans les saisons \u00e0 venir\u00a0!<!--more--><\/p>\n<div id=\"attachment_1235\" style=\"width: 210px\" class=\"wp-caption alignright\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" aria-describedby=\"caption-attachment-1235\" class=\"size-full wp-image-1235\" src=\"http:\/\/erikcarnets.fr\/wp-content\/uploads\/tugan_sokhiev.jpg\" alt=\"\" width=\"200\" height=\"286\" \/><p id=\"caption-attachment-1235\" class=\"wp-caption-text\">Tugan Sokhiev<\/p><\/div>\n<p style=\"text-align: justify;\">Dans le corpus op\u00e9ratique de Piotr Tcha\u00efkovsky, <em>La Pucelle d&rsquo;Orl\u00e9ans<\/em> occupe une place \u00e0 part pour son style et son sujet. Alors que l&rsquo;immense majorit\u00e9 des sujets trait\u00e9s sont d&rsquo;inspiration russe (en dehors de la partition qui nous occupe et <em>Iolanta<\/em>), le compositeur choisit de traiter un grand drame historique occidental en se basant sur une pi\u00e8ce de th\u00e9\u00e2tre de Schiller. Juste apr\u00e8s <em>Eugen Onegin<\/em>, on a donc une double rupture sur le sujet, mais aussi sur la forme adopt\u00e9e. L\u00e0 o\u00f9 le grand succ\u00e8s du compositeur joue sur l&rsquo;intime de chaque personnage, l&rsquo;histoire de Jeanne d&rsquo;Arc est au contraire beaucoup plus expressive et d\u00e9monstrative. L&rsquo;\u00e9criture tant vocale qu&rsquo;orchestrale semble d\u00e9cha\u00een\u00e9e comme dans ses plus \u00e9piques symphonies. D\u00e8s l&rsquo;ouverture on d\u00e9couvre un orchestre complexe et somptueux, au format tr\u00e8s large qui ne cherche pas les subtilit\u00e9s de l&rsquo;intime mais plut\u00f4t l&rsquo;effet th\u00e9\u00e2trale. On se retrouve en effet plus proche ici des grandes fresque historiques de Borodin ou Moussorgsky par moments. Les effets de foules, l&rsquo;orchestre massif et glorieux&#8230; tout cela n&rsquo;\u00e9tait pas habituel chez Tcha\u00efkovky et on ne retrouvera d&rsquo;ailleurs jamais un tel d\u00e9ferlement dans ses autres compositions lyriques. Mais face \u00e0 ces grands effectifs utilis\u00e9s dans toutes leurs d\u00e9mesures, on entend aussi tout l&rsquo;art du compositeur qui sous des dehors un peu massif nous montre des d\u00e9tails sublimes comme d\u00e8s l&rsquo;ouverture o\u00f9 alors que les violons prennent \u00e0 l&rsquo;unisson le th\u00e8me principal de l&rsquo;ouvrage, violoncelles et contrebasses nous donnent \u00e0 entendre un th\u00e8me plus vari\u00e9 et h\u00e9sitant, comme montrant imm\u00e9diatement combien la foi de Jeanne est peu solide et risque \u00e0 tout moment de sombrer. Tout au long de l&rsquo;ouvrage, on d\u00e9couvre l&rsquo;extr\u00eame originalit\u00e9 de la composition qui offre plusieurs niveau d&rsquo;\u00e9coute.<\/p>\n<div id=\"attachment_1236\" style=\"width: 210px\" class=\"wp-caption alignleft\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" aria-describedby=\"caption-attachment-1236\" class=\"size-medium wp-image-1236\" src=\"http:\/\/erikcarnets.fr\/wp-content\/uploads\/Nikolai_Kazansky-200x300.jpg\" alt=\"\" width=\"200\" height=\"300\" srcset=\"https:\/\/erikcarnets.fr\/wp-content\/uploads\/Nikolai_Kazansky-200x300.jpg 200w, https:\/\/erikcarnets.fr\/wp-content\/uploads\/Nikolai_Kazansky.jpg 233w\" sizes=\"auto, (max-width: 200px) 100vw, 200px\" \/><p id=\"caption-attachment-1236\" class=\"wp-caption-text\">Nikolai Kazansky (Bertrand)<\/p><\/div>\n<p style=\"text-align: justify;\">Sur le plan vocal, Tcha\u00efkovsky propose aussi un personnage taill\u00e9 avec d\u00e9mesure. La tessiture d\u00e9j\u00e0 d&rsquo;une grande \u00e9tendue et qui reste longuement dans l&rsquo;aigu de ce grand mezzo-soprano. Mais le caract\u00e8re fougueux