{"id":1124,"date":"2016-11-01T22:45:49","date_gmt":"2016-11-01T21:45:49","guid":{"rendered":"http:\/\/erikcarnets.fr\/?p=1124"},"modified":"2016-11-01T22:48:17","modified_gmt":"2016-11-01T21:48:17","slug":"le-retour-de-samson-et-dalila-a-paris","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/erikcarnets.fr\/?p=1124","title":{"rendered":"Le retour de Samson et Dalila \u00e0 Paris"},"content":{"rendered":"<p style=\"text-align: justify;\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"wp-image-1125 size-medium alignleft\" src=\"http:\/\/erikcarnets.fr\/wp-content\/uploads\/samson8-201x300.jpg\" alt=\"Acte I : Anita Rachvelishvili (Dalila), Aleksandrs Antonenko (Samson)\" width=\"201\" height=\"300\" srcset=\"https:\/\/erikcarnets.fr\/wp-content\/uploads\/samson8-201x300.jpg 201w, https:\/\/erikcarnets.fr\/wp-content\/uploads\/samson8-687x1024.jpg 687w, https:\/\/erikcarnets.fr\/wp-content\/uploads\/samson8.jpg 738w\" sizes=\"auto, (max-width: 201px) 100vw, 201px\" \/><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Riche d\u00e9but de saison pour Camille Saint-Sa\u00ebns car apr\u00e8s <a href=\"http:\/\/erikcarnets.fr\/?p=1104\"><em>Proserpine<\/em><\/a> qui vient de retrouver la lumi\u00e8re des sc\u00e8nes \u00e0 Munich et Versailles&#8230; l&rsquo;Op\u00e9ra National de Paris propose enfin une nouvelle production de l&rsquo;op\u00e9ra la plus connu du compositeur\u00a0: <em>Samson et Dalila<\/em>. Ouvrage majeur du r\u00e9pertoire fran\u00e7ais qui eu des d\u00e9buts difficiles mais obtient depuis une place certaine sur les sc\u00e8nes, il \u00e9tait tout de m\u00eame anormal qu&rsquo;il n&rsquo;ait pas \u00e9t\u00e9 programm\u00e9 depuis maintenant vingt-cinq ans\u00a0! Si cela avait \u00e9t\u00e9 pour faire d\u00e9couvrir d&rsquo;autres partitions de Saint-Sa\u00ebns entre temps pourquoi pas, mais non&#8230; le compositeur fran\u00e7ais \u00e9tait tout bonnement absent des sc\u00e8nes parisiennes. La r\u00e9paration n&rsquo;en est que plus m\u00e9rit\u00e9e, d&rsquo;autant plus qu&rsquo;en fin de saison, c&rsquo;est le tr\u00e8s rare <em>Timbre d&rsquo;Argent<\/em> qui sera mont\u00e9 \u00e0 l&rsquo;Op\u00e9ra-Comique, alors que r\u00e9cemment est paru un enregistrement des <em>Barbares<\/em>. Celui qui a \u00e9t\u00e9 conspu\u00e9 pendant un temps pour son acad\u00e9misme serait-il enfin de retour en gr\u00e2ces sur les sc\u00e8nes fran\u00e7aises\u00a0?<!--more--><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Jeune compositeur d&rsquo;op\u00e9ra, Saint-Sa\u00ebns commence la composition du deuxi\u00e8me acte de ce qui devait \u00eatre son deuxi\u00e8me op\u00e9ra en 1867&#8230; et l&rsquo;ouvrage ne sera repr\u00e9sent\u00e9 qu&rsquo;en 1877 \u00e0 Weimar gr\u00e2ce au soutien de Franz Liszt. Car la gen\u00e8se de cet ouvrage est loin d&rsquo;\u00eatre simple. Une fois son deuxi\u00e8me acte termin\u00e9, le compositeur en fait une lecture dans un salon avec trois artistes non chanteurs dans les r\u00f4les principaux et lui au piano&#8230; Mais le public ne comprend pas la partition et refuse qu&rsquo;un sujet biblique ne soit aussi frontalement pr\u00e9sent\u00e9 sur la sc\u00e8ne l&rsquo;Op\u00e9ra de Paris. En 1872, la partition est \u00e0 