{"id":105,"date":"2013-02-17T15:49:13","date_gmt":"2013-02-17T14:49:13","guid":{"rendered":"http:\/\/erikcarnets.fr\/\/?p=105"},"modified":"2015-01-16T10:28:17","modified_gmt":"2015-01-16T09:28:17","slug":"les-pecheurs-de-perles-bonnes-et-mauvaises-surprises","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/erikcarnets.fr\/?p=105","title":{"rendered":"Les P\u00eacheurs de Perles : bonnes et mauvaises surprises"},"content":{"rendered":"<div id=\"attachment_106\" style=\"width: 310px\" class=\"wp-caption alignleft\"><a href=\"http:\/\/erikcarnets.fr\/wp-content\/uploads\/pecheurs-de-perles-alagna-pleyel.jpg\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" aria-describedby=\"caption-attachment-106\" class=\"wp-image-106 \" title=\"Nino Machaidze et Roberto Alagna lors des saluts\" alt=\"pecheurs de perles alagna pleyel\" src=\"http:\/\/erikcarnets.fr\/wp-content\/uploads\/pecheurs-de-perles-alagna-pleyel-300x225.jpg\" width=\"300\" height=\"225\" srcset=\"https:\/\/erikcarnets.fr\/wp-content\/uploads\/pecheurs-de-perles-alagna-pleyel-300x225.jpg 300w, https:\/\/erikcarnets.fr\/wp-content\/uploads\/pecheurs-de-perles-alagna-pleyel.jpg 960w\" sizes=\"auto, (max-width: 300px) 100vw, 300px\" \/><\/a><p id=\"caption-attachment-106\" class=\"wp-caption-text\">Nino Machaidze et Roberto Alagna lors des saluts<\/p><\/div>\n<p style=\"text-align: justify;\">Moins d&rsquo;un an apr\u00e8s la production sc\u00e9nique de l&rsquo;Op\u00e9ra-Comique, <em>Les P\u00eacheurs de Perles<\/em> reviennent devant le public parisien pour une version de concert, avec pour t\u00eate d&rsquo;affiche le t\u00e9nor Roberto Alagna. Et c&rsquo;est devant une salle pleine et d\u00e9j\u00e0 acquise \u00e0 sa cause que le t\u00e9nor va nous proposer son Nadir, entour\u00e9 de chanteurs de haut niveau. Car si la partition reste un petit miracle de po\u00e9sie et de lyrisme, elle est aussi particuli\u00e8rement exigeante d&rsquo;un point de vue style et po\u00e9sie tant pour les chanteurs que pour l&rsquo;orchestre.<!--more--><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Si l&rsquo;\u0153uvre de Bizet a \u00e9t\u00e9 cr\u00e9\u00e9e de son vivant, c&rsquo;est apr\u00e8s la mort du compositeur qu&rsquo;elle a vraiment connu le succ\u00e8s, suite \u00e0 la reprise par L\u00e9on Carvalho pour c\u00e9l\u00e9brer les 30 ans de la cr\u00e9ation. Mais cette version n&rsquo;\u00e9tait plus d\u00e9j\u00e0 ce qu&rsquo;avait compos\u00e9 le jeune homme, puisque le directeur de th\u00e9\u00e2tre avait retouch\u00e9 la partition, r\u00e9duisant certains passages peu vendeurs, en allongeant d&rsquo;autres et cr\u00e9ant une nouvelle fin. C&rsquo;est cette version qui va se r\u00e9pandre dans tous le monde et montrer que Bizet n&rsquo;est pas que le p\u00e8re de <em>Carmen<\/em>. Mais par ses retouches pour \u00ab\u00a0am\u00e9liorer\u00a0\u00bb l&rsquo;originale, Carvalho r\u00e9duit aussi le drame en enlevant certaines r\u00e9pliques et situations qui donnaient plus de corps aux personnages. Heureusement, en 1975 la partition originale est retrouv\u00e9e et elle est ressuscit\u00e9e sur la sc\u00e8ne de l&rsquo;Op\u00e9ra-Comique en 1991. Depuis, cette partition originale peine \u00e0 s&rsquo;imposer, mais remplace de plus en plus la construction de Carvalho&#8230; Il est toute fois tr\u00e8s \u00e9trange que le concert qui nous occupe pr\u00e9sente la partition modifi\u00e9e et non l&rsquo;originale. On connait l&rsquo;attachement que porte Roberto Alagna \u00e0 ce r\u00e9pertoire, puisqu&rsquo;on lui doit un