et fier de l&rsquo;h\u00e9ro\u00efne est aussi exalt\u00e9 que l&rsquo;orchestre avec une ligne de chant toujours engag\u00e9e et sonore. Les autres personnages sont moins finement d\u00e9taill\u00e9s mais on retiendra tous ces ensembles comme le trio qui voit appara\u00eetre la mezzo. Quelle superbe \u00e9tranget\u00e9 que d&rsquo;introduire celle dont l&rsquo;op\u00e9ra porte le nom avec ce trio entre elle, son p\u00e8re et son futur \u00e9poux\u00a0! Et tous ces r\u00f4les secondaires qui demandent des chanteurs de haut niveau pour souvent une seule sc\u00e8ne face \u00e0 Jeanne. Car le personnage est presque constamment sur sc\u00e8ne face \u00e0 ses opposants qui se doivent de lui r\u00e9pondre. Le seul moment de v\u00e9ritable absence est tout le d\u00e9but du deuxi\u00e8me acte o\u00f9 Tchaikovsky nous offre une musique d\u00e9licieusement fine pour symboliser la cours de Charles VII. Mais m\u00eame sans toute l&rsquo;attention qui est apport\u00e9e \u00e0 Jeanne, chacun trouve son caract\u00e8re par sa ligne de chant\u00a0: la noblesse de Dunois, l&rsquo;h\u00e9sitation de Charles VII, l&rsquo;amour d\u2019Agn\u00e8s, la raideur de l&rsquo;Archev\u00eaque&#8230; il n&rsquo;y a en fait que Lionel ou Raymond qui ont un petit peu plus de profondeur. Les deux suite au contact de la jeune femme se montrent plus humain. Raymond qui accepte ce refus et voudrait la sauver&#8230; et Lionel qui passe du guerrier farouche \u00e0 la grande passion qui d\u00e9vore les deux jeunes gens et sera fatale \u00e0 Jeanne.<\/p>\n<div id=\"attachment_1238\" style=\"width: 220px\" class=\"wp-caption alignright\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" aria-describedby=\"caption-attachment-1238\" class=\"size-medium wp-image-1238\" src=\"http:\/\/erikcarnets.fr\/wp-content\/uploads\/Petr_Migunov-210x300.jpg\" alt=\"\" width=\"210\" height=\"300\" srcset=\"https:\/\/erikcarnets.fr\/wp-content\/uploads\/Petr_Migunov-210x300.jpg 210w, https:\/\/erikcarnets.fr\/wp-content\/uploads\/Petr_Migunov.jpg 230w\" sizes=\"auto, (max-width: 210px) 100vw, 210px\" \/><p id=\"caption-attachment-1238\" class=\"wp-caption-text\">Petr Migunov (Thibault d&rsquo;Arc)<\/p><\/div>\n<p style=\"text-align: justify;\">Peut-\u00eatre moins originale que les grands succ\u00e8s du compositeur, la partition de <em>La Pucelle d&rsquo;Orl\u00e9ans<\/em> n&rsquo;en reste pas moins une grande r\u00e9ussite de Tcha\u00efkovsky. Avec une forme plus traditionnelle et dramatique, il a en quelque sorte retranscrit ses inspirations symphoniques dans cette partition\u00a0: on retrouve des effets assez comparables \u00e0 ce qu&rsquo;il a pu proposer dans <em>Manfred<\/em> par exemple avec une passion exacerb\u00e9e et un romantisme \u00e9chevel\u00e9. La voix doit du coup se fondre et ressortir dans ce grand d\u00e9chainement d&rsquo;orchestre \u00e0 bien des moments. Selon la direction du chef, on pourrait vite avoir un effet massif et peu inventif, mais si les d\u00e9tails sont mis en avant, si le souffle est entretenu d&rsquo;un bout \u00e0 l&rsquo;autre pour maintenir la tension mais aussi l&rsquo;int\u00e9r\u00eat, l\u2019\u0153uvre nous offre toute sa puissance \u00e9vocatrice et musicale.