l&rsquo;abandon&#8230; mais Franz Liszt d\u00e9j\u00e0 donne le courage au jeune compositeur de se pencher sur son projet et il va en composer le premier acte qui sera propos\u00e9 sur la sc\u00e8ne du Th\u00e9\u00e2tre du Ch\u00e2telet en 1875, recevant un accueil assez d\u00e9favorable. Pauline Viardot, pour qui Saint-Sa\u00ebns avait imagin\u00e9 le r\u00f4le de Dalila presque dix ans auparavant, va proposer un concert priv\u00e9 du deuxi\u00e8me acte, esp\u00e9rant ainsi favoriser l&rsquo;entr\u00e9e de l&rsquo;ouvrage sur les planches de l&rsquo;Op\u00e9ra de Paris. Mais rien n&rsquo;y fait. Ce sera donc finalement Weimar qui aura la primeur de l&rsquo;ouvrage en 1877. Ensuite, il faudra attendre 1882 pour une reprise \u00e0 Hambourg&#8230; puis 1890 pour la cr\u00e9ation en France \u00e0 Arles puis \u00e0 Paris mais non pas \u00e0 l&rsquo;Op\u00e9ra&#8230;. o\u00f9 il ne sera cr\u00e9\u00e9 finalement avec un immense succ\u00e8s qu&rsquo;en 1892 (apr\u00e8s avoir parcouru l&rsquo;ensemble des grandes villes fran\u00e7aises). \u00c9trange parcours pour cette \u0153uvre qui s&rsquo;imposera d&rsquo;abord par la province avant d&rsquo;entrer sur la grande sc\u00e8ne parisienne, \u00e0 rebours du parcours traditionnel des ouvrages. A partir de 1892, c&rsquo;est le monde entier qui d\u00e9couvre l\u2019\u0153uvre, cette derni\u00e8re s&rsquo;imposant doucement mais avec une grande r\u00e9gularit\u00e9.<\/p>\n<div id=\"attachment_1126\" style=\"width: 310px\" class=\"wp-caption aligncenter\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" aria-describedby=\"caption-attachment-1126\" class=\"size-medium wp-image-1126\" src=\"http:\/\/erikcarnets.fr\/wp-content\/uploads\/samson1-300x182.jpg\" alt=\"Acte I : Aleksandrs Antonenko (Samson)\" width=\"300\" height=\"182\" srcset=\"https:\/\/erikcarnets.fr\/wp-content\/uploads\/samson1-300x182.jpg 300w, https:\/\/erikcarnets.fr\/wp-content\/uploads\/samson1-768x465.jpg 768w, https:\/\/erikcarnets.fr\/wp-content\/uploads\/samson1.jpg 800w\" sizes=\"auto, (max-width: 300px) 100vw, 300px\" \/><p id=\"caption-attachment-1126\" class=\"wp-caption-text\">Acte I : Aleksandrs Antonenko (Samson)<\/p><\/div>\n<p style=\"text-align: justify;\">A la sortie du programme de cette saison 2016-2017, la lecture de la distribution a \u00e9t\u00e9 un choc\u00a0: en effet \u00e0 l&rsquo;heure o\u00f9 la Fondation Bru-Zane propose des productions se voulant respectueuses du style fran\u00e7ais mais aussi de sa langue, l&rsquo;Op\u00e9ra National de Paris alignait une distribution d&rsquo;une internationalit\u00e9 assez impressionnante\u00a0: une mezzo-soprano et un t\u00e9nor slaves face \u00e0 un baryton plus habitu\u00e9 \u00e0 Wotan qu&rsquo;aux r\u00f4les fran\u00e7ais. Le grande question est tout de m\u00eame de savoir pourquoi un tel choix de la part de Philippe Jordan qui avait pourtant propos\u00e9 des distribution beaucoup plus idiomatiques dans d&rsquo;autres ouvrages du r\u00e9pertoire fran\u00e7ais depuis quelques ann\u00e9es&#8230; De nos jours, il existe tout de m\u00eame des chanteuses plus \u00e0 l&rsquo;aise avec le style et la langue\u00a0: pourquoi ne pas avoir propos\u00e9 \u00e0 Sylvie Brunet ou Marie-Nicole Lemieux par exemple de relever