{"id":1138,"date":"2016-11-13T20:37:03","date_gmt":"2016-11-13T19:37:03","guid":{"rendered":"http:\/\/erikcarnets.fr\/?p=1138"},"modified":"2016-11-13T20:37:03","modified_gmt":"2016-11-13T19:37:03","slug":"armide-theatrale-a-la-philharmonie","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/erikcarnets.fr\/?p=1138","title":{"rendered":"Armide th\u00e9\u00e2trale \u00e0 la Philharmonie"},"content":{"rendered":"<p style=\"text-align: justify;\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"size-medium wp-image-1143 alignleft\" src=\"http:\/\/erikcarnets.fr\/wp-content\/uploads\/minkowski_marc-200x300.jpg\" alt=\"minkowski_marc\" width=\"200\" height=\"300\" srcset=\"https:\/\/erikcarnets.fr\/wp-content\/uploads\/minkowski_marc-200x300.jpg 200w, https:\/\/erikcarnets.fr\/wp-content\/uploads\/minkowski_marc.jpg 640w\" sizes=\"auto, (max-width: 200px) 100vw, 200px\" \/>Il y a tout juste vingt ans, Marc Minkowski enregistrait l&rsquo;<em>Armide<\/em> de Gluck dans la grande salle de la Cit\u00e9 de la Musique \u00e0 Paris&#8230; et cet enregistrement paru chez Archive reste la r\u00e9f\u00e9rence discographique incontest\u00e9e encore \u00e0 ce jour. Il \u00e9tait donc tout \u00e0 fait logique que suite \u00e0 la production de l&rsquo;Op\u00e9ra de Vienne, le chef fran\u00e7ais nous propose un concert \u00e0 la Philharmonie de Paris ainsi qu&rsquo;\u00e0 l&rsquo;Op\u00e9ra de Bordeaux ensuite o\u00f9 il occupe maintenant le poste de directeur.Du spectacle de Vienne restent l&rsquo;orchestre, le chef ainsi que les deux r\u00f4les principaux. Tout le reste de la distribution est renouvel\u00e9 avec des chanteurs fran\u00e7ais jeunes ou ayant une forte accointance avec le r\u00e9pertoire classique. Ga\u00eblle Arquez et Stanislas de Barbeyrac pouvaient mettre a profit les repr\u00e9sentations donn\u00e9es il y a quelques jours sur sc\u00e8ne&#8230; mais ils sont rejoints par l&rsquo;ensemble de la distribution qui donne vie de superbe mani\u00e8re \u00e0 une mise en espace simple et lisible. L&rsquo;ouvrage prend donc toute sa grandeur et r\u00e9ussit \u00e0 remplir l&rsquo;immense salle de la Philharmonie sans qu&rsquo;elle ne s&rsquo;y trouve noy\u00e9e comme l&rsquo;avait \u00e9t\u00e9 l&rsquo;<em>Armide<\/em> de Lully l&rsquo;ann\u00e9e pr\u00e9c\u00e9dente.<!--more--><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">En 1777, Gluck a d\u00e9j\u00e0 triomph\u00e9 sur la sc\u00e8ne parisienne avec non seulement <em>Orph\u00e9e et Eurydice<\/em>, mais aussi <em>Alceste<\/em> et <em>Iphig\u00e9nie en Aulide<\/em>. Avec ces trois ouvrages, il avait d\u00e9j\u00e0 impos\u00e9 une marque sur le style fran\u00e7ais, sachant parfaitement s&rsquo;adapter aux h\u00e9ritages de la trag\u00e9die lyrique mise en place par Lully et continu\u00e9e par la suite par Rameau. Cette trag\u00e9die lui \u00e9tait naturelle car avant m\u00eame son arriv\u00e9e en France, Gluck avait d\u00e9j\u00e0 travaill\u00e9 sur un style beaucoup plus d\u00e9clamatoire et mettant en avant le texte\u00a0: en s&rsquo;\u00e9loignant de l&rsquo;op\u00e9ra seria alors roi, le compositeur commen\u00e7ait \u00e0 mettre en place sa r\u00e9volution esth\u00e9tique. C&rsquo;est donc avec une certaine logique qu&rsquo;il se lance sur l&rsquo;adaptation d&rsquo;un livret \u00e9crit par Philippe Quinault pour la trag\u00e9die de Lully. A l&rsquo;\u00e9poque ces deux artistes restaient des r\u00e9f\u00e9rences dans leurs domaines et leurs \u0153uvres restaient \u00e0 l&rsquo;affiche. Mais oser reprendre un tel h\u00e9ritage n&rsquo;\u00e9tait pas non plus sans risque. Mondonville avait essay\u00e9 quelques ann\u00e9es plus t\u00f4t et son ouvrage avait vite \u00e9t\u00e9 remplac\u00e9 par l&rsquo;original tant l&rsquo;accueil du public avait \u00e9t\u00e9 mauvais.