<\/p>\n<div id=\"attachment_1239\" style=\"width: 216px\" class=\"wp-caption alignleft\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" aria-describedby=\"caption-attachment-1239\" class=\"size-medium wp-image-1239\" src=\"http:\/\/erikcarnets.fr\/wp-content\/uploads\/Stanislav_Trofimov-206x300.jpg\" alt=\"\" width=\"206\" height=\"300\" srcset=\"https:\/\/erikcarnets.fr\/wp-content\/uploads\/Stanislav_Trofimov-206x300.jpg 206w, https:\/\/erikcarnets.fr\/wp-content\/uploads\/Stanislav_Trofimov.jpg 240w\" sizes=\"auto, (max-width: 206px) 100vw, 206px\" \/><p id=\"caption-attachment-1239\" class=\"wp-caption-text\">Stanislav Trofimov (l&rsquo;Archev\u00eaque)<\/p><\/div>\n<p style=\"text-align: justify;\">Pour servir cette partition, la venue des forces moscovites \u00e9tait une assez belle promesse, mais le r\u00e9sultat a m\u00eame \u00e9t\u00e9 au del\u00e0 de ce que l&rsquo;on pouvait esp\u00e9rer. La pr\u00e9sence de cet immense orchestre et ce grand ch\u0153ur dans la grande salle de la Philharmonie ne pouvaient que nous \u00e9blouir et ce fut le cas d\u00e8s les premi\u00e8res mesures avec ces fl\u00fbtes limpides qui s&rsquo;\u00e9l\u00e8vent et viennent emplir tout le volume. Le crescendo qui suit est un enflement de puissance sans que le volume ne vienne nuire \u00e0 la qualit\u00e9 d&rsquo;\u00e9coute. L&rsquo;ouverture sera ainsi la d\u00e9monstration de tout ce qui sera fait par la suite\u00a0: une implication de tous les instants de chaque musicien, un ensemble parfait des pupitres et une grande beaut\u00e9 sonore. On retiendra en particulier ces attaques tranchantes des cordes qui peuvent se faire soyeuses et translucides avant d&rsquo;attaquer de mani\u00e8re brutale. Oubli\u00e9s les orchestres \u00e0 la sonorit\u00e9 extr\u00eamement tendue mais \u00e0 la justesse un peu al\u00e9atoire (et aux cuivres canardant!)\u00a0: l&rsquo;orchestre du Bolcho\u00ef se montre d&rsquo;une extr\u00eame rigueur tout au long de la soir\u00e9e mais sans jamais oublier son engagement et sa mobilit\u00e9. Et le ch\u0153ur n&rsquo;est pas en reste\u00a0: d&rsquo;un superbe ensemble, il nous offre une grande vari\u00e9t\u00e9 de textures et d&rsquo;effets. On restera sid\u00e9r\u00e9 par la descente dans les abysses des basses \u00e0 la fin du premier acte bien s\u00fbr, mais aussi particuli\u00e8rement touch\u00e9 par les t\u00e9nors en d\u00e9but de deuxi\u00e8me acte \u00e0 la finesse et la d\u00e9licatesse admirable. Et quelle pr\u00e9cision\u00a0! Durant tout le concert on entend chaque accent tant l&rsquo;ensemble est parfait et en place&#8230; et m\u00eame dans des moments aussi complexes que le final o\u00f9 ils doivent se partager en de multiples groupes, on entend toujours cette pr\u00e9cision grandiose mais avec une puissance d\u00e9vastatrice\u00a0!<\/p>\n<div id=\"attachment_1240\" style=\"width: 230px\" class=\"wp-caption alignright\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" aria-describedby=\"caption-attachment-1240\" class=\"size-full wp-image-1240\" src=\"http:\/\/erikcarnets.fr\/wp-content\/uploads\/Andrei_Gonyukov.jpg\" alt=\"\" width=\"220\" height=\"280\" \/><p id=\"caption-attachment-1240\" class=\"wp-caption-text\">Andrei Gonyukov (Dunois)<\/p><\/div>\n<p style=\"text-align: justify;\">Mais celui qui dirige ces forces avec passion et pr\u00e9cision, c&rsquo;est le chef <strong>Tugan Sokhiev<\/strong>. Et on le sent non seulement en osmose avec sa partition, mais aussi totalement impliqu\u00e9 dans son contr\u00f4le de l&rsquo;orchestre et des solistes. Malgr\u00e9 l&rsquo;immense orchestre qu&rsquo;il doit mener dans cette partition foisonnante de d\u00e9tails, on le sent enti\u00e8rement dans l&rsquo;instant et en m\u00eame temps d&rsquo;une grande concentration. Retenant la puissance ou mettant en avant des d\u00e9tails, il montre la partition dans toute sa splendeur. Les d\u00e9tails sont parfaitement mis en valeur et ressortent comme rarement ici et l&rsquo;\u00e9quilibre non seulement des pupitres, mais aussi avec les ch\u0153urs et les solistes sont toujours bien \u00e9quilibr\u00e9s. Car faire briller l&rsquo;orchestre est une bonne chose, mais cela pourrait \u00eatre au d\u00e9savantage des chanteurs. Or \u00e0 aucun moment il n&rsquo;y a de couverture. En fonction des chanteurs la puissance semble adapt\u00e9e sans pour autant que le naturel du chant ou de la partition ne soient mis \u00e0 mal.