Boris, seul au monde à Bastille

Pas beaucoup d’originalité dans la programmation russe cette année pour l’Opéra de Paris : Boris Godounov de Moussorgsky. Mais l’ouvrage nous est présenté dans une nouvelle production, avec Ildar Abdrazakov dans le rôle titre… et dans la version originale de 1869. Enfin officiellement car pour cause de gala de début de la Coupe du Monde en Russie, notre Boris s’est absenté en ce 13 juin et a été remplacé par le jeune Alexander Tsymbalyuk. Toute découverte étant bonne à prendre et les échos de ses Boris à Munich étant plutôt bons, l’attente reste la même. Et de toute façon, il y a tout de même la nouvelle mise en scène et la version choisie. Alors que la version de 1872 semblait être assez établie sur les scènes, voici que depuis quelques années n’est présentée que la version première de l’ouvrage. Si cela est justifié par les chefs par une plus grande modernité et par les metteurs en scène par un action dramatique plus resserrée, peut-être y a-t-il aussi des raisons bassement matérielles car on évite une Marina et un Rangoni… alors que Grigory/Dimitri se retrouve à devenir un rôle très secondaire. Continuer…

Triomphe pour Gounod et sa Nonne Sanglante

Cette année 2018 est l’année Gounod… ou du moins l’est pour le Palazetto Bru Zane et quelques autres producteurs de spectacles et de disques. Fidèle à son habitude, l’Opéra-Comique s’est associé au Festival Bru Zane de Paris pour nous proposer une grande rareté : La Nonne Sanglante. Là où l’Opéra de Paris ne se donne même pas la peine de monter un ouvrage de Gounod, la petite salle parisienne joue la curieuse encore une fois et offre une splendide production du deuxième opéra de Charles Gounod. Créé Salle Pelletier en 1854, l’opéra ne sera joué que onze fois avec un certain succès public comme critique. Puis le changement de direction de l’Opéra de Paris va précipiter la chute de la partition. Le nouveau directeur, Monsieur Crosnier, voulu faire table rase des dernières créations et qualifia La Nonne Sanglante d’ordure. Et voici qu’il faudra attendre 2008 pour qu’elle soit rejouée à Osnabrück en Allemagne, production qui donnera lieu à un enregistrement chez CPO. C’est donc ici le grand retour de cette partition qui bénéficie de moyens superbes : mise en scène sobre et efficace, distribution de haut niveau, orchestre sur instrument d’époque… C’est l’un des évènements de la saison à n’en pas douter ! Continuer…

Phaéton de Lully par Dumestre et Lazar

Qu’il est rare de pouvoir assister à une tragédie lyrique en version scénique… et encore plus rare que ce soit un ouvrage de Lully qui soit proposée. Si Rameau a les faveurs des programmateurs, son prédécesseur semble moins intéresser les musiciens ou du moins les metteurs en scène. Après les magnifiques Atys, Armide ou Cadmus et Hermione, il y a bien sûr eu les versions de concert de Christophe Rousset… mais pas très peu d’autres version scéniques complètes. Car la tragédie lyrique de Lully est un art complet où doivent se mélanger chant, danse, déclamation et scénographie. Vincent Dumestre et Benjamin Lazar ont déjà collaboré en 2008 pour justement Cadmus à l’Opéra-Comique. Aussi, les voir se retrouver dix ans après dans le cadre enchanteur de l’Opéra Royal de Versailles est un vrai plaisir et gage d’une belle qualité tant visuelle que sonore pour Phaéton. Le spectacle tiendra ses promesses malgré quelques surprises. Dans le lot des choses que l’on pouvait attendre, les chanteurs s’expriment en prononciation restituée… mais par contre, l’on est surpris pas la côté moderne de la scénographie ! Benjamin Lazar qui nous avait habitués aux reconstitutions semble ici avoir voulu transgresser le genre pour surprendre ! Malgré un prologue terne, le reste de l’ouvrage montre que l’on peut travailler la tragédie lyrique de cette manière lorsque l’on connaît bien ce type d’ouvrages. Continuer…

