{"id":1104,"date":"2016-10-16T23:22:33","date_gmt":"2016-10-16T21:22:33","guid":{"rendered":"http:\/\/erikcarnets.fr\/?p=1104"},"modified":"2019-05-15T17:16:57","modified_gmt":"2019-05-15T15:16:57","slug":"proserpine-la-courtisane-amoureuse-de-saint-saens","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/erikcarnets.fr\/?p=1104","title":{"rendered":"Proserpine, la courtisane amoureuse de Saint-Sa\u00ebns"},"content":{"rendered":"<p style=\"text-align: justify;\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"size-medium wp-image-1107 alignleft\" src=\"http:\/\/erikcarnets.fr\/wp-content\/uploads\/proserpine1-226x300.jpg\" alt=\"proserpine1\" width=\"226\" height=\"300\" srcset=\"https:\/\/erikcarnets.fr\/wp-content\/uploads\/proserpine1-226x300.jpg 226w, https:\/\/erikcarnets.fr\/wp-content\/uploads\/proserpine1.jpg 561w\" sizes=\"auto, (max-width: 226px) 100vw, 226px\" \/>La tradition commence \u00e0 s&rsquo;\u00e9tablir solidement pour notre plus grand plaisir\u00a0: chaque ann\u00e9e le Palazzetto Bru-Zane offre dans l&rsquo;Op\u00e9ra Royal de Versailles une version de concert d&rsquo;un ouvrage oubli\u00e9 du romantisme fran\u00e7ais. Apr\u00e8s <em>Cinq-Mars<\/em> de Gounod en 2015 puis <em>Dante<\/em> de Godard en d\u00e9but de saison, c&rsquo;est un op\u00e9ra de Saint-Sa\u00ebns qui va nous enchanter\u00a0: <em>Proserpine<\/em>. Bien s\u00fbr, le titre fait imm\u00e9diatement penser au personnage mythique de la fille de C\u00e9r\u00e8s. Mais il n&rsquo;en est rien\u00a0! Saint-Sa\u00ebns nous fait d\u00e9couvrir au contraire une courtisane subissant les affres de l&rsquo;amour non r\u00e9ciproque. Pour cette femme d\u00e9chir\u00e9e et violente, V\u00e9ronique Gens se devait de montrer toute la d\u00e9mesure du personnage, bien loin de ses pr\u00e9c\u00e9dentes explorations d&rsquo;ouvrages rares o\u00f9 elle campe le plus souvent des jeunes femmes nobles et douces avant tout. Il faut bien avouer que la curiosit\u00e9 pour cette soir\u00e9e est multiple. Bien s\u00fbr il y a la partition qu&rsquo;on esp\u00e8re au niveau des ouvrages magnifiques du compositeur (<em>Samson et Dalila<\/em> bien s\u00fbr, mais aussi <em>Henry VIII<\/em>, <em>H\u00e9l\u00e8ne<\/em> ou <em>\u00c9tienne Marcel<\/em>). Mais retrouver la grande V\u00e9ronique Gens dans ce r\u00f4le de p\u00e9cheresse et de femme d\u00e9vor\u00e9e par la passion est aussi une grande nouveaut\u00e9&#8230;<!--more--><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">La pi\u00e8ce d&rsquo;Auguste Vacquerie ayant fait une forte impression sur Camille Saint-Sa\u00ebns, il pense \u00e0 cr\u00e9er un op\u00e9ra en italien se basant sur cet ouvrage d\u00e8s 1880 mais c&rsquo;est en 1883 que le compositeur et l&rsquo;\u00e9crivain vont se mettre d&rsquo;accord pour essayer d&rsquo;adapter la pi\u00e8ce pour un op\u00e9ra fran\u00e7ais. Fid\u00e8le en amiti\u00e9 et tr\u00e8s content de ses pr\u00e9c\u00e9dentes collaborations, le musicien propose \u00e0 Louis Gallet d&rsquo;\u00e9crire le livret de son futur op\u00e9ra en lui laissant toute libert\u00e9 sur la forme. Les \u00e9changes entre les trois hommes sont particuli\u00e8rement cordiaux contrairement aux relations souvent tendues entre musicien et librettiste. Saint-Sa\u00ebns commence la composition