<\/p>\n<div id=\"attachment_1243\" style=\"width: 210px\" class=\"wp-caption alignleft\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" aria-describedby=\"caption-attachment-1243\" class=\"size-medium wp-image-1243\" src=\"http:\/\/erikcarnets.fr\/wp-content\/uploads\/Oleg_Dolgov-200x300.jpg\" alt=\"\" width=\"200\" height=\"300\" srcset=\"https:\/\/erikcarnets.fr\/wp-content\/uploads\/Oleg_Dolgov-200x300.jpg 200w, https:\/\/erikcarnets.fr\/wp-content\/uploads\/Oleg_Dolgov.jpg 233w\" sizes=\"auto, (max-width: 200px) 100vw, 200px\" \/><p id=\"caption-attachment-1243\" class=\"wp-caption-text\">Oleg Dolgov (Charles VII)<\/p><\/div>\n<p style=\"text-align: justify;\">Une autre source de r\u00e9ussite vient de la distribution r\u00e9unie par le chef. Choisis avec finesse dans la troupe du Bolcho\u00ef ou les artistes r\u00e9guli\u00e8rement invit\u00e9s, on d\u00e9couvre des voix saines, belles et sonores, qui connaissent le style n\u00e9cessaire et savent faire sonner le texte comme la m\u00e9lodie de Tchaikovsky. L&rsquo;Ange de <strong>Marta Danyusevich<\/strong> par exemple sonne d&rsquo;une belle droiture avec un timbre franc mais aussi lumineux. Elle arrive ainsi \u00e0 sortir du ch\u0153ur c\u00e9leste sans soucis. <strong>Nikolai Kazansky<\/strong> et <strong>Andrey Kimach<\/strong> n&rsquo;ont que de petits r\u00f4les, mais l&rsquo;arriv\u00e9e de Bertrand ou de ce soldat sont encore de superbes surprises vocales tant la qualit\u00e9 est au rendez-vous. Enfin, comment passer sur les deux r\u00f4les de basses chant\u00e9s par <strong>Stanislav Trofimov<\/strong> et <strong>Petr Migunov<\/strong>. Le premier offre un p\u00e8re paternel mais aussi presque fanatique \u00e0 certains moments&#8230; tout en retrouvant des accents d\u00e9chirants au quatri\u00e8me acte o\u00f9 sa d\u00e9marche lui fend le c\u0153ur sans qu&rsquo;il ne puisse faire autre chose pour sauver son enfant qu&rsquo;il consid\u00e8re comme perdue. La voix est superbe et tranchante sans aucune lourdeur. Migunov lui se montre imposant en Archev\u00eaque\u00a0: le grave est impressionnant et la rondeur de la voix souveraine. Loin de la raideur qu&rsquo;on peut entendre parfois dans ces r\u00f4les chez les russes, on renoue avec la beaut\u00e9 de chant d&rsquo;un Reizen\u00a0!<\/p>\n<div id=\"attachment_1241\" style=\"width: 210px\" class=\"wp-caption alignright\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" aria-describedby=\"caption-attachment-1241\" class=\"size-medium wp-image-1241\" src=\"http:\/\/erikcarnets.fr\/wp-content\/uploads\/Anna_Nechaeva-200x300.jpg\" alt=\"\" width=\"200\" height=\"300\" srcset=\"https:\/\/erikcarnets.fr\/wp-content\/uploads\/Anna_Nechaeva-200x300.jpg 200w, https:\/\/erikcarnets.fr\/wp-content\/uploads\/Anna_Nechaeva.jpg 233w\" sizes=\"auto, (max-width: 200px) 100vw, 200px\" \/><p id=\"caption-attachment-1241\" class=\"wp-caption-text\">Anna Nechaeva (Agn\u00e8s Sorel)<\/p><\/div>\n<p style=\"text-align: justify;\">La seule l\u00e9g\u00e8re d\u00e9ception est le Lionel d&rsquo;<strong>Andrey Gonyukov<\/strong>\u00a0. En effet, la basse n&rsquo;a pas la beaut\u00e9 et la franchise des autres chanteurs. Or dans la grande salle de la Philharmonie une voix manquant un peu de projection perd tout impact. Ainsi on entend une voix assez