{"id":1208,"date":"2017-03-08T22:53:17","date_gmt":"2017-03-08T21:53:17","guid":{"rendered":"http:\/\/erikcarnets.fr\/?p=1208"},"modified":"2017-03-08T22:53:17","modified_gmt":"2017-03-08T21:53:17","slug":"orfeo-de-rossi-immense-reussite","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/erikcarnets.fr\/?p=1208","title":{"rendered":"Orfeo de Rossi : Immense r\u00e9ussite"},"content":{"rendered":"<div id=\"attachment_1209\" style=\"width: 310px\" class=\"wp-caption alignleft\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" aria-describedby=\"caption-attachment-1209\" class=\"wp-image-1209 size-medium\" src=\"http:\/\/erikcarnets.fr\/wp-content\/uploads\/orfeo1-300x300.jpg\" alt=\"\" width=\"300\" height=\"300\" srcset=\"https:\/\/erikcarnets.fr\/wp-content\/uploads\/orfeo1-300x300.jpg 300w, https:\/\/erikcarnets.fr\/wp-content\/uploads\/orfeo1-150x150.jpg 150w, https:\/\/erikcarnets.fr\/wp-content\/uploads\/orfeo1-768x769.jpg 768w, https:\/\/erikcarnets.fr\/wp-content\/uploads\/orfeo1-200x200.jpg 200w, https:\/\/erikcarnets.fr\/wp-content\/uploads\/orfeo1.jpg 999w\" sizes=\"auto, (max-width: 300px) 100vw, 300px\" \/><p id=\"caption-attachment-1209\" class=\"wp-caption-text\">Acte I : Francesca Aspromonte (Eurydice), Judith van Wanroij (Orph\u00e9e)<\/p><\/div>\n<p style=\"text-align: justify;\">Lorsque l&rsquo;on \u00e9voque le personnage d&rsquo;Orph\u00e9e \u00e0 l&rsquo;op\u00e9ra, on pense bien s\u00fbr \u00e0 l\u2019\u0153uvre de Monteverdi qui a \u00e9t\u00e9 consid\u00e9r\u00e9 \u00e0 tord comme le premier op\u00e9ra&#8230; ou encore les diff\u00e9rentes partitions de Gluck&#8230; voir m\u00eame l&rsquo;<em>Orph\u00e9e aux Enfers<\/em> d&rsquo;Offenbach. Mais restent dans l&rsquo;ombre des partitions fascinantes concernant cette l\u00e9gende. <em>La Morte d&rsquo;Orfeo<\/em> de Landi par exemple qui raconte la fin de vie du po\u00e8te et qui est justement la suite du spectacle qui nous occupe\u00a0: l&rsquo;<em>Orfeo<\/em> de Luigi Rossi. Compos\u00e9 l&rsquo;\u00e9poque o\u00f9 Monteverdi offrait son <em>Incoronazione di Poppea<\/em>, on y retrouve la m\u00eame structure alternant passages comiques et grande trag\u00e9die, la m\u00eame puissance du texte et du th\u00e9\u00e2tre. Cette production avait fait un triomphe la saison pr\u00e9c\u00e9dente \u00e0 Nancy et Versailles d\u00e9j\u00e0 et pour notre plus grand plaisir voici qu&rsquo;elle \u00e9tait propos\u00e9e \u00e0 nouveau avec exactement la m\u00eame distribution. On retrouve donc toute la richesse de la partition magnifi\u00e9e par une r\u00e9alisation en tous points splendide.<!--more--><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">L&rsquo;op\u00e9ra de Rossi est important pour l&rsquo;histoire parisienne puisqu&rsquo;elle est la premi\u00e8re partition command\u00e9e pour un th\u00e9\u00e2tre parisien. Cet ouvrage donnera naissance par la suite \u00e0 toute la musique fran\u00e7aise th\u00e9\u00e2trale car le jeune Lully par exemple assista s\u00fbrement aux repr\u00e9sentations et en reprendra cette structure qui alterne s\u00e9rieux et comique, mais aussi qui insert dans l&rsquo;action des danses. On retrouve aussi ce prologue all\u00e9gorique en l&rsquo;honneur du roi. Rossi n&rsquo;\u00e9tait pas un inconnu \u00e0 l&rsquo;\u00e9poque et Mazarin esp\u00e9rait enfin pouvoir \u00e9tablir l&rsquo;art lyrique dans une ville qui y restait assez herm\u00e9tique. Tr\u00e8s rarement donn\u00e9e, la partition n&rsquo;a pourtant aucunement \u00e0 rougir devant l&rsquo;ouvrage de Monteverdi beaucoup plus c\u00e9l\u00e8bre. En effet la composition est tout aussi riche avec une vari\u00e9t\u00e9 de couleurs, de rythmes et d&rsquo;atmosph\u00e8res assez sid\u00e9rantes. Le fun\u00e8bre voisine avec le burlesque sans que jamais l&rsquo;oreille ne soit choqu\u00e9e car la transition est toujours bien amen\u00e9e par le th\u00e9\u00e2tre.