le d\u00e9fit\u00a0? La question est encore plus choquante pour le r\u00f4le du Grand Pr\u00eatre quand on voit les carri\u00e8res de nombreux barytons francophones actuellement\u00a0: T\u00e9zier, Degout, Dupuis, Sempey,&#8230;. voir m\u00eame Christoyannis qui se montre exemplaire dans ce r\u00e9pertoire. Bien s\u00fbr le r\u00f4le de Samson \u00e9tait plus difficile \u00e0 distribuer tant sa tessiture est peu utilis\u00e9e dans le r\u00e9pertoire fran\u00e7ais\u00a0: encore plus dramatique que le fort-t\u00e9nor d\u00e9j\u00e0 tr\u00e8s peu r\u00e9pandu de nos jours dans l&rsquo;\u00e9cole fran\u00e7aise (m\u00eame si Roberto Alagna s&rsquo;y montre tr\u00e8s bon), il \u00e9tait sans doute difficile de trouver un chanteur d&rsquo;un calibre international et adepte de l&rsquo;\u00e9cole fran\u00e7aise. C&rsquo;est donc une distribution domin\u00e9e par trois chanteurs \u00e0 la diction approximative et au style certes travaill\u00e9 mais loin des standards impos\u00e9s depuis quelques ann\u00e9es par la fondation v\u00e9nitienne qui nous est pr\u00e9sent\u00e9.<\/p>\n<div id=\"attachment_1127\" style=\"width: 216px\" class=\"wp-caption alignleft\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" aria-describedby=\"caption-attachment-1127\" class=\"size-medium wp-image-1127\" src=\"http:\/\/erikcarnets.fr\/wp-content\/uploads\/samson4-206x300.jpg\" alt=\"Acte I : Aleksandrs Antonenko (Samson)\" width=\"206\" height=\"300\" srcset=\"https:\/\/erikcarnets.fr\/wp-content\/uploads\/samson4-206x300.jpg 206w, https:\/\/erikcarnets.fr\/wp-content\/uploads\/samson4-703x1024.jpg 703w, https:\/\/erikcarnets.fr\/wp-content\/uploads\/samson4.jpg 755w\" sizes=\"auto, (max-width: 206px) 100vw, 206px\" \/><p id=\"caption-attachment-1127\" class=\"wp-caption-text\">Acte I : Aleksandrs Antonenko (Samson)<\/p><\/div>\n<p style=\"text-align: justify;\">La mise en sc\u00e8ne de l&rsquo;italien <strong>Damiano Michieletto<\/strong> se montre globalement tr\u00e8s efficace avec un gros travail sur le r\u00f4le de Dalila. Dans des d\u00e9cors rudes et tout de b\u00e9ton, seul l&rsquo;appartement de cette derni\u00e8re semble un minimum confortable m\u00eame si on comprend vite que ce luxe est un cage dor\u00e9e pour la s\u00e9ductrice r\u00e9duite \u00e0 \u00eatre un instrument du Grand Pr\u00eatre. Le personnage devient du coup beaucoup plus ambigu car se montrant r\u00e9ellement amoureuse de celui qu&rsquo;elle est forc\u00e9e de trahir, celui qui combat les hommes qui la traitent comme un objet et une arme plut\u00f4t qu&rsquo;une personne. On assiste ainsi durant la sc\u00e8ne de la meule par exemple \u00e0 la vue de la courtisane allant esp\u00e9rer une manifestation de tendresse de la part de Samson et un final assez original\u00a0! On l&rsquo;a dit, les d\u00e9cors sont tr\u00e8s cassants et donnent bien une id\u00e9e de violence polici\u00e8re avec cette tour d&rsquo;o\u00f9 sortent les milices pour contenir le peuple dont le traitement n&rsquo;est pas sans rappeler ce qu&rsquo;avait propos\u00e9 Peter Sellars dans la <em>Symphonie de Psaumes<\/em> de Stravinsky. Le jeu sur les couleurs permet imm\u00e9diatement de rep\u00e9rer les diff\u00e9rentes populations ou les situations et on assiste \u00e0 de superbes jeux d&rsquo;\u00e9clairages comme lors des premi\u00e8res minutes de l&rsquo;ouvrage o\u00f9 une grille sur le devant de la sc\u00e8ne nous masque totalement le ch\u0153ur qui se trouve derri\u00e8re, se r\u00e9v\u00e9lant doucement alors que l&rsquo;angle des \u00e9clairages change.