cotonneuse et sans le tranchant du personnage, mais aussi au volume trop modeste pour luter contre l&rsquo;orchestre. Apr\u00e8s, l&rsquo;interpr\u00e8te reste tr\u00e8s bon avec sa noblesse inn\u00e9e qui pousse le roi \u00e0 la guerre ou se pose en d\u00e9fenseur de Jeanne lors de son accusation. Justement, le roi Charles VII d&rsquo;<strong>Oleg Dolgov<\/strong> surprend mais finalement s\u00e9duit par son engagement et son \u00e9tranget\u00e9. Avec au d\u00e9but une voix qui semble mal canalis\u00e9e, il se lib\u00e8re et gagne en h\u00e9ro\u00efsme au fur et \u00e0 mesure de ce deuxi\u00e8me acte. D&rsquo;un roi faible et perdu, il devient un chef de guerre par l&rsquo;\u00e9volution de son \u00e9mission. Malgr\u00e9 la tension et la difficult\u00e9 du r\u00f4le, il assume parfaitement la partition. Son amante Agn\u00e8s est chant\u00e9e par <strong>Anna Nechaeva<\/strong> et elle offre un portrait assez sensible du r\u00f4le. Plut\u00f4t chant\u00e9e dans les deux versions discographiques par des sopranos tranchantes et dominatrices, nous avons ici une chanteuse au timbre certes l\u00e9g\u00e8rement m\u00e9tallique, mais beaucoup plus humain et consolateur que d&rsquo;habitude. La voix peine \u00e0 se faire entendre dans les grands ensembles mais le deuxi\u00e8me acte la voit tr\u00e8s inspir\u00e9e.<\/p>\n<div id=\"attachment_1242\" style=\"width: 211px\" class=\"wp-caption alignleft\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" aria-describedby=\"caption-attachment-1242\" class=\"size-medium wp-image-1242\" src=\"http:\/\/erikcarnets.fr\/wp-content\/uploads\/Bogdan_Volkov-201x300.jpg\" alt=\"\" width=\"201\" height=\"300\" srcset=\"https:\/\/erikcarnets.fr\/wp-content\/uploads\/Bogdan_Volkov-201x300.jpg 201w, https:\/\/erikcarnets.fr\/wp-content\/uploads\/Bogdan_Volkov.jpg 234w\" sizes=\"auto, (max-width: 201px) 100vw, 201px\" \/><p id=\"caption-attachment-1242\" class=\"wp-caption-text\">Bogdan Volkov (Raymond)<\/p><\/div>\n<p style=\"text-align: justify;\">Les deux amants de Jeanne sont fort bien distribu\u00e9s. Le premier (Raymond) est chant\u00e9 par le tr\u00e8s jeune t\u00e9nor <strong>Bogdan Volkov<\/strong> et l&rsquo;on est souffl\u00e9 par la beaut\u00e9 du timbre et la finesse du chant. Tr\u00e8s habit\u00e9 et au chant nuanc\u00e9, le jeune homme sait parfaitement trouver le ton juste pour son personnage. Sans jamais surcharger l&rsquo;amour ou chanter en force, il arrive tout de m\u00eame avec juste ce qu&rsquo;il faut de m\u00e9tal et un placement bien en avant \u00e0 passer l&rsquo;orchestre et se faire entendre dans le trio d&rsquo;entr\u00e9e de Jeanne. Un vrai souffle de d\u00e9licatesse pour ce personnage.<\/p>\n<div id=\"attachment_1237\" style=\"width: 211px\" class=\"wp-caption alignright\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" aria-describedby=\"caption-attachment-1237\" class=\"size-medium wp-image-1237\" src=\"http:\/\/erikcarnets.fr\/wp-content\/uploads\/Igor_Golovatenko-201x300.jpg\" alt=\"\" width=\"201\" height=\"300\" srcset=\"https:\/\/erikcarnets.fr\/wp-content\/uploads\/Igor_Golovatenko-201x300.jpg 201w, https:\/\/erikcarnets.fr\/wp-content\/uploads\/Igor_Golovatenko.jpg 230w\" sizes=\"auto, (max-width: 201px) 100vw, 201px\" \/><p id=\"caption-attachment-1237\" class=\"wp-caption-text\">Igor Golovatenko (Lionel)<\/p><\/div>\n<p style=\"text-align: justify;\">Mais c&rsquo;est Lionel qui ravit le c\u0153ur de la jeune femme&#8230; et <strong>Igor Golovatenko<\/strong> offre de tr\u00e8s beaux moyens au jeune chevalier. La voix peine l\u00e9g\u00e8rement \u00e0 prendre de l&rsquo;ampleur sur le tout d\u00e9but de sa prestation, se faisant dominer par sa Jeanne. Mais au bout de quelques instants, la voix prend en projection sans perdre en nettet\u00e9, on conserve ce petit vibrato serr\u00e9 qui lui donne toute cette finesse et cette classe. Peut-\u00eatre qu&rsquo;il est abusif de faire r\u00e9f\u00e9rence \u00e0 ces l\u00e9gendes, mais comment ne pas penser \u00e0 Pavel Lisitsian pour l&rsquo;\u00e9mission et la noblesse du phras\u00e9\u00a0? Le r\u00f4le est assez court, mais le rendu est superbe\u00a0!