certain nombre de concerts d&rsquo;op\u00e9ras fran\u00e7ais rares et m\u00eames des productions sc\u00e9niques comme <em>Le Cid<\/em> de Massenet \u00e0 Marseille il y a quelques ann\u00e9es. On \u00e9tait donc en droit d&rsquo;esp\u00e9rer un retour \u00e0 l&rsquo;originale mais il n&rsquo;en sera rien : duo Nadir\/Zurga sans la deuxi\u00e8me partie \u00ab\u00a0Amiti\u00e9 sainte\u00a0\u00bb, duo Le\u00efla\/Zurga amput\u00e9 et un final o\u00f9 Zurga est tu\u00e9 par le peuple mais par contre sans avoir fait entendre auparavant le trio \u00ab\u00a0\u00d4 lumi\u00e8re sainte\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">L&rsquo;absence de la partition originale est d&rsquo;autant plus dommage que l&rsquo;orchestre nous donne \u00e0 entendre une belle musique, mettant en avant la d\u00e9licatesse de l&rsquo;orchestration et le caract\u00e8re tr\u00e8s fran\u00e7ais de cet op\u00e9ra. Car s&rsquo;il y a bien une \u0153uvre qui demande de la transparence et un vrai travail d&rsquo;orf\u00e8vre, c&rsquo;est cette partition de Bizet. Avec un son plut\u00f4t clair et d\u00e9licat, l&rsquo;Orchestre de Chambre de Paris montre ici une belle affinit\u00e9 avec ce r\u00e9pertoire. On ne regrettera que quelques erreurs du c\u00f4t\u00e9 des cors. A la t\u00eate de cette formation, Giorgio Croci est tr\u00e8s attentif aux nuances et aux couleurs. Par contre, il a plus de mal \u00e0 suivre les chanteurs et particuli\u00e8rement Alagna dont les points d&rsquo;orgue provoquent des d\u00e9calages r\u00e9guliers. Tr\u00e8s belle prestation du ch\u0153ur Opella Nova qui avec des moyens r\u00e9duits donne toute sa fluidit\u00e9 aux ch\u0153urs dans\u00e9s ou solennelles de l\u2019\u0153uvre.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Dans le petit r\u00f4le de Nourabad, Nicolas Courjal se trouve presque \u00e0 l&rsquo;\u00e9troit tant la voix est impressionnante et le chanteur concern\u00e9. D\u00e8s la premi\u00e8re phrase, il s&rsquo;impose par un impact et une autorit\u00e9 qui n&rsquo;appelle aucune r\u00e9serve. La diction est parfaite, le timbre clair et la tessiture assum\u00e9e avec panache, m\u00eame dans les plus hauts aigus. Souvent r\u00e9duit \u00e0 des petits r\u00f4les, on esp\u00e8re l&rsquo;entendre bient\u00f4t dans de grands r\u00f4les sur des sc\u00e8nes internationales.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Alexandre Duhamel est bien connu des parisiens pour ses nombreux petits r\u00f4les chant\u00e9s sur la sc\u00e8ne de l&rsquo;Op\u00e9ra National de Paris. Si ses prestations sont toujours tr\u00e8s bonnes, c&rsquo;est avec un r\u00f4le important comme Zurga qu&rsquo;il montre tout son talent. Imm\u00e9diatement, on est frapp\u00e9 par la noblesse de l&rsquo;\u00e9mission et la diction parfaite. Tout le monde a dans l&rsquo;oreille les prestations d&rsquo;Ernest Blanc dans ce r\u00f4le&#8230; et Alexandre Duhamel montre les m\u00eames qualit\u00e9s que son illustre devancier\u00a0: un timbre assez clair, une voix parfaitement projet\u00e9e et un aigu triomphant. Il impose ainsi un splendide Zurga. Jamais il ne force ou triche dans sa prestation\u00a0: le chant est tr\u00e8s soign\u00e9 et nuanc\u00e9, ne se r\u00e9fugiant jamais dans une composition de m\u00e9chant primaire mais privil\u00e9giant l&rsquo;ami et l&rsquo;homme bless\u00e9. Une interpr\u00e9tation qui sera, esp\u00e9rons le, suivie par d&rsquo;autres prestations de la m\u00eame qualit\u00e9 dans les ann\u00e9es qui viennent.