<\/p>\n<div id=\"attachment_1210\" style=\"width: 460px\" class=\"wp-caption aligncenter\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" aria-describedby=\"caption-attachment-1210\" class=\"wp-image-1210\" src=\"http:\/\/erikcarnets.fr\/wp-content\/uploads\/orfeo2-300x200.jpg\" alt=\"\" width=\"450\" height=\"300\" srcset=\"https:\/\/erikcarnets.fr\/wp-content\/uploads\/orfeo2-300x200.jpg 300w, https:\/\/erikcarnets.fr\/wp-content\/uploads\/orfeo2-768x512.jpg 768w, https:\/\/erikcarnets.fr\/wp-content\/uploads\/orfeo2.jpg 1000w\" sizes=\"auto, (max-width: 450px) 100vw, 450px\" \/><p id=\"caption-attachment-1210\" class=\"wp-caption-text\">Acte I<\/p><\/div>\n<p style=\"text-align: justify;\">Alors que l&rsquo;op\u00e9ra de Monteverdi fait rapidement intervenir la mort d\u2019Eurydice, chez Rossi nous assistons \u00e0 tous les pr\u00e9paratifs du mariage, aux jalousies de l&rsquo;amoureux \u00e9conduit et donc aussi \u00e0 la cause de cette mort. Monteverdi nous montre une mort accidentelle alors que chez Rossi on d\u00e9couvre que c&rsquo;est Arist\u00e9e, amant \u00e9conduit de la belle qui se fait manipuler pour placer le serpent&#8230; et la jeune femme n&rsquo;en ressort pas non plus grandie puisqu&rsquo;elle refuse par fiert\u00e9 tout secours du jeune homme. L&rsquo;histoire prend ainsi plus de corps avec les influences de V\u00e9nus et d\u2019Apollon qui chacun veulent faire d\u2019Eurydice l&rsquo;\u00e9pouse de leur prot\u00e9g\u00e9. On d\u00e9couvre tout ce qui est autour de cette triste mort, on sort de la simple pastorale tragique pour entrer dans un drame de pouvoir et d&rsquo;amour, o\u00f9 les motivations sont bien s\u00fbr la passion mais aussi rivalit\u00e9s divines. Le couple entre d&rsquo;Orph\u00e9e et d\u2019Eurydice est finalement ballott\u00e9 entre tous ces \u00e9l\u00e9ments et le h\u00e9ros \u00e9ponyme perd de sa grandeur et de son importance ici o\u00f9 sa femme a finalement un r\u00f4le plus important.<\/p>\n<div id=\"attachment_1212\" style=\"width: 610px\" class=\"wp-caption aligncenter\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" aria-describedby=\"caption-attachment-1212\" class=\"wp-image-1212\" src=\"http:\/\/erikcarnets.fr\/wp-content\/uploads\/orfeo4-300x120.jpg\" alt=\"\" width=\"600\" height=\"240\" srcset=\"https:\/\/erikcarnets.fr\/wp-content\/uploads\/orfeo4-300x120.jpg 300w, https:\/\/erikcarnets.fr\/wp-content\/uploads\/orfeo4-768x307.jpg 768w, https:\/\/erikcarnets.fr\/wp-content\/uploads\/orfeo4.jpg 1000w\" sizes=\"auto, (max-width: 600px) 100vw, 600px\" \/><p id=\"caption-attachment-1212\" class=\"wp-caption-text\">Acte I<\/p><\/div>\n<p style=\"text-align: justify;\">La mise en sc\u00e8ne imagin\u00e9e par <strong>Jetske Mijnssen<\/strong> offre une vision extr\u00eamement lisible de l&rsquo;action. Avec tous ces personnages divers et vari\u00e9s, ces situations et ces sc\u00e8nes qui s&rsquo;encha\u00eenent, le metteur en sc\u00e8ne r\u00e9ussit \u00e0 cr\u00e9er tout un lien en faisant inter-agir des personnages silencieux, renfor\u00e7ant ainsi la trame qui existe d\u00e9j\u00e0 dans l&rsquo;ouvrage. Le jeu d&rsquo;acteur de chacun des personnages est parfaitement r\u00e9gl\u00e9, trouvant les tics et les attitudes propres \u00e0 donner vie \u00e0 chacun sans que jamais le trait