<\/p>\n<div id=\"attachment_1128\" style=\"width: 310px\" class=\"wp-caption aligncenter\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" aria-describedby=\"caption-attachment-1128\" class=\"size-medium wp-image-1128\" src=\"http:\/\/erikcarnets.fr\/wp-content\/uploads\/samson7-300x194.jpg\" alt=\"Acte II : Egils Silins (Le Grand Pr\u00eatre de Dagon), Anita Rachvelishvili (Dalila)\" width=\"300\" height=\"194\" srcset=\"https:\/\/erikcarnets.fr\/wp-content\/uploads\/samson7-300x194.jpg 300w, https:\/\/erikcarnets.fr\/wp-content\/uploads\/samson7-768x496.jpg 768w, https:\/\/erikcarnets.fr\/wp-content\/uploads\/samson7-1024x662.jpg 1024w, https:\/\/erikcarnets.fr\/wp-content\/uploads\/samson7.jpg 1100w\" sizes=\"auto, (max-width: 300px) 100vw, 300px\" \/><p id=\"caption-attachment-1128\" class=\"wp-caption-text\">Acte II : Egils Silins (Le Grand Pr\u00eatre de Dagon), Anita Rachvelishvili (Dalila)<\/p><\/div>\n<p style=\"text-align: justify;\">Justement, le ch\u0153ur&#8230; il a un immense r\u00f4le \u00e0 jouer dans cet ouvrage, campant \u00e0 la fois la rudesse religieuse des h\u00e9breux au premier tout comme la luxure des philistins au troisi\u00e8me acte. Dans tous les cas, il se doit de montrer un beau volume mais avec beaucoup de retenue religieuse dans un cas et plus d&rsquo;exub\u00e9rance par la suite. M\u00eame si on a vu une belle \u00e9volution ces derni\u00e8res ann\u00e9es dans la qualit\u00e9 de chant et d&rsquo;ensemble du ch\u0153ur de l&rsquo;Op\u00e9ra National de Paris, les premiers interventions sont sans merci\u00a0: \u00e0 force de vouloir donner du volume, il finit par nous donner du son de mani\u00e8re un peu d\u00e9sordonn\u00e9e et cela ne pardonne pas. Un manque de nuances et de retenue. Par contre, le troisi\u00e8me acte montre la formation beaucoup plus \u00e0 son aise et moins sous la pression de l&rsquo;\u00e9criture de Saint-Sa\u00ebns. Dans la fosse, le probl\u00e8me est tout autre. <strong>Philippe Jordan<\/strong> sait bien tenir son orchestre qui propose des choses d&rsquo;une beaut\u00e9 inou\u00efe, aussi \u00e0 l&rsquo;aise dans la s\u00e9cheresse du tout d\u00e9but que dans la bacchanale endiabl\u00e9e du troisi\u00e8me acte. Non, l\u00e0 le soucis vient plus d&rsquo;une direction qui manque cruellement de tranchant et de nerfs. D\u00e8s les premi\u00e8res apparitions des cordes, cela manque d&rsquo;accroche et de tension. Les notes sont l\u00e0, superbes et bien amen\u00e9es mais sans que vraiment l&rsquo;orchestre semble attaquer les cordes. Il en sera de m\u00eame pour le deuxi\u00e8me acte o\u00f9 le crescendo reste bien timide et manque de violence dans la repr\u00e9sentation de la temp\u00eate divine qui se manifeste au fur et \u00e0 mesure que la r\u00e9solution de Samson se d\u00e9lite. Belle direction donc, mais qui comme parfois avec Philippe Jordan manque un peu de nerfs et d&rsquo;une vraie tension.