en milieu de l&rsquo;ann\u00e9e 1886 et terminera l&rsquo;orchestration en tout d\u00e9but de l&rsquo;ann\u00e9e 1887. L&rsquo;op\u00e9ra fut rapidement cr\u00e9\u00e9 \u00e0 l&rsquo;Op\u00e9ra-Comique en mars et obtient un accueil mitig\u00e9. La partition d\u00e9rangea quelque peu mais le succ\u00e8s fut tout de m\u00eame pr\u00e9sent. A tel point qu&rsquo;en 1891 l&rsquo;ouvrage est repris dans une version l\u00e9g\u00e8rement remani\u00e9e par le compositeur pour \u00eatre plus conforme aux souhaits des spectateurs mais aussi pour s&rsquo;adapter \u00e0 la chanteuse du r\u00f4le titre. Dans la version originale, Angiola est frapp\u00e9e par Proserpine qui se fait tuer par Sabatino&#8230; une seule morte selon la volont\u00e9 des auteurs, mais un meurtrier sur sc\u00e8ne et le sort d&rsquo;Angiola qui reste incertain. Finalement, Proserpine se frappera dans la deuxi\u00e8me version et lib\u00e9rera ainsi le jeune couple. La tessiture du r\u00f4le titre est aussi sensiblement modifi\u00e9e afin qu&rsquo;il puisse \u00eatre distribu\u00e9 \u00e0 une soprano.<\/p>\n<div id=\"attachment_1109\" style=\"width: 210px\" class=\"wp-caption alignleft\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" aria-describedby=\"caption-attachment-1109\" class=\"size-medium wp-image-1109\" src=\"http:\/\/erikcarnets.fr\/wp-content\/uploads\/proserpine_foster_williams-200x300.jpg\" alt=\"Andrew Foster-Williams\" width=\"200\" height=\"300\" srcset=\"https:\/\/erikcarnets.fr\/wp-content\/uploads\/proserpine_foster_williams-200x300.jpg 200w, https:\/\/erikcarnets.fr\/wp-content\/uploads\/proserpine_foster_williams.jpg 279w\" sizes=\"auto, (max-width: 200px) 100vw, 200px\" \/><p id=\"caption-attachment-1109\" class=\"wp-caption-text\">Andrew Foster-Williams<\/p><\/div>\n<p style=\"text-align: justify;\">Lors de la cr\u00e9ation, la partition fut tax\u00e9e de wagn\u00e9risme et de symphonique, ce qui restait une critique r\u00e9guli\u00e8re pour tout compositeur d&rsquo;op\u00e9ra qui avait d\u00e9j\u00e0 compos\u00e9 de la musique symphonique et qui mettait dans son ouvrage les m\u00eames techniques. Il faut avouer aussi que la musique a tout pour surprendre tant les couleurs et les ambiances sont vari\u00e9es, tant Saint-Sa\u00ebns nous propose toute la palette possible d&rsquo;orchestration et de nuances. Le premier acte ainsi varie entre grand ensemble digne d&rsquo;un Grand Op\u00e9ra jusqu&rsquo;au dialogue comique d&rsquo;une verve rare accompagn\u00e9 par quelques traits de cordes. Peu de grands airs ici, mais des sc\u00e8nes impressionnantes ou touchantes. Souvent l&rsquo;orchestre joue un r\u00f4le pr\u00e9pond\u00e9rant pour surprendre tout en apportant un cadre parfaitement marqu\u00e9 au th\u00e9\u00e2tre. Il est assez sid\u00e9rant d&rsquo;entendre par exemple l&rsquo;accompagnement de l&rsquo;air d&rsquo;Orlando au premier acte, qui commence par de banals arp\u00e8ges \u00e0 la harpe mais qui se d\u00e9veloppe rapidement et se complexifie avec uniquement une fl\u00fbte. On d\u00e9couvre alors une s\u00e9r\u00e9nade d&rsquo;un style galant qui singe admirablement les pastorales\u00a0: comme pour <em>Henry VIII<\/em> Saint-Sa\u00ebns profite de son amour des musiques anciennes pour ancrer sa partition dans son contexte par