<\/p>\n<div id=\"attachment_1233\" style=\"width: 280px\" class=\"wp-caption alignleft\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" aria-describedby=\"caption-attachment-1233\" class=\"size-full wp-image-1233\" src=\"http:\/\/erikcarnets.fr\/wp-content\/uploads\/Anna_Smirnova.jpg\" alt=\"\" width=\"270\" height=\"298\" \/><p id=\"caption-attachment-1233\" class=\"wp-caption-text\">Anna Smirnova (Jeanne)<\/p><\/div>\n<p style=\"text-align: justify;\">Enfin, la grande triomphatrice de la soir\u00e9e est la mezzo-soprano <strong>Anna Smirnova<\/strong>. Le r\u00f4le est \u00e9crasant pour sa dur\u00e9e mais aussi sa tessiture\u00a0: v\u00e9ritable personnage principal, elle ne connait pas de rival dans les autres r\u00f4les. D\u00e8s son entr\u00e9e elle doit s&rsquo;imposer par sa puissance vocale mais aussi sa volont\u00e9 et sa vaillance. Et tout au long de l\u2019\u0153uvre elle doit conserver cette jeunesse et cette foi en sa mission sans pour autant offrir un portrait trop martial. En plus de ce probl\u00e8me de coh\u00e9rence dramatique, il faut aussi qu&rsquo;elle assume la tessiture sans duret\u00e9. Grave comme aigu sont tr\u00e8s sollicit\u00e9s avec de grands passages en haut de la tessiture \u00e0 bien des moments. Si dramatiquement Anna Smirnova manque peut-\u00eatre un peu de nuances, elle impressionne par son implication farouche et sa maitrise de la tessiture. De par son timbre rond et clair, elle \u00e9vite tout c\u00f4t\u00e9 matrone \u00e0 son personnage et sait \u00e9clairer son chant par des aigus libres et radieux. De l&rsquo;autre c\u00f4t\u00e9 de la tessiture, Smirnova \u00e9vite aussi tout effet et refuse de poitriner les graves. L&rsquo;on conserve ainsi la beaut\u00e9 du timbre et le personnage altier mais aussi f\u00e9minin.Tr\u00e8s expressive derri\u00e8re son pupitre, il ne lui manquerait plus qu&rsquo;un peu plus de nuances dynamiques pour offrir un portrait grandiose et parfait. La chanteuse poss\u00e8de une projection sid\u00e9rante et sait varier ses effets&#8230; mais elle n&rsquo;explore que tr\u00e8s rarement les nuances piano. \u00c9voluant entre mezzo-piano et fortissimo il manque donc un petit peu du c\u00f4t\u00e9 fragile et du doute ici. Tr\u00e8s vaillante on entend le tourment mais nous manque juste le trouble que savait montrer Preobrazhenskaya.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Entendre cette ouvrage dans de telles conditions est un vrai bonheur. Nourri depuis des ann\u00e9es par les interpr\u00e9tations de Sofia Preobrazhenskaya et Irina Arkhipova, le risque \u00e9tait de ne pas sortir de ses souvenirs et de comparer imm\u00e9diatement. Mais il n&rsquo;en est rien car d\u00e8s les premi\u00e8res minutes la tension et la beaut\u00e9 sont au rendez-vous pour emporter l&rsquo;auditeur&#8230; qu&rsquo;il d\u00e9couvre la partition ou qu&rsquo;il la connaisse d\u00e9j\u00e0. Le final a t\u00e9tanis\u00e9 la salle, certains passages ont fait r\u00eaver&#8230; dans tous les cas l&rsquo;ovation finale est r\u00e9v\u00e9latrice du plaisir ressenti par les spectateurs \u00e0 l&rsquo;\u00e9coute de cette <em>Pucelle d&rsquo;Orl\u00e9ans<\/em>. Un immense merci \u00e0 Tugan Sokhiev pour cette venue qu&rsquo;on esp\u00e8re \u00eatre renouvel\u00e9e pour de nouvelles partitions rares chez nous.