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">La comparaison entre les deux <em>Armide<\/em> est assez passionnante car nous d\u00e9couvrons non seulement deux styles diff\u00e9rents, mais aussi des personnages aux contours diff\u00e9rents. En partant d&rsquo;un m\u00eame livret, le traitement du r\u00f4le titre par exemple est beaucoup plus humains chez Gluck que chez Lully. Bien s\u00fbr, on retrouve la structure traditionnelle en cinq actes (mais sans prologue), mais les actes sont construits diff\u00e9remment. Tout d&rsquo;abord l&rsquo;orchestre est continu sans jamais laisser uniquement un continuo souligner les r\u00e9citatifs comme dans la trag\u00e9die lyrique baroques. Ici l&rsquo;orchestre devient un membre principal de la narration avec assez peu de divertissements chor\u00e9graphiques. Le livret est aussi l\u00e9g\u00e8rement adapt\u00e9 que ce soit avec de petites coupures ou des ajouts. Enfin, si les tessitures des personnages principaux est presque inchang\u00e9e, la Haine \u00e9volue de la voix de basse taille vers celle de mezzo-soprano. Changement de conventions, si la nature malsaine et noir de l&rsquo;all\u00e9gorie correspondait parfaitement \u00e0 un homme du temps de Lully (comme pour M\u00e9duse dans <em>Pers\u00e9e<\/em> aussi), cela devenait inconvenant et c&rsquo;est donc une voix f\u00e9minine qui reprenait le r\u00f4le. Bien s\u00fbr, la prosodie a aussi \u00e9volu\u00e9. De la d\u00e9clamation baroque, on passe \u00e0 un chant non seulement plus m\u00e9lodique, mais aussi plus tragique o\u00f9 les affects sont plus marqu\u00e9s. L&rsquo;\u00e9coute des deux ouvrages et la comparaison reste passionnante tant nous nous trouvons face \u00e0 deux ouvrages majeurs et qui montrent combien le style a \u00e9volu\u00e9 en un si\u00e8cle de musique en France.<\/p>\n<div id=\"attachment_1141\" style=\"width: 222px\" class=\"wp-caption alignleft\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" aria-describedby=\"caption-attachment-1141\" class=\"size-medium wp-image-1141\" src=\"http:\/\/erikcarnets.fr\/wp-content\/uploads\/Armide_02-212x300.jpg\" alt=\"Ga\u00eble Arquez (Armide) - Vienne 2016, Mise en sc\u00e8ne d'Ivan Alexander\" width=\"212\" height=\"300\" srcset=\"https:\/\/erikcarnets.fr\/wp-content\/uploads\/Armide_02-212x300.jpg 212w, https:\/\/erikcarnets.fr\/wp-content\/uploads\/Armide_02.jpg 565w\" sizes=\"auto, (max-width: 212px) 100vw, 212px\" \/><p id=\"caption-attachment-1141\" class=\"wp-caption-text\">Ga\u00eble Arquez (Armide) &#8211; Vienne 2016, Mise en sc\u00e8ne d&rsquo;Ivan Alexander<\/p><\/div>\n<p style=\"text-align: justify;\">La sc\u00e8ne de la Philharmonie le permettant, il est fort int\u00e9ressant que la production ait propos\u00e9 une mise en espace pour ce concert. Avec uniquement un canap\u00e9 plac\u00e9 