<\/p>\n<div id=\"attachment_1129\" style=\"width: 310px\" class=\"wp-caption aligncenter\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" aria-describedby=\"caption-attachment-1129\" class=\"size-medium wp-image-1129\" src=\"http:\/\/erikcarnets.fr\/wp-content\/uploads\/samson5-300x164.jpg\" alt=\"Acte II\" width=\"300\" height=\"164\" srcset=\"https:\/\/erikcarnets.fr\/wp-content\/uploads\/samson5-300x164.jpg 300w, https:\/\/erikcarnets.fr\/wp-content\/uploads\/samson5-768x421.jpg 768w, https:\/\/erikcarnets.fr\/wp-content\/uploads\/samson5-1024x561.jpg 1024w, https:\/\/erikcarnets.fr\/wp-content\/uploads\/samson5.jpg 1100w\" sizes=\"auto, (max-width: 300px) 100vw, 300px\" \/><p id=\"caption-attachment-1129\" class=\"wp-caption-text\">Acte II<\/p><\/div>\n<p style=\"text-align: justify;\">Les petits r\u00f4les sont assez bien tenus pour les Philistins&#8230; et apr\u00e8s nous avons les deux seuls repr\u00e9sentants d&rsquo;un style fran\u00e7ais qui ne sont pourtant pas forc\u00e9ment \u00e0 l&rsquo;aise semble-t-il avec leurs r\u00f4les. <strong>Nicolas Cavallier<\/strong> est le seule \u00e0 nous offrir un texte parfaitement dit et styl\u00e9&#8230; mais il lui manque la pr\u00e9sence imposante du sage, la stature de ce vieillard proph\u00e9tique. La voix manque de force dans la grande salle de Bastille. <strong>Nicolas Test\u00e9<\/strong> lui se bat visiblement avec la tessiture pourtant lion d&rsquo;\u00eatre si difficile d&rsquo;Abim\u00e9lech\u00a0: la voix semble ne pas sortir et manque de mordant et de hauteur pour ce prince philistin qui devrait \u00e9craser les h\u00e9breux juste par son chant cassant et sarcastique. Pour terminer les cl\u00e9s de fa, le Grand Pr\u00eatre b\u00e9n\u00e9ficie lui de la stature impressionnante et charismatique de <strong>Egils Silins<\/strong>. Habitu\u00e9 des r\u00f4les imposants, il sait rapidement se montrer l&rsquo;homme fort que la mise en sc\u00e8ne accentue encore. Mais le soucis est que pour marquer son pouvoir, le chanteur n&rsquo;h\u00e9site pas \u00e0 brutaliser la ligne de chant, a forcer le trait du grand m\u00e9chant, bien loin d&rsquo;un style fran\u00e7ais que les plus grands ont d\u00e9montr\u00e9 dans ce r\u00f4le. Les ombres sont nombreuses et glorieuses dans ce r\u00f4le&#8230; et le baryton-basse s&rsquo;y heurte de plein front. La comparaison est violente et perturbante quand on est habitu\u00e9 \u00e0 un certain style de chant. Ici nous n&rsquo;avons pas de beau chant, mais un chant tr\u00e8s efficace th\u00e9\u00e2tralement et dramatiquement, sans aucun soucis de style ou de psychologie.<\/p>\n<div id=\"attachment_1130\" style=\"width: 224px\" class=\"wp-caption alignright\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" aria-describedby=\"caption-attachment-1130\" class=\"size-medium wp-image-1130\" src=\"http:\/\/erikcarnets.fr\/wp-content\/uploads\/samson6-214x300.jpg\" alt=\"Acte III\" width=\"214\" height=\"300\" srcset=\"https:\/\/erikcarnets.fr\/wp-content\/uploads\/samson6-214x300.jpg 214w, https:\/\/erikcarnets.fr\/wp-content\/uploads\/samson6-768x1076.jpg 768w, https:\/\/erikcarnets.fr\/wp-content\/uploads\/samson6-731x1024.jpg 731w, https:\/\/erikcarnets.fr\/wp-content\/uploads\/samson6.jpg 785w\" sizes=\"auto, (max-width: 