petites touches. On retrouvera sinon r\u00e9guli\u00e8rement ce principe d&rsquo;un accompagnement basique rapidement enrichi par un contrechant ou une autre ligne qui vient compl\u00e9ter la premi\u00e8re. Le premier acte va donc nous entrainer de la sensualit\u00e9 du d\u00e9but de la f\u00eate vers les d\u00e9buts d&rsquo;une orgie en passant par la confrontation entre Proserpine et Sabatino. Au contraire, le deuxi\u00e8me acte est tout de lumi\u00e8re et de repos avec une introduction religieuse d&rsquo;une grande douceur. Le troisi\u00e8me est tr\u00e8s contrast\u00e9 avec un d\u00e9but folklorique pour terminer sur une tension insoutenable. Apr\u00e8s un superbe interlude (coup\u00e9 dans la version de 1891 qui nous est pr\u00e9sent\u00e9 pour ce concert, mais r\u00e9-introduit pour ce concert justement!), le dernier acte sera tout entier sous l&rsquo;ombre de Proserpine m\u00eame dans ses passages les plus doux comme le duo des amoureux o\u00f9 plane la voix de la courtisane.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">L&rsquo;histoire nous raconte donc la passion de Proserpine. La courtisane r\u00e9-ouvre ses portes apr\u00e8s un mois de vie recluse et tous ses amants viennent. Parmi eux, Sabatino et Renzo\u00a0: le premier doit \u00e9pouser la s\u0153ur du deuxi\u00e8me et doit donc prouver que sa passion avec Proserpine est bien termin\u00e9e. Renzo assiste alors \u00e0 l&rsquo;entretien o\u00f9 Sabatino lui combien Proserpine le m\u00e9prise. Mais cette derni\u00e8re n&rsquo;attend au final qu&rsquo;une chose, c&rsquo;est que Sabatino continue \u00e0 lui prouver son amour et sa passion&#8230; alors qu&rsquo;il ira jusqu&rsquo;\u00e0 lui proposer de l&rsquo;argent, offense supr\u00eame pour la courtisane amoureuse. Elle le chasse donc, mais d\u00e9couvre rapidement qu&rsquo;il doit se marier sous peu. Elle demande donc \u00e0 un voleur de passage d&rsquo;aller espionner la rencontre des futurs \u00e9poux. Le deuxi\u00e8me acte nous entraine dans le couvent o\u00f9 vit Angiola, la future promise. Elle se lamente de ne pas voir son amour venir et apr\u00e8s une d\u00e9claration passionn\u00e9e de ce dernier, Renzo propose \u00e0 Sabatino d&rsquo;aller pr\u00e9parer un repas chez lui alors que le fr\u00e8re et la s\u0153ur partiront plus tard. Le voleur Squarocca tremble d&rsquo;avance \u00e0 l&rsquo;id\u00e9e d&rsquo;annoncer \u00e0 Proserpine combien Angiola est belle. On retrouve justement la courtisane dans un camp de gitan dans la montagne au troisi\u00e8me acte. Elle est ici pour croiser la jeune femme et essayer de l&#8217;emp\u00eacher de se marier en l&rsquo;effrayant. Pour cela, Squarocca a sabot\u00e9 la voiture des deux voyageurs qui arrivent dans le camp cherchant du secours. Renzo et le voleur vont r\u00e9parer la voiture, laissant les deux femmes face \u00e0 face. Grim\u00e9e en boh\u00e9mienne, Proserpine dit la bonne aventure \u00e0 la jeune Angiola o\u00f9 elle proph\u00e9tise la mort de Sabatino si le mariage a lieu. Effray\u00e9e au d\u00e9but, la future mari\u00e9e finit par deviner l&rsquo;imposture et toutes les menaces sombres de Proserpine ne font que renforcer sa constance. Le fr\u00e8re et la s\u0153ur sont finalement fait prisonnier afin que notre r\u00f4le principal puisse aller