Mozart, Salieri et Iolanta à Tours

Il est rare de présenter des opéras russes en France en dehors des quelques uns les plus connus comme Eugen Onegin ou Boris Godounov. Alors il faut saluer le choix de l’Opéra de Tours qui a décidé de monter non seulement Iolanta de Tchaikovsky, mais surtout Mozart et Salieri de Rimsky-Korsakov. Ce dernier n’est que trop rarement mis en avant alors que ses ouvrages sont magnifiques. Bien sûr, les références sont mythiques pour ce petit opéra mais avoir la possibilité de voir sur scène ce duo de partitions est un vrai plaisir. Pour la distribution, l’Opéra de Tours à fait appel à des chanteurs slaves avant tout comme souvent dans ce répertoire mais chœur et orchestre sont de la maison. Pour trois représentations seulement, c’est un gros investissement pour l’institution et il semble que le public ait été au rendez-vous. Continuer…

Huguette Tourangeau (1938-2018)

Il y a quelques jours s’est éteinte l’une de ces voix qui provoquent beaucoup de réactions. Si elle avait ses détracteurs, Huguette Tourangeau avait aussi ses admirateurs. Certains trouvaient sa voix trop étrange, aux registres trop marqués… d’autres justement trouvaient cette voix très personnelle passionnante et immédiatement captivante. La chanteuse restera surtout dans les mémoires pour avoir accompagné pendant quinze ans le couple que formaient Joan Sutherland et Richard Bonynge. En effet elle participera à de nombreux enregistrements chez DECCA mais aussi à de nombreuses productions scéniques. Aussi à l’aise dans le bel-canto que dans le répertoire français, elle restera l’un de ces astres fascinant par leur personnalité. Mais elle n’est pas juste un faire valoir. Elle aura bien sûr un grand appui par Richard Bonynge… mais elle saura marquer les mémoires par sa personnalité et son charisme. Continuer…

Callas en direct – 3/5, 1953-1954 : Medea, Alceste et La Vestale

Voici une facette assez rarement donnée de Maria Callas : son implication dans le répertoire classique. Bien sûr, on la connaît pour sa remise sur le devant de la scène du bel-canto, son implication pour donner ce répertoire dans des conditions les plus conformes à l’époque de la création. C’est elle qui sera la base permettant au couple Bonynge et Sutherland de révéler toutes ces partitions de Bellini ou Donizetti par exemple. Ici, nous aurons Cherubini, Gluck et Spontini. Dans deux cas, des ouvrages écrits pour l’Opéra de Paris et traduits en italien… et un troisième qui sera par la suite adapté pour la capitale dans le cadre de la tragédie lyrique telles qu’elle se donnait en cette fin de royauté en France. Après le répertoire romantique en diable de la précédente partie, voici donc un changement total de répertoire qui demande avant tout de la déclamation et une personnalité de tragédienne. Cette période chroniquée est aussi le moment où le physique de la chanteuse se métamorphose : d’une Médée déjà gracieuse mais encore un peu forte, voici une Julia de La Vestale fragile et fine. Période de mutation donc pour la chanteuse mais pour nous ce sont surtout des rôles qui étrangement ne marqueront pas sa carrière dans l’histoire alors que l’un d’eux au moins était très important pour elle. Ce rapport au drame par contre est totalement en accord avec sa volonté de pouvoir montrer aussi sur scène des personnages le plus crédibles possible. Continuer…

John Nelson et les Troyens : une immense réussite à Strasbourg

Parmi les ouvrages d’Hector Berlioz, Les Troyens est le grand opéra par excellence. Les autres ouvrages n’ont pas les mêmes dimensions. Ici, il est allé chercher non seulement dans le style d’ouvrages qui étaient à la mode à l’Opéra de Paris, mais aussi du côté des grandes tragédies lyriques de Gluck et même chez Rameau ou Lully. La partition est immense et a été maltraitée par l’histoire tant elle a été torturée et coupée au cours des années. Mais malgré tout, il est rare de trouver des opéras de ce style aussi enregistré : on trouve plusieurs versions en DVD, plusieurs studios ou captations en direct de haut niveau technique… là où l’on cherche parfois un seul enregistrement de bonne qualité pour d’autres titres autrement plus glorieux historiquement : La Juive d’Halévy en est l’exemple parfait. Mais Berlioz a cette aura que le pauvre Halévy n’a plus de nos jours. Il ne faut tout de même pas se plaindre d’avoir un nouvel enregistrement de ces Troyens, surtout quand il a été soigné comme ce disque voulu par John Nelson ! Le chef dirige en effet une distribution plus que brillante avec un état de la partition très soigné (même si on peu regretter quelques petits choix dans l’édition choisie). Continuer…