ne soit forc\u00e9. M\u00eame les petits personnages trouvent un ton propre\u00a0: Apollon d&rsquo;une immense retenue, V\u00e9nus en Arielle Dombasle, la Nourrice et la Vieille qui se battent pour une bouteille de champagne&#8230; chacun poss\u00e8de sa personnalit\u00e9. Et tout s&rsquo;enchaine parfaitement dans cette grande famille rassembl\u00e9e pour c\u00e9l\u00e9brer le mariage. Car ce que l&rsquo;on nous montre est bien la grande r\u00e9union que cr\u00e9\u00e9 un tel \u00e9v\u00e9nement. Amis et famille se retrouvent dans une salle de r\u00e9ception assez sobre, toute en bois sombre. Pour habiller cette sc\u00e8ne, quelques chaises et tables&#8230; et de superbes \u00e9clairages qui nous permettent de changer d&rsquo;atmosph\u00e8re sans transition. Seul le troisi\u00e8me acte manque l\u00e9g\u00e8rement de logique. La descente aux Enfers nous montre toute une c\u00e9r\u00e9monie majestueuse et belle, mais o\u00f9 l&rsquo;on se perd devant ces divinit\u00e9s aux masques immenses sens\u00e9s repr\u00e9senter les diff\u00e9rents personnages. On s&rsquo;\u00e9tonnera par exemple de trouver une divinit\u00e9 \u00e0 t\u00eate de poisson participer \u00e0 cette veille d\u2019Eurydice. Par contre, magnifique sc\u00e8ne que cette ombre de la jeune femme sortant de derri\u00e8re un rideau pour hanter Arist\u00e9e. Cet immense rideau tendu par les Parques devant le d\u00e9cor pour former un salon mortuaire est un grand moment. Les costumes cr\u00e9\u00e9s sont d&rsquo;inspiration contemporaine, mais souvent avec une belle recherche chez ces dames qui doivent bien s\u00fbr \u00eatre en grande tenue pour le mariage. Aussi les hommes sont en costume trois pi\u00e8ces, blanc ou noir&#8230; alors que se distingue Eurydice au milieu de toute cette sophistication\u00a0: avec une robe blanche tr\u00e8s sobre et l\u00e9g\u00e8re, elle personnifie cette pastorale.<\/p>\n<div id=\"attachment_1211\" style=\"width: 460px\" class=\"wp-caption aligncenter\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" aria-describedby=\"caption-attachment-1211\" class=\"wp-image-1211\" src=\"http:\/\/erikcarnets.fr\/wp-content\/uploads\/orfeo3-1-300x200.jpg\" alt=\"\" width=\"450\" height=\"300\" srcset=\"https:\/\/erikcarnets.fr\/wp-content\/uploads\/orfeo3-1-300x200.jpg 300w, https:\/\/erikcarnets.fr\/wp-content\/uploads\/orfeo3-1-768x512.jpg 768w, https:\/\/erikcarnets.fr\/wp-content\/uploads\/orfeo3-1.jpg 1000w\" sizes=\"auto, (max-width: 450px) 100vw, 450px\" \/><p id=\"caption-attachment-1211\" class=\"wp-caption-text\">Acte II : Francesca Aspromonte (Eurydice), Ray Chenez (La Nourrice)<\/p><\/div>\n<p style=\"text-align: justify;\">La partition de Rossi est, on l&rsquo;a dit plus haut, tr\u00e8s riche en situations th\u00e9\u00e2trales, mais aussi particuli\u00e8rement riche musicalement. Plus d\u00e9velopp\u00e9e que chez Monteverdi, la partition b\u00e9n\u00e9ficia pour sa cr\u00e9ation des fameux Violons du Roi&#8230; et aussi de moyens royaux pour engager un orchestre superlatif. Le choix de <strong>Rapha\u00ebl Pichon<\/strong> de composer un orchestre luxuriant et riche est au final particuli\u00e8rement en phase avec l&rsquo;histoire de la cr\u00e9ation de cet ouvrage. Le jeune chef et son ensemble ont d\u00e9j\u00e0 d\u00e9montr\u00e9 dans de nombreux r\u00e9pertoires la beaut\u00e9 de timbre et la vari\u00e9t\u00e9 de couleurs qu&rsquo;ils pouvaient d\u00e9ployer pour donner vie \u00e0 une partition. Mais ici, encore plus que chez <a href=\"http:\/\/erikcarnets.fr\/?p=574\" target=\"_blank\">Rameau<\/a>, la profusion de d\u00e9tails et