au centre de la sc\u00e8ne derri\u00e8re l&rsquo;orchestre, les personnages prennent vie par des attitudes et quelques d\u00e9placement, permettant plus de th\u00e9\u00e2tre dans une partition qui est d\u00e9j\u00e0 tr\u00e8s puissante en elle-m\u00eame. On retiendra longtemps bien s\u00fbr la grande silhouette de Ga\u00eblle Arquez assez fascinante dans sa longue robe rouge lui donnant une allure folle tout en lui laissant la possibilit\u00e9 de vraiment vivre son r\u00f4le. Que ce soit les invocations des Enfers ou le d\u00e9licat monologue qui ouvre le troisi\u00e8me acte, les gestes et postures sont justes et touchantes sans que jamais les attitudes ne soient surcharg\u00e9es. Un grand merci pour ce travail d&rsquo;adaptation de la mise en sc\u00e8ne de Vienne, mais aussi du travail de tous les autres chanteurs qui ont su cr\u00e9er la vie des personnages pour seulement deux repr\u00e9sentations\u00a0!<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong>Marc Minkowski<\/strong> a d\u00e9j\u00e0 prouv\u00e9 son affinit\u00e9 avec le r\u00e9pertoire classique et pour ce concert, il confirme encore qu&rsquo;il reste un des grands interpr\u00e8tes de la musique de Gluck. Tout au long de l\u2019\u0153uvre, il va donner avec ses Musiciens du Louvre une lecture passionnante de l&rsquo;op\u00e9ra, sachant alterner une immense tension \u00e0 la plus grande sensualit\u00e9. Avec la grande palette de couleurs et de nuances dont dispose l&rsquo;orchestre, il nous offre des paysages enchant\u00e9s d&rsquo;une immense douceur alors que le monde d&rsquo;Armide se montre beaucoup plus dur et rigide&#8230; sans parler de l&rsquo;immense sc\u00e8ne de la Haine qui est d&rsquo;une noirceur terrible et implacable. L&rsquo;orchestre et son chef connaissent le r\u00e9pertoire et le r\u00e9sultat est admirable. A noter aussi le tr\u00e8s beau travail du Ch\u0153ur de l&rsquo;Op\u00e9ra de Bordeaux qui nous offre un belle ensemble nuanc\u00e9 et fin durant toute la soir\u00e9e. Le travail est d&rsquo;autant plus impressionnant qu&rsquo;il n&rsquo;a \u00e9t\u00e9 appris que pour deux repr\u00e9sentations en concert\u00a0!<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Comme dit plus haut, l&rsquo;ensemble des petits r\u00f4les est tr\u00e8s bien distribu\u00e9 \u00e0 des chanteurs jeunes mais tr\u00e8s engag\u00e9s et instruits du style. On peut pour cela bien s\u00fbr faire confiance \u00e0 Marc Minkowski&#8230; Tout d&rsquo;abord il faut saluer les prestations des quatre artistes issus du ch\u0153ur et particuli\u00e8rement <strong>Constance Malta-Bey<\/strong> qui offre un beau moment dans l&rsquo;air de la Na\u00efade. Deux duos ensuite tout aussi bien distribu\u00e9s et \u00e9quilibr\u00e9s. Deux hommes dans entre autre les r\u00f4les de deux chevaliers crois\u00e9s\u00a0: <strong>Thomas Doli\u00e9<\/strong> et <strong>Enguerrand de Hys<\/strong>. Le premier est un grand habitu\u00e9 des r\u00e9pertoires baroques et classiques. On retrouve donc une grande facilit\u00e9 \u00e0 faire vivre le texte sans pour autant surcharger l&rsquo;expression. Le timbre manque peut-\u00eatre un peu de finesse mais chacune de ses interventions est charismatique. Le jeune t\u00e9nor Enguerrand de Hys semble un peu fr\u00eale encore pour ces r\u00f4les dans une si grande