214px) 100vw, 214px\" \/><p id=\"caption-attachment-1130\" class=\"wp-caption-text\">Acte III<\/p><\/div>\n<p style=\"text-align: justify;\">Samson est peut-\u00eatre le plus difficile des r\u00f4les \u00e0 interpr\u00e9ter et distribuer de l&rsquo;ouvrage. En effet, il est habituel d&rsquo;y distribuer des Otello verdiens&#8230; mais tous les interpr\u00e8tes de ce r\u00f4le ne viendront pas \u00e0 bout de l&rsquo;\u00e9crasante tessiture imagin\u00e9e par Saint-Sa\u00ebns, tous n&rsquo;auront pas cette dimension proph\u00e9tique qui fait la marque des grands Samson. <strong>Aleksandrs Antonenko<\/strong> n&rsquo;est pas parfait dans son chant, avec notamment un d\u00e9but difficile en terme de justesse&#8230; mais il poss\u00e8de un timbre affirm\u00e9 et un aigu vaillant lui permettant de marquer sa puissance. Habitu\u00e9 des r\u00f4les dramatiquement puissants comme <em>Otello<\/em> ou Hermann dans <em>La Dame de Pique<\/em>, il nous donne un portrait d&rsquo;une belle intensit\u00e9 et a s\u00fbrement d\u00fb beaucoup \u00e9couter Jon Vickers tant certaines intonations ou couleurs de timbre sont proches. Il n&rsquo;a pas exactement la m\u00eame aisance mais tient la partition avec visiblement un travail sur le texte et le style. Apr\u00e8s, la voix manque un peu de stabilit\u00e9 et de brillant vu son engorgement. Mais il arrive \u00e0 proposer une composition coh\u00e9rente tout en assumant la difficult\u00e9 du r\u00f4le. Le contrat est rempli et d&rsquo;assez belle mani\u00e8re compte tenu des caract\u00e9ristiques de sa voix. Il sait \u00e9mouvoir durant la grande sc\u00e8ne qui ouvre le troisi\u00e8me acte et nous montre tout son d\u00e9sarrois face \u00e0 la s\u00e9duction de Dalila au deuxi\u00e8me acte\u00a0: le portrait est assez complet pour \u00eatre prenant et touchant.<\/p>\n<div id=\"attachment_1131\" style=\"width: 310px\" class=\"wp-caption aligncenter\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" aria-describedby=\"caption-attachment-1131\" class=\"size-medium wp-image-1131\" src=\"http:\/\/erikcarnets.fr\/wp-content\/uploads\/samson3-300x180.jpg\" alt=\"Acte III : Anita Rachvelishvili (Dalila), Aleksandrs Antonenko (Samson), Egils Silins ( Le Grand Pr\u00eatre de Dagon)\" width=\"300\" height=\"180\" srcset=\"https:\/\/erikcarnets.fr\/wp-content\/uploads\/samson3-300x180.jpg 300w, https:\/\/erikcarnets.fr\/wp-content\/uploads\/samson3-768x460.jpg 768w, https:\/\/erikcarnets.fr\/wp-content\/uploads\/samson3.jpg 800w\" sizes=\"auto, (max-width: 300px) 100vw, 300px\" \/><p id=\"caption-attachment-1131\" class=\"wp-caption-text\">Acte III : Anita Rachvelishvili (Dalila), Aleksandrs Antonenko (Samson), Egils Silins ( Le Grand Pr\u00eatre de Dagon)<\/p><\/div>\n<p style=\"text-align: justify;\">Contre toute attente, c&rsquo;est <strong>Anita Rachvelishvili<\/strong> qui remportera le plus de suffrage. La chanteuse avait explos\u00e9 dans le r\u00f4le titre de <em>Carmen<\/em> lors de l&rsquo;ouverture de saison de La Scala de Milan il y a quelques ann\u00e9es sans vraiment convaincre. Depuis, elle semblait avoir fait des progr\u00e8s mais s&rsquo;attaquer au r\u00f4le de Dalila o\u00f9 se sont illustr\u00e9es toutes les plus grandes mezzo-soprano