l&rsquo;intelligence de la r\u00e9alisation sont sid\u00e9rants. Dans la fosse, rien moins que trois clavecins, un orgue, deux th\u00e9orbes, un luth, de nombreuses violes, des fl\u00fbtes aussi divers que vari\u00e9es&#8230; tout cela pour cr\u00e9er le son et la couleur qui conviennent au moment. D\u00e8s le d\u00e9but on est saisi par la beaut\u00e9 et la simplicit\u00e9 de l&rsquo;orchestration\u00a0: avec une harpe seule le ton est donn\u00e9 pour la beaut\u00e9 orchestrale qui suivra. Car si on peut admirer le travail effectu\u00e9 sur l&rsquo;orchestre, il faut aussi saluer son naturel et sa sobri\u00e9t\u00e9\u00a0: jamais l&rsquo;on entend une quelconque d\u00e9monstration ou un effet gratuit. Tout est fluide et magnifique, d&rsquo;une th\u00e9\u00e2tralit\u00e9 s\u00fbre et r\u00e9solue. Le seul reproche que l&rsquo;on peut faire au chef serait peut-\u00eatre les coupures op\u00e9r\u00e9es dans la partition. S\u00fbrement effectu\u00e9es de concert avec le metteur en sc\u00e8ne, ces trous dans la trame nous font perdre une petite partie de la s\u00e8ve de la partition, comme l&rsquo;intervention de Junon face \u00e0 V\u00e9nus pour lib\u00e9rer Eurydice. Cette petite sc\u00e8ne est caract\u00e9ristique de l&rsquo;\u00e9poque et du style&#8230; mais manque dans cette production. D&rsquo;autres petites coupures sont s\u00fbrement \u00e0 noter mais la partition est tellement riche qu&rsquo;il faudrait tout d&rsquo;abord une \u00e9tude approfondie des sources pour noter les moindres manques.<\/p>\n<div id=\"attachment_1216\" style=\"width: 610px\" class=\"wp-caption aligncenter\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" aria-describedby=\"caption-attachment-1216\" class=\"wp-image-1216\" src=\"http:\/\/erikcarnets.fr\/wp-content\/uploads\/orfeo8-300x140.jpg\" alt=\"\" width=\"600\" height=\"279\" srcset=\"https:\/\/erikcarnets.fr\/wp-content\/uploads\/orfeo8-300x140.jpg 300w, https:\/\/erikcarnets.fr\/wp-content\/uploads\/orfeo8.jpg 730w\" sizes=\"auto, (max-width: 600px) 100vw, 600px\" \/><p id=\"caption-attachment-1216\" class=\"wp-caption-text\">Acte II : Renato Dolcini (Satyre), Marc Mauillon (Momus), Giulia Semenzato (Venere), Dominique Visse (La Vieille), Giuseppina Bridelli (Arist\u00e9e)<\/p><\/div>\n<p style=\"text-align: justify;\">Le chef a \u00e9t\u00e9 salu\u00e9, mais il faut aussi saluer l&rsquo;<strong>Ensemble Pygmalion<\/strong> car il est partie prenante de la qualit\u00e9 du spectacle. Les choristes bien s\u00fbr qui nous proposent comme toujours un chant d&rsquo;une beaut\u00e9 et d&rsquo;un ensemble confondants, capables des plus fines arabesques comme des effets beaucoup plus massifs. En effectif r\u00e9duit ou tous assembl\u00e9s, c&rsquo;est toujours un moment de beaut\u00e9. Enfin bien s\u00fbr, il y a tout le travail de l&rsquo;orchestre. Car bien s\u00fbr le chef a r\u00e9alis\u00e9 ses choix&#8230; mais il fallait pour rendre tous les effets des instrumentistes g\u00e9niaux et totalement impliqu\u00e9s. Et ici l&rsquo;on a plus l&rsquo;impression d&rsquo;entendre des solistes virtuoses capables de jouer en ensemble qu&rsquo;un orchestre tant chacun peut sortir du rang pour offrir des moments de pure gr\u00e2ce. Ce jeune ensemble se montre comme toujours parfait. On le connaissait tr\u00e8s bien dans le r\u00e9pertoire fran\u00e7ais baroque, mais il sonne tout aussi riche et color\u00e9 dans une partition italienne.