<\/p>\n<ul>\n<li class=\"western\">Paris<\/li>\n<li class=\"western\">Philharmonie de Paris, Grande Salle<\/li>\n<li class=\"western\">17 mars 2017<\/li>\n<li class=\"western\">Piotr Tcha\u00efkovsky (1840-1893), La Pucelle d&rsquo;Orl\u00e9ans, Op\u00e9ra en quatre actes et six sc\u00e8nes<\/li>\n<li class=\"western\">Version de concert<\/li>\n<li class=\"western\">Jeanne d&rsquo;Arc, Anna Smirnova\u00a0; Roi Charles VII, Oleg Dolgov\u00a0; Raymond, Bogdan Volkov\u00a0; Agnes Sorel, Anna Nechaeva\u00a0; Dunois, Andrey Gonyukov\u00a0; L&rsquo;Archev\u00eaque, Stanislav Trofimov\u00a0; Thibaut d&rsquo;Arc, Petr Migunov\u00a0; Lionel, Igor Golovatenko\u00a0; Bertrand, Nikolai Kazansky\u00a0; le Soldat, Andrey Kimach\u00a0; l&rsquo;Ange, Marta Danyusevich<\/li>\n<li class=\"western\">Ch\u0153ur du Th\u00e9\u00e2tre Bolcho\u00ef de Russie<\/li>\n<li class=\"western\">Orchestre du Th\u00e9\u00e2tre Bolcho\u00ef de Russie<\/li>\n<li class=\"western\">Tugan Sokhiev, direction<\/li>\n<\/ul>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>La venue de la troupe du Bolcho\u00ef est d\u00e9j\u00e0 un immense \u00e9v\u00e9nement, mais quand en plus il vient offrir au public parisien un ouvrage aussi rare que La Pucelle d&rsquo;Orl\u00e9ans [&hellip;]<\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"closed","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"jetpack_post_was_ever_published":false,"_jetpack_newsletter_access":"","_jetpack_dont_email_post_to_subs":false,"_jetpack_newsletter_tier_id":0,"_jetpack_memberships_contains_paywalled_content":false,"_jetpack_memberships_contains_paid_content":false,"footnotes":"","jetpack_publicize_message":"","jetpack_publicize_feature_enabled":true,"jetpack_social_post_already_shared":true,"jetpack_social_options":{"image_generator_settings":{"template":"highway","default_image_id":0,"font":"","enabled":false},"version":2}},"categories":[28,3,1],"tags":[57,23,44],"class_list":["post-1231","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-concert","category-musique_classique","category-non-classe","tag-epoque_romantique","tag-opera","tag-tchaikovsky","clearfix"],"jetpack_publicize_connections":[],"jetpack_featured_media_url":"","jetpack_shortlink":"https:\/\/wp.me\/p4G2uP-jR","jetpack_sharing_enabled":true,"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/erikcarnets.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/1231","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/erikcarnets.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/erikcarnets.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/erikcarnets.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/erikcarnets.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcomments&post=1231"}],"version-history":[{"count":5,"href":"https:\/\/erikcarnets.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/1231\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":1247,"href":"https:\/\/erikcarnets.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/1231\/revisions\/1247"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/erikcarnets.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=1231"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/erikcarnets.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=1231"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/erikcarnets.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=1231"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}