salle. Mais malgr\u00e9 ce petit manque de puissance, les prestations sont de tr\u00e8s haut niveau gr\u00e2ce entre autre \u00e0 une diction impeccable. Avec un timbre tr\u00e8s clair et une voix plac\u00e9e haut on peut appr\u00e9cier chaque mot et un style parfait. On peut esp\u00e9rer de fort belles choses dans ce r\u00e9pertoire pour le jeune t\u00e9nor. Enfin difficile de faire l&rsquo;impasse sur les deux femmes qui campent les suivantes d&rsquo;Armide ou les deux apparitions du quatri\u00e8me acte. <strong>Harmonie Deschamps<\/strong> et <strong>Olivia Doray<\/strong> sont parfaites dans leurs r\u00f4les avec des timbres assez diff\u00e9renci\u00e9s mais qui s&rsquo;apparient parfaitement. Diction et style sont parfaits, alors que leurs apparitions offrent un peu de fraicheur en opposition avec le tragique de l&rsquo;intrigue principale. Deux tr\u00e8s belles prestations pour ces tr\u00e8s jeunes chanteuses.<\/p>\n<div id=\"attachment_1140\" style=\"width: 310px\" class=\"wp-caption aligncenter\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" aria-describedby=\"caption-attachment-1140\" class=\"size-medium wp-image-1140\" src=\"http:\/\/erikcarnets.fr\/wp-content\/uploads\/Armide_01-300x212.jpg\" alt=\"Stanislas de Barbeyrac (Renaud) - Vienne 2016, Mise en sc\u00e8ne d'Ivan Alexander\" width=\"300\" height=\"212\" srcset=\"https:\/\/erikcarnets.fr\/wp-content\/uploads\/Armide_01-300x212.jpg 300w, https:\/\/erikcarnets.fr\/wp-content\/uploads\/Armide_01-768x543.jpg 768w, https:\/\/erikcarnets.fr\/wp-content\/uploads\/Armide_01-1024x724.jpg 1024w, https:\/\/erikcarnets.fr\/wp-content\/uploads\/Armide_01.jpg 1131w\" sizes=\"auto, (max-width: 300px) 100vw, 300px\" \/><p id=\"caption-attachment-1140\" class=\"wp-caption-text\">Stanislas de Barbeyrac (Renaud) &#8211; Vienne 2016, Mise en sc\u00e8ne d&rsquo;Ivan Alexander<\/p><\/div>\n<p style=\"text-align: justify;\">En support d&rsquo;Armide, nous trouvons le magicien Hidraot camp\u00e9 par <strong>Florian Sempey<\/strong>. Le baryton manque peut-\u00eatre un peu d&rsquo;\u00e9clat et de charisme pour donner toute sa mesure au personnage qui n&rsquo;intervient qu&rsquo;assez rapidement dans le premier acte. En effet le grave est assez fin alors que l&rsquo;aigu manque un peu d&rsquo;aigu, et la voix toujours assez couverte manque d&rsquo;impact pour donner toute la puissance de ce magicien redoutable. Malgr\u00e9 cela, le chant est intelligemment conduit et le texte tr\u00e8s bien dit. Mais le troisi\u00e8me r\u00f4le de l&rsquo;ouvrage est sans conteste cette Haine qui appara\u00eet seulement pour quelques minutes mais avec une sc\u00e8ne fascinante. <strong>Aur\u00e9lia Legay<\/strong> chantait il y a quelques ann\u00e9es les jeunes premi\u00e8res mais elle offre maintenant sa voix plus large \u00e0 des r\u00f4les de caract\u00e8re et il faut avouer que les quelques r\u00e9serves apparues lors de son apparition sur le programme son tr\u00e8s vite balay\u00e9es. Sa prestation est saisissante d&rsquo;aisance et de naturel. Tout y est parfaitement dos\u00e9 entre la l\u00e9g\u00e8re stridence des aigus et des graves appuy\u00e9s juste comme il faut. Son portrait et tout bonnement inhumain et parfaitement sculpt\u00e9 dans le texte comme dans les nuances. Alors que son apparition en Junon dans <em>Plat\u00e9e<\/em> la saison derni\u00e8re \u00e9tait par trop surjou\u00e9e, elle sait ici parfaitement doser les effets malgr\u00e9 la d\u00e9mesure du personnage. En quelques minutes elle s&rsquo;impose comme inhumaine et puissante.