francophones&#8230; et affronter l&rsquo;ombre d&rsquo;Ewa Podles qui avait tenu le r\u00f4le lors des derni\u00e8res repr\u00e9sentations n&rsquo;\u00e9tait pas simple. Et bien par ses nuances et sa retenue, la chanteuse nous donne une s\u00e9ductrice loin du bloc qu&rsquo;on pouvait craindre, offrant par exemple un \u00ab\u00a0Printemps qui commence\u00a0\u00bb susurr\u00e9 sans \u00eatre appuy\u00e9, \u00e9vitant les avalanches de d\u00e9cibels. En accords avec la mise en sc\u00e8ne, elle r\u00e9ussi \u00e0 proposer un personnage tr\u00e8s bien caract\u00e9ris\u00e9. Bien s\u00fbr, la taille de cette voix tr\u00e8s large ne lui permet pas d&rsquo;offrir un texte v\u00e9ritablement compr\u00e9hensible tout au long de la repr\u00e9sentation, mais on peut entendre un grand travail tout de m\u00eame. Tout comme Antonenko, elle ne r\u00e9pond pas forc\u00e9ment aux crit\u00e8res dont on peut r\u00eaver mais le r\u00e9sultat est impressionnant surtout que l\u00e0 la tessiture est cr\u00e2nement assum\u00e9e sans jamais qu&rsquo;on ne sente une tension dans la voix, s&rsquo;imposant par un charisme et une puissance utilis\u00e9e de bonne mani\u00e8re. Rares sont les chanteuses qui peuvent \u00e0 la fois nous offrir la sensualit\u00e9 de la s\u00e9ductrice et les aigus dard\u00e9s du m\u00e9pris qui cl\u00f4t le duo. Anina Rachvelishvili poss\u00e8de toute cette gamme de nuances et de couleurs pour notre plus grand bonheur.<\/p>\n<div id=\"attachment_1132\" style=\"width: 310px\" class=\"wp-caption aligncenter\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" aria-describedby=\"caption-attachment-1132\" class=\"size-medium wp-image-1132\" src=\"http:\/\/erikcarnets.fr\/wp-content\/uploads\/samson12-300x167.jpg\" alt=\"Acte III\" width=\"300\" height=\"167\" srcset=\"https:\/\/erikcarnets.fr\/wp-content\/uploads\/samson12-300x167.jpg 300w, https:\/\/erikcarnets.fr\/wp-content\/uploads\/samson12-768x428.jpg 768w, https:\/\/erikcarnets.fr\/wp-content\/uploads\/samson12-1024x571.jpg 1024w, https:\/\/erikcarnets.fr\/wp-content\/uploads\/samson12.jpg 1100w\" sizes=\"auto, (max-width: 300px) 100vw, 300px\" \/><p id=\"caption-attachment-1132\" class=\"wp-caption-text\">Acte III<\/p><\/div>\n<p style=\"text-align: justify;\">Apr\u00e8s ce retour plut\u00f4t critique on pourrait penser que la soir\u00e9e a \u00e9t\u00e9 mauvaise&#8230; alors qu&rsquo;elle ne le fut nullement\u00a0! En effet, malgr\u00e9 tous les petits soucis stylistiques ou de direction, l&rsquo;ensemble forme un tout diablement efficace, aid\u00e9e en cela par une mise en sc\u00e8ne forte et marquante. La partition de Saint-Sa\u00ebns poss\u00e8de en elle-m\u00eame une grande force et la production r\u00e9alis\u00e9e par l&rsquo;Op\u00e9ra National de Paris lui permet de revivre dans de bonnes conditions m\u00eame si elles ne sont pas optimales. Il se murmure qu&rsquo;une reprise serait pr\u00e9vue avec Roberto Alagna dans le r\u00f4le de Samson&#8230; esp\u00e9rons que le reste de la distribution sera dans un style similaire au t\u00e9nor pour avoir pour le coup un v\u00e9ritable op\u00e9ra fran\u00e7ais\u00a0!