s&rsquo;entretenir avec son amour. Le quatri\u00e8me acte voit donc le duo entre Sabatino et Proserpine\u00a0: elle le supplie, se met \u00e0 ses pieds mais rien n&rsquo;y fait et Sabatino la chasse alors qu&rsquo;Angiola arrive apr\u00e8s s&rsquo;\u00eatre \u00e9chapp\u00e9e. Les deux amants se jurent un amour \u00e9ternel alors que Proserpine les observe et comprend combien elle ne pourra jamais les s\u00e9parer. De d\u00e9sespoir elle veut frapper la jeune fille mais se fait stopper par Sabatino. De d\u00e9pit elle retourne le poignard contre elle-m\u00eame et s&rsquo;effondre.<\/p>\n<div id=\"attachment_1105\" style=\"width: 310px\" class=\"wp-caption aligncenter\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" aria-describedby=\"caption-attachment-1105\" class=\"size-medium wp-image-1105\" src=\"http:\/\/erikcarnets.fr\/wp-content\/uploads\/proserpine_henry-300x199.png\" alt=\"Marie-Adelyne Henry\" width=\"300\" height=\"199\" srcset=\"https:\/\/erikcarnets.fr\/wp-content\/uploads\/proserpine_henry-300x199.png 300w, https:\/\/erikcarnets.fr\/wp-content\/uploads\/proserpine_henry.png 400w\" sizes=\"auto, (max-width: 300px) 100vw, 300px\" \/><p id=\"caption-attachment-1105\" class=\"wp-caption-text\">Marie-Adelyne Henry<\/p><\/div>\n<p style=\"text-align: justify;\">A la t\u00eate de l&rsquo;Orchestre de la Radio de M\u00fcnich, <strong>Ulf Schirmer<\/strong> semble vraiment fait pour diriger ce r\u00e9pertoire, soignant le moindre des d\u00e9tails, proposant des coloris subtils et une direction \u00e0 la fois dramatique et nuanc\u00e9e. Que ce soit les passages d\u00e9licats \u00e0 quelques instruments qu&rsquo;il couve amoureusement ou les brillants d\u00e9cha\u00eenements de tout l&rsquo;orchestre, le chef sait mettre en valeur une partition superbement \u00e9crite par Camille Saint-Sa\u00ebns. Il faut bien avouer aussi que l&rsquo;orchestre est particuli\u00e8rement virtuose et plein de verve tout au long de l&rsquo;ouvrage avec des couleurs subtiles et une finesse parfaite pour \u00e9viter tout boursouflure de la partition. La lecture donne toute sa dimension \u00e0 une partition foisonnante de d\u00e9tails et \u00e0 l&rsquo;\u00e9criture passionnante. Pour les quelques interventions qu&rsquo;ils ont, les membres du Ch\u0153ur de la Radio Flamande nous offrent une belle diction et un bel ensemble, avec une mention particuli\u00e8re pour les femmes qui ouvrent admirablement le deuxi\u00e8me acte.<\/p>\n<div id=\"attachment_1108\" style=\"width: 209px\" class=\"wp-caption alignright\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" aria-describedby=\"caption-attachment-1108\" class=\"size-medium wp-image-1108\" src=\"http:\/\/erikcarnets.fr\/wp-content\/uploads\/proserpine_antoun-199x300.jpg\" alt=\"Fr\u00e9d\u00e9ric Antoun\" width=\"199\" height=\"300\" srcset=\"https:\/\/erikcarnets.fr\/wp-content\/uploads\/proserpine_antoun-199x300.jpg 199w, https:\/\/erikcarnets.fr\/wp-content\/uploads\/proserpine_antoun.jpg 400w\" sizes=\"auto, (max-width: 199px) 100vw, 199px\" \/><p id=\"caption-attachment-1108\" class=\"wp-caption-text\">Fr\u00e9d\u00e9ric Antoun<\/p><\/div>\n<p style=\"text-align: justify;\">Dans les petits r\u00f4les, il faut souligner le luxe de la distribution puisque pour si peu de temps que chante