Début de Ring magistral par le Théâtre du Mariinsky et Valery Gergiev

En 2010, Valery Gergiev commençait à enregistrer un Ring intégral sous le label du téâtre. Si c’est d’abord une Walkyrie de 2012 qui a été publiée, l’Or du Rhin de 2010 suivra quelques années plus tard. Le principe de ces enregistrements était simple : avoir pour socle la troupe du Mariinsky ainsi que l’orchestre de ce même théâtre, tout en invitant de grands wagnériens pour les rôles les plus importants. Bien sûr, quelques chanteurs connus internationalement de la troupe étaient de la partie, mais les têtes d’affiche étaient bien sûr des noms encore plus prestigieux : Nina Stemme, René Pape, Jonas Kaufmann… Malheureusement, depuis ces deux parutions aucune suite n’a été publiée et il est même à douter que Siegfried et Le Crépuscule des Dieux aient même été enregistrés. Une brouille avec Nina Stemme semble avoir compromis le projet. Si Die Walküre offrait une vision assez internationale de l’opéra de Richard Wagner, Das Rheingold était déjà plus typé dans ses choix de direction comme dans les chanteurs réunis. Aussi, l’idée de pouvoir entendre enfin une Tétralogie qui repose entièrement sur le Théâtre du Mariinsky de Saint-Pétersbourg est une vraie nouveauté. Cette année, Valery Gergiev nous propose donc le prologue et la première journée en un seul week-end wagnérien. Et à l’automne prochain, ce seront bien sûr les deux dernières journées pour compléter. Et dans les deux cas, seuls des chanteurs du Mariinsky sont réunis pour notre plus grand plaisir. Continuer…

Ravel vu par Millepied et Béjart

Le 9 juillet 2014, le danseur étoile Nicolas Le Riche faisait ses adieux à l’Opéra National de Paris avec un grand gala qu’il clôturait par un Boléro de Ravel chorégraphié par Maurice Bégart. Cette même année, Benjamin Millepied créait son ballet Daphnis et Chloé sur une musique de Ravel toujours. Les deux ballets sont ici réunis alors que l’ancien directeur de la danse à démissionné… et le danseur étoile n’est pas revenu sur la scène de l’Opéra de Paris même en tant qu’invité. D’un côté nous avions donc un ballet moderne tout en couleur et en ambiances musicales, création d’un ancien danseur qui devait par la suite prendre la direction de la danse à Paris.. De l’autre, une chorégraphie maintenant mythique par un grand homme de théâtre qui aura marqué l’histoire de la danse. Une partie du public venait sûrement principalement pour la deuxième partie de soirée, mais au final tout sera fascinant dans ce spectacle. À la lumière et l’épure de Daphnis répond la violence du Boléro. Réunissant des artistes de la troupe du Ballet de l’Opéra de Paris, ce spectacle montre la grande qualité de cette maison mais aussi des fortes individualités qui s’en dégagent au travers de deux danseurs principalement : l’étoile Marie-Agnès Gillot bien sûr… mais aussi le Premier Danseur François Alu dont on entend parler de plus en plus au fur et à mesure de ses prestations sur la scène des opéra Bastille et Garnier. Continuer…

Philémon et Baucis, retour sur la scène de Tours

Depuis quelques années, l’Opéra de Tours offre des opéras rares comme Bérénice d’Albérich Magnard il y a quelques années ou Mozart et Salieri dans quelques mois. Pour cette première production de l’année 2018, il rend honneur à Charles Gounod avec une production du très rare Philémon et Baucis. Alors qu’il lui aurait été simple et sans doute plus rentable de monter Faust ou Roméo et Juliette, la saison propose donc l’un de ces ouvrages si rarement montés depuis de nombreuses dizaines d’années. Cela document de plus un style lyrique très rare de nos jours et qui est totalement absent de nos scènes pour la production de Charles Gounod. Alors que peu de grandes maisons font un véritable effort pour rendre hommage au compositeur, voilà qu’une ville au budget limité se lance dans une recréation en y mettant de beaux moyens. Certes, l’ouvrage ne demande que peu de chanteurs et des décors limités, mais il est à saluer cette prise de risques pour seulement trois représentations alors qu’une saison de l’opéra de Tours ne compte que six productions. Continuer…