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Pour L\u00e9\u00efla, on attend souvent une voix pure, claire et juv\u00e9nile. Form\u00e9e au bel-canto et reconnue pour ce r\u00e9pertoire dans le monde entier, il \u00e9tait surprenant de retrouver Nino Machaidze dans cette distribution compos\u00e9e uniquement de fran\u00e7ais et avec un soprano plus large qu&rsquo;\u00e0 l&rsquo;habitude. Parlons tout de suite du gros point noir\u00a0: la diction. Tout au long du concert, on ne comprendra pas un mot de ce que la soprano nous raconte. Si certains passages sont l\u00e9g\u00e8rement d\u00e9form\u00e9s, d&rsquo;autres sont totalement \u00e9trangers \u00e0 la langue fran\u00e7aise. Mais \u00e0 c\u00f4t\u00e9 de \u00e7a, son bagage technique lui permet de briller dans ces m\u00e9lodies superbes qu&rsquo;a compos\u00e9es Bizet. L&rsquo;entr\u00e9e montre un vibrato un peu trop prononc\u00e9, mais rapidement, la voix s\u2019affermit et la chanteuse peut nous proposer des moments de gr\u00e2ce vocale. Assurant vocalises et aigus fil\u00e9s, elle est une L\u00e9\u00efla royale vocalement, all\u00e9geant r\u00e9guli\u00e8rement et restant tr\u00e8s sobre dans sa composition. N&rsquo;\u00e9tait sa prononciation, son interpr\u00e9tation aurait \u00e9t\u00e9 splendide.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Et enfin celui qui est sans doute \u00e0 l&rsquo;origine du projet et qui a rassembl\u00e9 un tel public\u00a0: Roberto Alagna. A son entr\u00e9e, on entend la prononciation si caract\u00e9ristique du t\u00e9nor et un timbre toujours aussi ensoleill\u00e9. Malheureusement, \u00e0 c\u00f4t\u00e9 de ces bons c\u00f4t\u00e9s, on va aussi entendre un chanteur assez crisp\u00e9, toujours face \u00e0 sa partition et dont les nuances restent r\u00e9duites entre le mezzo-forte et le forte sans toutes les nuances et les all\u00e8gements qui sont une composante essentielle du r\u00f4le. Pour pallier ces manques, le t\u00e9nor fait pourtant preuve d&rsquo;imagination et de technique comme le montre la romance de Nadir qu&rsquo;il interpr\u00e8te d&rsquo;un bout \u00e0 l&rsquo;autre en voix de t\u00eate. M\u00eame s&rsquo;il est techniquement impressionnant de voir ce qu&rsquo;il propose, on sort totalement ici du style demand\u00e9 par l&rsquo;\u0153uvre et la fragilit\u00e9 du chant peu mettre mal \u00e0 l&rsquo;aise le public. Jamais \u00e0 l&rsquo;aise avec la voix mixte, le t\u00e9nor a refus\u00e9 de chanter en pleine voix cette page d\u00e9licate de l&rsquo;ouvrage. Ceci l&rsquo;honore, mais au final, le r\u00e9sultat est tellement fr\u00eale et pr\u00e9caire qu&rsquo;il en devient malcommode pour l&rsquo;auditeur. Surtout que le contraste est vraiment trop important par rapport au reste de sa prestation chant\u00e9 en pleine voix. Si sa prestation montre un chanteur en bonne forme, elle le montre aussi peu concern\u00e9 par le r\u00f4le et fortement handicap\u00e9 par une tessiture maintenant trop haute pour lui. Il chante certes les notes, mais sans vraiment apporter un sens aux m\u00e9lodies tout en manquant d&rsquo;\u00e9coute avec ses coll\u00e8gues. Avec l&rsquo;\u00e9volution de sa voix depuis ces derni\u00e8res ann\u00e9es, les r\u00f4les de t\u00e9nor l\u00e9gers ou de demi-caract\u00e8re semblent derri\u00e8re lui. Heureusement, il nous a prouv\u00e9 que des r\u00f4les plus h\u00e9ro\u00efques comme <em>Le Cid<\/em> lui convenaient actuellement fort bien\u00a0!