<\/p>\n<div id=\"attachment_1213\" style=\"width: 460px\" class=\"wp-caption aligncenter\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" aria-describedby=\"caption-attachment-1213\" class=\"wp-image-1213\" src=\"http:\/\/erikcarnets.fr\/wp-content\/uploads\/orfeo5-300x200.jpg\" alt=\"\" width=\"450\" height=\"300\" srcset=\"https:\/\/erikcarnets.fr\/wp-content\/uploads\/orfeo5-300x200.jpg 300w, https:\/\/erikcarnets.fr\/wp-content\/uploads\/orfeo5-768x512.jpg 768w, https:\/\/erikcarnets.fr\/wp-content\/uploads\/orfeo5.jpg 1000w\" sizes=\"auto, (max-width: 450px) 100vw, 450px\" \/><p id=\"caption-attachment-1213\" class=\"wp-caption-text\">Acte II : Francesca Aspromonte (Euridice), Giuseppina Bridelli (Arist\u00e9e)<\/p><\/div>\n<p style=\"text-align: justify;\">De la richesse, il en fallait aussi pour rassembler une distribution aussi fastueuse en nombre et en qualit\u00e9. Le moindre petit r\u00f4le est en effet parfaitement distribu\u00e9 tant en terme musical que th\u00e9\u00e2tral. Les Parques comme les Gr\u00e2ces sont ainsi id\u00e9alement appari\u00e9s par groupe de trois. En Apollon, le jeune conre-t\u00e9nor <strong>David Tricou<\/strong> se montre d&rsquo;un grande douceur et rayonne par sa bont\u00e9 dans son r\u00f4le de pr\u00eatre. Son oppos\u00e9 parfait se trouve en la personne de <strong>Giulia Semenzato<\/strong> qui propose une V\u00e9nus pr\u00e9tentieuse et hautaine parfaitement compos\u00e9es, \u00e0 la voix cristalline et dard\u00e9e. Sa prestation en Proserpine sera moins importante. Le Satyre et Momus (respectivement <strong>Renato Dolcini<\/strong> et <strong>Marc Mauillon<\/strong>) se r\u00e9jouissent quant \u00e0 eux de r\u00f4les tout en d\u00e9mesure chez qui tout pr\u00eate \u00e0 rire. Dolcini semble un s\u00e9ducteur italien pr\u00eat \u00e0 tout pour s&rsquo;amuser alors que Mauillon nous offre un dieu \u00e0 la langue bien pendue qui semble \u00eatre le cousin invit\u00e9 dont tout le monde \u00e0 honte\u00a0! Totalement d\u00e9brid\u00e9 dans le premier acte, il donne encore une fois toute la mesure de son talent tant vocal que th\u00e9\u00e2trale.<\/p>\n<div id=\"attachment_1215\" style=\"width: 610px\" class=\"wp-caption aligncenter\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" aria-describedby=\"caption-attachment-1215\" class=\"wp-image-1215\" src=\"http:\/\/erikcarnets.fr\/wp-content\/uploads\/orfeo7-300x120.jpg\" alt=\"\" width=\"600\" height=\"240\" srcset=\"https:\/\/erikcarnets.fr\/wp-content\/uploads\/orfeo7-300x120.jpg 300w, https:\/\/erikcarnets.fr\/wp-content\/uploads\/orfeo7-768x307.jpg 768w, https:\/\/erikcarnets.fr\/wp-content\/uploads\/orfeo7.jpg 1000w\" sizes=\"auto, (max-width: 600px) 100vw, 600px\" \/><p id=\"caption-attachment-1215\" class=\"wp-caption-text\">Acte III : Francesca Aspromonte (Eurydice), Ray Chenez (Amour)<\/p><\/div>\n<p style=\"text-align: justify;\">Autre duo mais cette fois d&rsquo;un grand s\u00e9rieux, les deux basses <strong>Victor Torres<\/strong> et Nahuel Di Pierro font preuve d&rsquo;une immense noblesse. Personnifiant la bont\u00e9 paternelle d&rsquo;Endymion, le premier \u00e0 la galbe du bon vivant mais peut aussi offrir toute la rigueur du passeur des Enfers lors du dernier acte. Plus port\u00e9 vers la noblesse d&rsquo;un bout \u00e0 l&rsquo;autre, <strong>Nahuel Di Pierro<\/strong> se montre encore plus sid\u00e9rant d&rsquo;impact et de charisme. Car si Torres est une belle d\u00e9couverte, la jeune basse le surpasse par l&rsquo;ampleur de sa voix. Augure noble et aust\u00e8re au premier acte, son Pluton est tout bonnement sublime de gravit\u00e9 et de pr\u00e9sence. Ses descentes dans les tr\u00e9fonds de la tessiture du r\u00f4le ne lui posent aucun soucis et il montre toujours cette ligne de chant