Orlando, ce n&rsquo;est rien de moins que <strong>Mathias Vidal<\/strong> qui est pr\u00e9sent. Les autres r\u00f4les mineurs sont certes moins connus mais tout aussi pertinents en terme de style et de diction. Grand habitu\u00e9 de ces productions, <strong>Andrew Foster-Williams<\/strong> trouve avec Squarocca un personnage parfait pour son caract\u00e8re et ses moyens. Sa voix \u00e9pouse avec naturel les contours cauteleux et joviaux du voleur de grands chemins. S&rsquo;amusant de tout, la basse sait faire r\u00e9sonner l&rsquo;ironie dans chacune de ses phrases par une inflexion justement dos\u00e9e. Sa chanson \u00e0 boire est aussi fort bien rendue sans trop forcer le trait. Et enfin, notons la tr\u00e8s belle diction\u00a0! Car si on peut attendre cela de la distribution francophone, il faut rappeler que Foster-Williams ne l&rsquo;est pas et donc on peut admirer le travail accompli. Autre basse beaucoup plus noble, Renzo est chant\u00e9 par <strong>Jean Teitgen<\/strong>. La basse impose naturellement une stature de patriarche et une noblesse sage&#8230; mais on aimerait un peu plus de joie et de vie dans ce chant impressionnant mais un peu monocorde. Le fr\u00e8re se veut certes le protecteur de la vertu de sa s\u0153ur, mais il est aussi un personnage connu de l&rsquo;entourage de Proserpine, jouisseur tout comme l&rsquo;\u00e9tait Sabatino.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Le couple d&rsquo;amoureux rassemble deux jeunes chanteurs chez qui le r\u00e9pertoire fran\u00e7ais semble \u00eatre totalement logique. <strong>Marie-Adeline Henry<\/strong> avait impos\u00e9 une <em>Armide<\/em> de Lully saisissante de violence et de tragique. Comment allait-elle discipliner cette voix tr\u00e8s forte en personnalit\u00e9 pour Angiola, cr\u00e9ature c\u00e9leste durant une grande partie de l&rsquo;ouvrage\u00a0? Et bien tout simplement en maitrisant parfaitement le souffle et la dynamique. Ainsi le deuxi\u00e8me acte est une d\u00e9monstration de douceur \u00e9th\u00e9r\u00e9e et d&rsquo;amour pudique. Mais face \u00e0 Proserpine, la jeune fille sort les griffes et donne la r\u00e9plique avec une puissance dramatique torrentielle. Comme lib\u00e9r\u00e9e, les retrouvailles au quatri\u00e8me acte montrent la jeune soprano fran\u00e7aise plus passionn\u00e9e et amoureuse&#8230; avec toujours une diction parfaite et claire. Dans un r\u00f4le un peu plus important, <strong>Fr\u00e9d\u00e9ric Antoun<\/strong> se montre totalement fascinant de style. D\u00e9j\u00e0 remarqu\u00e9 dans <em>Lakm\u00e9<\/em> il y a quelques ann\u00e9es \u00e0 l&rsquo;Op\u00e9ra-Comique, le t\u00e9nor offre une prestation parfaite, alliant la d\u00e9licatesse du style fran\u00e7ais \u00e0 un \u00e9clat vocal sid\u00e9rant. La diction, la finesse des nuances, la beaut\u00e9 du timbre et l&rsquo;aisance de l&rsquo;aigu montrent un chanteur qu&rsquo;on esp\u00e8re vraiment voir \u00e9clore dans ce r\u00e9pertoire romantique tant nombre de r\u00f4les lui ouvrent les bras\u00a0!