<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Si la t\u00eate d&rsquo;affiche de la soir\u00e9e \u00e9tait Roberto Alagna, il a \u00e9t\u00e9 \u00e9clips\u00e9 par les autres participants. Plus \u00e0 l&rsquo;aise avec l&rsquo;\u00e9criture et les personnages, ils ont su donner vie \u00e0 la musique de Bizet. Il faut reconna\u00eetre une belle prise de risque pour Roberto Alagna en chantant ce r\u00f4le. Mais m\u00eame si sa prestation est assez impressionnante au regard de l&rsquo;inad\u00e9quation de sa voix au r\u00f4le, chant et interpr\u00e9tation restent trop ext\u00e9rieurs \u00e0 la musique et au drame. On se r\u00e9jouira tout de m\u00eame d&rsquo;entendre cette magnifique \u0153uvre et notons la formidable prestation d&rsquo;Alexandre Duhamel en Zurga.<\/p>\n<ul style=\"text-align: justify;\">\n<li>Paris<\/li>\n<li>Salle Pleyel<\/li>\n<li>17 f\u00e9vrier 2013<\/li>\n<li>Georges Bizet (1838-1875), Les P\u00eacheurs de Perles, Op\u00e9ra en trois actes<\/li>\n<li>Nadir, Roberto Alagna\u00a0; L\u00e9\u00efla, Nino Machaidze\u00a0; Zurga, Alexandre Duhamel\u00a0; Nourabad, Nicolas Courjal<\/li>\n<li>Ch\u0153ur Opella Nova<\/li>\n<li>Orchestre de Chambre de Paris<\/li>\n<li>Giorgio Croci, direction<\/li>\n<\/ul>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Moins d&rsquo;un an apr\u00e8s la production sc\u00e9nique de l&rsquo;Op\u00e9ra-Comique, Les P\u00eacheurs de Perles reviennent devant le public parisien pour une version de concert, avec pour t\u00eate d&rsquo;affiche le t\u00e9nor Roberto [&hellip;]<\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"closed","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"jetpack_post_was_ever_published":false,"_jetpack_newsletter_access":"","_jetpack_dont_email_post_to_subs":false,"_jetpack_newsletter_tier_id":0,"_jetpack_memberships_contains_paywalled_content":false,"_jetpack_memberships_contains_paid_content":false,"footnotes":"","jetpack_publicize_message":"","jetpack_publicize_feature_enabled":true,"jetpack_social_post_already_shared":false,"jetpack_social_options":{"image_generator_settings":{"template":"highway","default_image_id":0,"font":"","enabled":false},"version":2}},"categories":[28,3],"tags":[30,57,23],"class_list":["post-105","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-concert","category-musique_classique","tag-bizet","tag-epoque_romantique","tag-opera","clearfix"],"jetpack_publicize_connections":[],"jetpack_featured_media_url":"","jetpack_shortlink":"https:\/\/wp.me\/p4G2uP-1H","jetpack_sharing_enabled":true,"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/erikcarnets.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/105","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/erikcarnets.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/erikcarnets.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/erikcarnets.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/erikcarnets.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcomments&post=105"}],"version-history":[{"count":2,"href":"https:\/\/erikcarnets.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/105\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":108,"href":"https:\/\/erikcarnets.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/105\/revisions\/108"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/erikcarnets.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=105"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/erikcarnets.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=105"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/erikcarnets.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=105"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}