parfaite, ce timbre rond et sonore. Les ann\u00e9es montrent une \u00e9volution assez sid\u00e9rante de ce jeune chanteur qui nous promet de grandes choses pour l&rsquo;avenir\u00a0! Enfin, comment oublier ces deux dames&#8230; la Nourrice et la Vieille\u00a0! Car dans ces deux personnages se retrouve tout l&rsquo;intelligence de la mise en sc\u00e8ne. Personnages centraux car elles conseillent les jeunes gens durant une bonne partie de l&rsquo;ouvrage, m\u00eame si Rossi ne les fait pas chanter. De bon ou de mauvais conseil, cette Nourrice embourgeois\u00e9e que propose le contre-t\u00e9nor <strong>Ray Chenez<\/strong> semble extr\u00eamement naturelle tant sc\u00e9niquement que vocalement. La voix manque peut-\u00eatre un peu de projection pour affronter des r\u00f4les plus tendus, mais ici l&rsquo;\u00e9tranget\u00e9 de cette voix androgyne est parfaite pour cette vieille dame&#8230; mais aussi pour l&rsquo;Amour qu&rsquo;il chante aussi (et la transformation physique est impressionnante!). Autre compliment, il arrive \u00e0 rivaliser avec celui qui s&rsquo;est fait une sp\u00e9cialit\u00e9 des r\u00f4les de vieilles femmes\u00a0: <strong>Dominique Visse<\/strong>. Pionnier du baroque, il a toujours su tirer de sa voix \u00e0 la longueur exceptionnelle (les registres ont maintenant tendance \u00e0 se dessouder l\u00e9g\u00e8rement) des compositions d&rsquo;une grande libert\u00e9 et fantaisie. Et si l&rsquo;on ajoute \u00e0 cela la facilit\u00e9 sc\u00e9nique pour confisquer tous les regards, on comprend pourquoi il est de toutes ces productions prestigieuses\u00a0! La voix a perdu un peu de sa splendeur mais l&rsquo;acteur et l&rsquo;interpr\u00e8te restent souverain dans ce type de r\u00f4le avec un aigu cinglant et un grave sonore.<\/p>\n<div id=\"attachment_1214\" style=\"width: 460px\" class=\"wp-caption aligncenter\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" aria-describedby=\"caption-attachment-1214\" class=\"wp-image-1214\" src=\"http:\/\/erikcarnets.fr\/wp-content\/uploads\/orfeo6-300x200.jpg\" alt=\"\" width=\"450\" height=\"300\" srcset=\"https:\/\/erikcarnets.fr\/wp-content\/uploads\/orfeo6-300x200.jpg 300w, https:\/\/erikcarnets.fr\/wp-content\/uploads\/orfeo6-768x512.jpg 768w, https:\/\/erikcarnets.fr\/wp-content\/uploads\/orfeo6.jpg 1000w\" sizes=\"auto, (max-width: 450px) 100vw, 450px\" \/><p id=\"caption-attachment-1214\" class=\"wp-caption-text\">Acte III<\/p><\/div>\n<p style=\"text-align: justify;\">Pour le r\u00f4le d&rsquo;Arist\u00e9e, l&rsquo;on saura gr\u00e9\u00e9 \u00e0 Rapha\u00ebl Pichon d&rsquo;avoir distribu\u00e9 la mezzo-soprano <strong>Giuseppina Bridelli<\/strong> et non un contre-t\u00e9nor pour ce jeune adolescent, car le r\u00f4le assez important aurait sans doute montr\u00e9 les limites de ce type de voix (en dehors de quelques artistes d&rsquo;exception). La jeune femme offre une voix l\u00e9g\u00e8rement \u00e9touff\u00e9e mais qui convient parfaitement pour le personnage o\u00f9 la rage, l&rsquo;envie et le d\u00e9sespoirs n&rsquo;arrivent pas \u00e0 masquer un tr\u00e8s bon fond. Sa prestation dans le troisi\u00e8me acte hantera longtemps la vision des spectateurs tant elle y met de conviction face \u00e0 ses remords. Annonc\u00e9e souffrante avant la repr\u00e9sentation, <strong>Francesca Aspromonte<\/strong> ne semblait pourtant pas si diminu\u00e9e&#8230; ou alors elle est d&rsquo;un rayonnement sid\u00e9rant en pleine forme tant son Eurydice est sublime\u00a0! Certes ses premi\u00e8res minutes de chant la trouvent l\u00e9g\u00e8rement \u00e0 froid avec quelques trous