<\/p>\n<div id=\"attachment_1106\" style=\"width: 310px\" class=\"wp-caption aligncenter\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" aria-describedby=\"caption-attachment-1106\" class=\"size-medium wp-image-1106\" src=\"http:\/\/erikcarnets.fr\/wp-content\/uploads\/proserpine_gens-300x140.jpg\" alt=\"V\u00e9ronique Gens\" width=\"300\" height=\"140\" srcset=\"https:\/\/erikcarnets.fr\/wp-content\/uploads\/proserpine_gens-300x140.jpg 300w, https:\/\/erikcarnets.fr\/wp-content\/uploads\/proserpine_gens.jpg 730w\" sizes=\"auto, (max-width: 300px) 100vw, 300px\" \/><p id=\"caption-attachment-1106\" class=\"wp-caption-text\">V\u00e9ronique Gens<\/p><\/div>\n<p style=\"text-align: justify;\">Enfin comment d\u00e9crire l&rsquo;art de <strong>V\u00e9ronique Gens<\/strong>\u00a0? Depuis ses d\u00e9buts dans ce nouveau r\u00e9pertoire qu&rsquo;elle explore avec le Palazzetto Bru-Zane, elle semble d\u00e9ployer des talents toujours plus grands. Elle avait d\u00e9j\u00e0 \u00e9t\u00e9 grandiose dans <em>Cinq-Mars<\/em> mais depuis, chacune de ses prestations montrent une qualit\u00e9 de chant et d&rsquo;interpr\u00e9tation encore plus sid\u00e9rante. On connait son art de la diction et de la coloration, mais elle gagne encore en expressivit\u00e9 depuis quelques ann\u00e9es, d\u00e9ployant une voix qui para\u00eet \u00eatre sans limite tant en puissance qu&rsquo;en tessiture. En effet, le r\u00f4le de Marie de Gonzague chez Gounod \u00e9tait un r\u00f4le de falcon plut\u00f4t centrale&#8230; avec <em>Dante<\/em> ou <em>La Jacquerie<\/em> on voyait la tessiture se tendre l\u00e9g\u00e8rement mais sans commune mesure avec ce qu&rsquo;impose le r\u00f4le de Proserpine. Beaucoup plus expos\u00e9 avec un orchestre cons\u00e9quent et beaucoup plus survolt\u00e9 avec des explosions de rage, il n&rsquo;accepte pas la retenue ou les demi-mesures. Et tout au long de la soir\u00e9e, la chanteuse se donne sans compter, sans s&rsquo;\u00e9conomiser et toujours avec justesse. Ses premi\u00e8res \u00ab\u00a0Sabatino n&rsquo;est pas venu\u00a0\u00bb sonne,t parfaitement tout comme son invocation \u00e0 la d\u00e9esse qui porte son nom o\u00f9 la voix d\u00e9ploie ses grands moyens aptes \u00e0 luter avec l&rsquo;orchestre. De m\u00eame la confrontation entre les deux femmes est un vrai crescendo \u00e9motionnel. Alors que le souvenir de son malaise de l&rsquo;ann\u00e9e derni\u00e8re \u00e9tait encore dans les souvenirs, la soprano nous d\u00e9livre un vrai moment de gr\u00e2ce et de th\u00e9\u00e2tre. Le personnage se d\u00e9ploie dans toute sa complexit\u00e9 et vocalement elle nous ravit sans aucune r\u00e9serve. On en vient \u00e0 se demander jusqu&rsquo;o\u00f9 elle va continuer \u00e0 \u00e9voluer tant on est proche de la perfection dans tous les domaines\u00a0!<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Avec une telle distribution et une partition aussi belle et foisonnante, le concert est un v\u00e9ritable triomphe pour tous. Le public salue les artistes par plusieurs rappels. Mais on se doute que la partition en elle-m\u00eame est aussi salu\u00e9e par le th\u00e9\u00e2tre tant la concentration \u00e9tait extr\u00eame. En attente du disque qui devrait sortir dans la collection \u00e9dit\u00e9e par le Palazzetto Bru-Zane d\u00e9volue \u00e0 l&rsquo;Op\u00e9ra Fran\u00e7ais, on peut encore \u00e9couter la retransmission du concert qui a eu lieu deux jours avant le sujet de cet article \u00e0 M\u00fcnich&#8230; on y retrouve tout l&rsquo;int\u00e9r\u00eat du concert et les r\u00e9-\u00e9coutes permettent de plus s&rsquo;impr\u00e9gner de la partition et d&rsquo;en d\u00e9tailler toute la richesse.