<\/p>\n<ul>\n<li>Paris<\/li>\n<li>Op\u00e9ra Bastille<\/li>\n<li>19 octobre 2016<\/li>\n<li>Camille Saint-Sa\u00ebns (1835-1921), Samson et Dalila, Op\u00e9ra en 3 actes et 4 tableaux<\/li>\n<li>Mise en sc\u00e8ne, Damiano Michieletto\u00a0; D\u00e9cors, Paolo Fantin\u00a0; Costumes, Carla Teti\u00a0; Lumi\u00e8res, Alessandro Carletti<\/li>\n<li>Dalila, Anita Rachvelishvili\u00a0; Samson, Aleksandrs Antonenko\u00a0; Le Grand Pr\u00eatre de Dagon, Egils Silins\u00a0; Abim\u00e9lech, Nicolas Test\u00e9\u00a0; Un Viellard H\u00e9breu, Nicolas Cavallier\u00a0; un Messager Philistin, John Bernard\u00a0; premier Philistin, Luca Sannai\u00a0; deuxi\u00e8me Philistin, Jian-Hong Zhao<\/li>\n<li>Ch\u0153urs de l&rsquo;Op\u00e9ra National de Paris<\/li>\n<li>Orchestre de l&rsquo;Op\u00e9ra National de Paris<\/li>\n<li>Philippe Jordan, direction<\/li>\n<\/ul>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Riche d\u00e9but de saison pour Camille Saint-Sa\u00ebns car apr\u00e8s Proserpine qui vient de retrouver la lumi\u00e8re des sc\u00e8nes \u00e0 Munich et Versailles&#8230; l&rsquo;Op\u00e9ra National de Paris propose enfin une nouvelle [&hellip;]<\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"closed","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"jetpack_post_was_ever_published":false,"_jetpack_newsletter_access":"","_jetpack_dont_email_post_to_subs":true,"_jetpack_newsletter_tier_id":0,"_jetpack_memberships_contains_paywalled_content":false,"_jetpack_memberships_contains_paid_content":false,"footnotes":"","jetpack_publicize_message":"","jetpack_publicize_feature_enabled":true,"jetpack_social_post_already_shared":true,"jetpack_social_options":{"image_generator_settings":{"template":"highway","default_image_id":0,"font":"","enabled":false},"version":2}},"categories":[28,3],"tags":[57,23,80],"class_list":["post-1124","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-concert","category-musique_classique","tag-epoque_romantique","tag-opera","tag-saint-saens","clearfix"],"jetpack_publicize_connections":[],"jetpack_featured_media_url":"","jetpack_shortlink":"https:\/\/wp.me\/p4G2uP-i8","jetpack_sharing_enabled":true,"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/erikcarnets.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/1124","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/erikcarnets.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/erikcarnets.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/erikcarnets.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/erikcarnets.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcomments&post=1124"}],"version-history":[{"count":4,"href":"https:\/\/erikcarnets.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/1124\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":1136,"href":"https:\/\/erikcarnets.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/1124\/revisions\/1136"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/erikcarnets.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=1124"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/erikcarnets.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=1124"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/erikcarnets.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=1124"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}