<\/p>\n<div id=\"attachment_1142\" style=\"width: 222px\" class=\"wp-caption alignright\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" aria-describedby=\"caption-attachment-1142\" class=\"size-medium wp-image-1142\" src=\"http:\/\/erikcarnets.fr\/wp-content\/uploads\/Armide_03-212x300.jpg\" alt=\"Stanislas de Barbeyrac (Renaud) - Vienne 2016, Mise en sc\u00e8ne d'Ivan Alexander\" width=\"212\" height=\"300\" srcset=\"https:\/\/erikcarnets.fr\/wp-content\/uploads\/Armide_03-212x300.jpg 212w, https:\/\/erikcarnets.fr\/wp-content\/uploads\/Armide_03.jpg 565w\" sizes=\"auto, (max-width: 212px) 100vw, 212px\" \/><p id=\"caption-attachment-1142\" class=\"wp-caption-text\">Stanislas de Barbeyrac (Renaud) &#8211; Vienne 2016, Mise en sc\u00e8ne d&rsquo;Ivan Alexander<\/p><\/div>\n<p style=\"text-align: justify;\">Splendide Adm\u00e8te dans <em>Alceste<\/em> en juin 2015, il ne faisait aucun doute que <strong>Stanislas de Barbeyrac<\/strong> serait \u00e0 la hauteur du chevalier Renaud. Mais le r\u00e9sultat est peut-\u00eatre encore plus r\u00e9ussi qu&rsquo;on ne pouvait l&rsquo;esp\u00e9rer. Tout au long du r\u00f4le, que ce soit dans les \u00e9clats guerriers ou les alanguissements amoureux, le chanteur utilise \u00e0 merveille la voix mixte et expose un timbre l\u00e9g\u00e8rement voil\u00e9 mais tr\u00e8s expressif. Le grave est totalement assur\u00e9 et l&rsquo;aigu parfaitement int\u00e9gr\u00e9, la diction est admirable et le style parfait. A son \u00e9coute, on ne peut s&#8217;emp\u00eacher de penser \u00e0 L\u00e9opold Simoneau tant les qualit\u00e9s sont assez proches. Il faut aussi noter la puissance et la largeur de la voix du jeune t\u00e9nor fran\u00e7ais qui remplit sans aucun soucis la grande salle de la Philharmonie. Le r\u00f4le n&rsquo;est pas forc\u00e9ment le plus d\u00e9velopp\u00e9 dramatiquement, mais en variant les modes d\u2019\u00e9missions et les nuances, le t\u00e9nor construit un portrait musical et dramatique de grande intensit\u00e9 sans jamais forcer la voix ou le texte. Le jeune t\u00e9nor semble encore avoir \u00e9volu\u00e9 et gagn\u00e9 en possibilit\u00e9 d&rsquo;expression depuis <em>Alceste<\/em> et pr\u00e9sage de superbes possibilit\u00e9s dans les saisons \u00e0 venir.<\/p>\n<div id=\"attachment_1139\" style=\"width: 222px\" class=\"wp-caption alignleft\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" aria-describedby=\"caption-attachment-1139\" class=\"size-medium wp-image-1139\" src=\"http:\/\/erikcarnets.fr\/wp-content\/uploads\/Armide_04-212x300.jpg\" alt=\"Ga\u00eble Arquez (Armide) - Vienne 2016, Mise en sc\u00e8ne d'Ivan Alexander\" width=\"212\" height=\"300\" srcset=\"https:\/\/erikcarnets.fr\/wp-content\/uploads\/Armide_04-212x300.jpg 212w, https:\/\/erikcarnets.fr\/wp-content\/uploads\/Armide_04.jpg 565w\" sizes=\"auto, (max-width: 212px) 100vw, 212px\" \/><p id=\"caption-attachment-1139\" class=\"wp-caption-text\">Ga\u00eble Arquez (Armide) &#8211; Vienne 2016, Mise en sc\u00e8ne d&rsquo;Ivan Alexander<\/p><\/div>\n<p style=\"text-align: justify;\">Mais