<\/p>\n<ul>\n<li>Versailles<\/li>\n<li>Op\u00e9ra Royal de Versailles<\/li>\n<li>11 octobre 2016<\/li>\n<li>Camille Saint-Sa\u00ebns (1835-1921), Proserpine, Drame lyrique en 4 actes<\/li>\n<li>Version de concert<\/li>\n<li>Proserpine, V\u00e9ronique Gens ; Angiola, Marie-Adeline Henry ; Sabatino, Fr\u00e9d\u00e9ric Antoun ; Squarocca, Andrew Foster-Williams ; Renzo, Jean Teitgen ; Orlando, Mathias Vidal ; Ercole, Philippe-Nicolas Martin ; Filippo\/Gil, Artavazd Sargsyan ; Une Religieuse, Cl\u00e9mence Tilquin<\/li>\n<li>Ch\u0153ur de la Radio Flamande<\/li>\n<li>Orchestre de la Radio de M\u00fcnich<\/li>\n<li>Ulf Schirmer, direction<\/li>\n<\/ul>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>La tradition commence \u00e0 s&rsquo;\u00e9tablir solidement pour notre plus grand plaisir\u00a0: chaque ann\u00e9e le Palazzetto Bru-Zane offre dans l&rsquo;Op\u00e9ra Royal de Versailles une version de concert d&rsquo;un ouvrage oubli\u00e9 du [&hellip;]<\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"closed","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"jetpack_post_was_ever_published":false,"_jetpack_newsletter_access":"","_jetpack_dont_email_post_to_subs":false,"_jetpack_newsletter_tier_id":0,"_jetpack_memberships_contains_paywalled_content":false,"_jetpack_memberships_contains_paid_content":false,"footnotes":"","jetpack_publicize_message":"","jetpack_publicize_feature_enabled":true,"jetpack_social_post_already_shared":true,"jetpack_social_options":{"image_generator_settings":{"template":"highway","default_image_id":0,"font":"","enabled":false},"version":2}},"categories":[28,3],"tags":[58,57,23,80],"class_list":["post-1104","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-concert","category-musique_classique","tag-bru-zane","tag-epoque_romantique","tag-opera","tag-saint-saens","clearfix"],"jetpack_publicize_connections":[],"jetpack_featured_media_url":"","jetpack_shortlink":"https:\/\/wp.me\/p4G2uP-hO","jetpack_sharing_enabled":true,"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/erikcarnets.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/1104","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/erikcarnets.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/erikcarnets.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/erikcarnets.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/erikcarnets.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcomments&post=1104"}],"version-history":[{"count":3,"href":"https:\/\/erikcarnets.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/1104\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":2225,"href":"https:\/\/erikcarnets.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/1104\/revisions\/2225"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/erikcarnets.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=1104"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/erikcarnets.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=1104"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/erikcarnets.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=1104"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}