dans la tessiture. Mais rapidement on retrouve ce timbre vibrant et l\u00e9ger, au tintement d&rsquo;une beaut\u00e9 et d&rsquo;une fraicheur qu&rsquo;on trouve rarement. V\u00e9ritable rayon de soleil et grande bouff\u00e9e d&rsquo;air frais, elle illumine le plateau \u00e0 chacune de ses apparitions durant les deux premiers actes. Au milieu de cette pi\u00e8ce stricte et de ces convives plus guind\u00e9s les uns que les autres, elle semble irr\u00e9elle et radieuse. Son apparition en tant que spectre au dernier acte nous permet aussi de d\u00e9couvrir une facette plus tendue de la jeune chanteuse. La voix et l&rsquo;aigu prennent du m\u00e9tal pour se montrer durs et acerbes. On ne sait que louer dans la composition de Francesca Aspromonte et l&rsquo;on peut esp\u00e9rer la retrouver dans de nombreux autres r\u00f4les de cette \u00e9poque. Enfin dans le r\u00f4le titre, <strong>Judith van Wanroij<\/strong> est peut-\u00eatre la seule relative d\u00e9ception. Relative car il faut bien l&rsquo;avouer son interpr\u00e9tation est un sans faute. Mais face aux autres artistes il lui manque un petit peu d&rsquo;investissement et de charisme. La chanteuse a toujours sembl\u00e9 \u00eatre une parfaite chanteuse d&rsquo;une grande intelligence mais manquant un peu de l\u00e2cher prise. Et c&rsquo;est en effet le reproche qui peut lui \u00eatre fait\u00a0: offrir un Orph\u00e9e certes parfaitement chantant et d&rsquo;une musicalit\u00e9 exemplaire&#8230; mais o\u00f9 l&rsquo;on recherche cette po\u00e9sie irr\u00e9elle, cette \u00e9l\u00e9vation de l&rsquo;\u00e2me. Seul le troisi\u00e8me acte avec la supplique \u00e0 Pluton puis la lamentation finale semble lui donner totalement vie. Face aux personnalit\u00e9s rassembl\u00e9es, il manque un petit soup\u00e7on de charisme en plus&#8230; mais la construction du personnage par Rossi n&rsquo;aide pas tant l&rsquo;accent est mis sur Eurydice plus que sur lui.<\/p>\n<div id=\"attachment_1218\" style=\"width: 610px\" class=\"wp-caption aligncenter\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" aria-describedby=\"caption-attachment-1218\" class=\"wp-image-1218\" src=\"http:\/\/erikcarnets.fr\/wp-content\/uploads\/orfeo10-300x140.jpg\" alt=\"\" width=\"600\" height=\"279\" srcset=\"https:\/\/erikcarnets.fr\/wp-content\/uploads\/orfeo10-300x140.jpg 300w, https:\/\/erikcarnets.fr\/wp-content\/uploads\/orfeo10.jpg 730w\" sizes=\"auto, (max-width: 600px) 100vw, 600px\" \/><p id=\"caption-attachment-1218\" class=\"wp-caption-text\">Acte III : David Tricou (Apollon), Francesca Aspromonte (Eurydice), Victor Torres (Endymion)<\/p><\/div>\n<p style=\"text-align: justify;\">Cette reprise \u00e0 l&rsquo;Op\u00e9ra de Versailles \u00e9tait une v\u00e9ritable aubaine pour les chanceux qui purent y assister. Une telle r\u00e9ussite est rare, surtout pour une partition aussi complexe et passionnante. Tout ici \u00e9tait r\u00e9uni amoureusement et avec beaucoup de talent\u00a0: musicalement comme th\u00e9\u00e2tralement nous sommes combl\u00e9s par tant de beaut\u00e9 et d&rsquo;intelligence. Il serait passionnant que pour faire suite \u00e0 cet <em>Orfeo<\/em> de Rossi, Rapha\u00ebl Pichon nous offre sa vision de <em>La Morte d&rsquo;Orfeo<\/em> qui fait suite \u00e0 cette tragique histoire\u00a0! Mais d\u00e9j\u00e0 il faut souhaiter qu&rsquo;apr\u00e8s avoir \u00e9t\u00e9 film\u00e9e lors de la cr\u00e9ation de l&rsquo;ann\u00e9e derni\u00e8re, une publication suivra dans les mois qui viennent pour diffuser au plus grand nombre cette magnifique r\u00e9alisation.