bien s\u00fbr, le personnage qui attire tous les regardes reste Armide. Succ\u00e9der \u00e0 Mireille Delunsch dans l&rsquo;enregistrement de Marc Minkowski et se heurter aussi \u00e0 Guillemette Laurens et St\u00e9phanie d&rsquo;Oustrac &lsquo;qui ont magistralement donn\u00e9 vie au personnage chez Lully) n&rsquo;\u00e9tait pas une mince affaire. <strong>Ga\u00eblle Arquez<\/strong> est depuis quelques ann\u00e9es aur\u00e9ol\u00e9e d&rsquo;une belle r\u00e9putation mais la diction fran\u00e7aise ne semblait pas \u00eatre son point fort d\u00e8s que le r\u00e9pertoire s&rsquo;\u00e9largissait en dehors du baroque. Or d\u00e8s ses premiers mots on est frapp\u00e9 par la qualit\u00e9 de la diction et la puissance du mot qui se d\u00e9gage\u00a0: nous ne sommes pas chez la trag\u00e9dienne baroque mais bien chez le grand tragique classique. Ga\u00eblle Arquez trouve les bons appuis pour donner du relief au texte sans pour autant sacrifier le legato. Elle offre des couleurs sid\u00e9rantes pour signifier les \u00e9tats psychologiques de la magicienne, sachant varier les expressions entre la magicienne pr\u00eate \u00e0 frapper le chevalier et cette femme amoureuse. La voix large passe des \u00e9clats de col\u00e8re (o\u00f9 perce un l\u00e9ger vibrato serr\u00e9 du plus bel effet) \u00e0 une grande finesse d&rsquo;\u00e9motion avec une grande aisance. Ajoutons \u00e0 cela un timbre ambr\u00e9 o\u00f9 se multiplient les couleurs et on assiste \u00e0 un immense moment de chant et de drame car tous ces moyens techniques sont mis au service du personnage qui n&rsquo;a pas besoin d&rsquo;une grande mise en sc\u00e8ne pour exister. Le jeu d&rsquo;acteur de la mise en espace ajoute encore \u00e0 la coh\u00e9rence du personnage cr\u00e9\u00e9\u00a0: en effet la haute silhouette et l&rsquo;\u00e9l\u00e9gance associ\u00e9e \u00e0 un grand charisme construisent parfaitement Armide. Ga\u00eblle Arquez se montre sous son meilleur jour et semble taill\u00e9e pour ces r\u00f4les tragiques du r\u00e9pertoire classique et nous bouleverse par le torrent d&rsquo;\u00e9motions qu&rsquo;elle d\u00e9gage.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Ce qui aurait pu \u00eatre juste un p\u00e2le reflet du spectacle donn\u00e9 \u00e0 Vienne aura finalement \u00e9t\u00e9 un grand moment de musique et de th\u00e9\u00e2tre. Par la simple mise en espace, l&rsquo;ouvrage prend vie et donne aux chanteurs un cadre parfait pour qu&rsquo;ils y d\u00e9ploient tout leur talent d&rsquo;acteurs mais aussi bien s\u00fbr de chanteurs. Les petits r\u00f4les sont tr\u00e8s bien tenus mais les deux amants sont \u00e0 un niveau encore sup\u00e9rieur en proposant des personnages et une qualit\u00e9 de chant parfaits sous l&rsquo;impulsion de Marc Minkowski. La production de Vienne a \u00e9t\u00e9 film\u00e9e et diffus\u00e9e en direct sur Internet. Esp\u00e9rons que par la suite elle sera commercialis\u00e9e car rien que pour les prestations de Ga\u00eblle Arquez, Stanislas de Barbeyrac et Marc Minkowski, cette production est historique\u00a0! On regrettera juste de perdre les superbes contributions des seconds r\u00f4les car si les chanteurs de Vienne sont bons, ils n&rsquo;avaient pas le naturel du fran\u00e7ais qui a pr\u00e9sid\u00e9 \u00e0 ce concert parisien.<\/p>\n<ul>\n<li>Paris<\/li>\n<li>Philharmonie de Paris, Grande Salle Pierre Boulez<\/li>\n<li>08 Novembre 2016<\/li>\n<li>Christoph Willibald Gluck (1714-1787), Armide, Trag\u00e9die Lyrique en 5 actes<\/li>\n<li>Version de concert<\/li>\n<li>Armide, Ga\u00eblle Arquez\u00a0; Renaud, Stanislas de Barbeyrac\u00a0; Hidraot, Florian Sempey\u00a0; La Haine, Aur\u00e9lia Legay\u00a0; Ph\u00e9nice\/M\u00e9lisse\/Un plaisir, Harmonie Deschamps\u00a0; Sidonie\/La Berg\u00e8re\/Lucinde\/Un Plaisir, Olivia Doray\u00a0; Aronte\/Ulbade, Thomas Doli\u00e9\u00a0; Art\u00e9midore\/Le Chevalier Danois, Enguerrand de Hys\u00a0; Na\u00efade\/Coryph\u00e9e, Constance Malta-Bey\u00a0; Coryph\u00e9es, Luc Seignette\/Jean-Philippe Fourcade<\/li>\n<li>Ch\u0153ur de l&rsquo;Op\u00e9ra National de Bordeaux<\/li>\n<li>Les Musiciens du Louvre<\/li>\n<li>Marc Minkowski, direction<\/li>\n<\/ul>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Il y a tout juste vingt ans, Marc Minkowski enregistrait l&rsquo;Armide de Gluck dans la grande salle de la Cit\u00e9 de la Musique \u00e0 Paris&#8230; et cet enregistrement paru chez [&hellip;]<\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"closed","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"jetpack_post_was_ever_published":false,"_jetpack_newsletter_access":"","_jetpack_dont_email_post_to_subs":false,"_jetpack_newsletter_tier_id":0,"_jetpack_memberships_contains_paywalled_content":false,"_jetpack_memberships_contains_paid_content":false,"footnotes":"","jetpack_publicize_message":"","jetpack_publicize_feature_enabled":true,"jetpack_social_post_already_shared":true,"jetpack_social_options":{"image_generator_settings":{"template":"highway","default_image_id":0,"font":"","enabled":false},"version":2}},"categories":[28,3],"tags":[56,54,23,83],"class_list":["post-1138","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-concert","category-musique_classique","tag-epoque_classique","tag-gluck","tag-opera","tag-version-de-concert","clearfix"],"jetpack_publicize_connections":[],"jetpack_featured_media_url":"","jetpack_shortlink":"https:\/\/wp.me\/p4G2uP-im","jetpack_sharing_enabled":true,"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/erikcarnets.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/1138","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/erikcarnets.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/erikcarnets.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/erikcarnets.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/erikcarnets.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcomments&post=1138"}],"version-history":[{"count":1,"href":"https:\/\/erikcarnets.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/1138\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":1144,"href":"https:\/\/erikcarnets.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/1138\/revisions\/1144"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/erikcarnets.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=1138"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/erikcarnets.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=1138"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/erikcarnets.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=1138"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}