<\/p>\n<ul>\n<li>Versailles<\/li>\n<li>Op\u00e9ra Royal du Ch\u00e2teau de Versailles<\/li>\n<li>04 mars 2017<\/li>\n<li>Luigi Rossi (1597-1653), Orfeo, Tragicom\u00e9die en musique en 3 actes avec prologue<\/li>\n<li>Mise en sc\u00e8ne, Jetske Mijnssen\u00a0; D\u00e9cors, Ben Baur\u00a0; Costumes, Gideo Davey\u00a0; Lumi\u00e8res, Abernd Purkrabek<\/li>\n<li>Orfeo, Judith van Wanroij\u00a0; Euridice, Francesca Aspromonte\u00a0; Aristeo, Giuseppina Bridelli\u00a0; Venere \/ Proserpina, Giulia Semenzato\u00a0; Augure \/ Plutone, Nahuel Di Pierro\u00a0; Nutrice \/ Amore, Ray Chenez\u00a0; Satiro, Renato Dolcini\u00a0; Vecchia, Dominique Visse\u00a0; Endimione \/ Caronte, Victor Torres\u00a0; Momo, Marc Mauillon\u00a0; Apollo, David Tricou\u00a0; Premi\u00e8re Gr\u00e2ce, Alicia Amo\u00a0; Deuxi\u00e8me Gr\u00e2ce, Violaine Le Chenadec\u00a0; Troisi\u00e8me Gr\u00e2ce, Floriane Hasler\u00a0; Premi\u00e8re Parque, Guillaume Guti\u00e9rrez\u00a0; Deuxi\u00e8me Parque, Olivier Coiffet\u00a0; Troisi\u00e8me Parque, Virgile Ancely<\/li>\n<li>Ensemble Pygmalion<\/li>\n<li>Rapha\u00ebl Pichon, direction<\/li>\n<\/ul>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Lorsque l&rsquo;on \u00e9voque le personnage d&rsquo;Orph\u00e9e \u00e0 l&rsquo;op\u00e9ra, on pense bien s\u00fbr \u00e0 l\u2019\u0153uvre de Monteverdi qui a \u00e9t\u00e9 consid\u00e9r\u00e9 \u00e0 tord comme le premier op\u00e9ra&#8230; ou encore les diff\u00e9rentes [&hellip;]<\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"closed","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"jetpack_post_was_ever_published":false,"_jetpack_newsletter_access":"","_jetpack_dont_email_post_to_subs":false,"_jetpack_newsletter_tier_id":0,"_jetpack_memberships_contains_paywalled_content":false,"_jetpack_memberships_contains_paid_content":false,"footnotes":"","jetpack_publicize_message":"","jetpack_publicize_feature_enabled":true,"jetpack_social_post_already_shared":true,"jetpack_social_options":{"image_generator_settings":{"template":"highway","default_image_id":0,"font":"","enabled":false},"version":2}},"categories":[28,3],"tags":[55,23,87],"class_list":["post-1208","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-concert","category-musique_classique","tag-epoque_baroque","tag-opera","tag-rossi","clearfix"],"jetpack_publicize_connections":[],"jetpack_featured_media_url":"","jetpack_shortlink":"https:\/\/wp.me\/p4G2uP-ju","jetpack_sharing_enabled":true,"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/erikcarnets.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/1208","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/erikcarnets.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/erikcarnets.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/erikcarnets.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/erikcarnets.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcomments&post=1208"}],"version-history":[{"count":2,"href":"https:\/\/erikcarnets.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/1208\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":1220,"href":"https:\/\/erikcarnets.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/1208\/revisions\/1220"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/erikcarnets.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=1208"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/erikcarnets.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=1208"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/erikcarnets.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=1208"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}