Début de Ring magistral par le Théâtre du Mariinsky et Valery Gergiev

En 2010, Valery Gergiev commençait à enregistrer un Ring intégral sous le label du téâtre. Si c’est d’abord une Walkyrie de 2012 qui a été publiée, l’Or du Rhin de 2010 suivra quelques années plus tard. Le principe de ces enregistrements était simple : avoir pour socle la troupe du Mariinsky ainsi que l’orchestre de ce même théâtre, tout en invitant de grands wagnériens pour les rôles les plus importants. Bien sûr, quelques chanteurs connus internationalement de la troupe étaient de la partie, mais les têtes d’affiche étaient bien sûr des noms encore plus prestigieux : Nina Stemme, René Pape, Jonas Kaufmann… Malheureusement, depuis ces deux parutions aucune suite n’a été publiée et il est même à douter que Siegfried et Le Crépuscule des Dieux aient même été enregistrés. Une brouille avec Nina Stemme semble avoir compromis le projet. Si Die Walküre offrait une vision assez internationale de l’opéra de Richard Wagner, Das Rheingold était déjà plus typé dans ses choix de direction comme dans les chanteurs réunis. Aussi, l’idée de pouvoir entendre enfin une Tétralogie qui repose entièrement sur le Théâtre du Mariinsky de Saint-Pétersbourg est une vraie nouveauté. Cette année, Valery Gergiev nous propose donc le prologue et la première journée en un seul week-end wagnérien. Et à l’automne prochain, ce seront bien sûr les deux dernières journées pour compléter. Et dans les deux cas, seuls des chanteurs du Mariinsky sont réunis pour notre plus grand plaisir. Continuer…

Ravel vu par Millepied et Béjart

Le 9 juillet 2014, le danseur étoile Nicolas Le Riche faisait ses adieux à l’Opéra National de Paris avec un grand gala qu’il clôturait par un Boléro de Ravel chorégraphié par Maurice Bégart. Cette même année, Benjamin Millepied créait son ballet Daphnis et Chloé sur une musique de Ravel toujours. Les deux ballets sont ici réunis alors que l’ancien directeur de la danse à démissionné… et le danseur étoile n’est pas revenu sur la scène de l’Opéra de Paris même en tant qu’invité. D’un côté nous avions donc un ballet moderne tout en couleur et en ambiances musicales, création d’un ancien danseur qui devait par la suite prendre la direction de la danse à Paris.. De l’autre, une chorégraphie maintenant mythique par un grand homme de théâtre qui aura marqué l’histoire de la danse. Une partie du public venait sûrement principalement pour la deuxième partie de soirée, mais au final tout sera fascinant dans ce spectacle. À la lumière et l’épure de Daphnis répond la violence du Boléro. Réunissant des artistes de la troupe du Ballet de l’Opéra de Paris, ce spectacle montre la grande qualité de cette maison mais aussi des fortes individualités qui s’en dégagent au travers de deux danseurs principalement : l’étoile Marie-Agnès Gillot bien sûr… mais aussi le Premier Danseur François Alu dont on entend parler de plus en plus au fur et à mesure de ses prestations sur la scène des opéra Bastille et Garnier. Continuer…

Philémon et Baucis, retour sur la scène de Tours

Depuis quelques années, l’Opéra de Tours offre des opéras rares comme Bérénice d’Albérich Magnard il y a quelques années ou Mozart et Salieri dans quelques mois. Pour cette première production de l’année 2018, il rend honneur à Charles Gounod avec une production du très rare Philémon et Baucis. Alors qu’il lui aurait été simple et sans doute plus rentable de monter Faust ou Roméo et Juliette, la saison propose donc l’un de ces ouvrages si rarement montés depuis de nombreuses dizaines d’années. Cela document de plus un style lyrique très rare de nos jours et qui est totalement absent de nos scènes pour la production de Charles Gounod. Alors que peu de grandes maisons font un véritable effort pour rendre hommage au compositeur, voilà qu’une ville au budget limité se lance dans une recréation en y mettant de beaux moyens. Certes, l’ouvrage ne demande que peu de chanteurs et des décors limités, mais il est à saluer cette prise de risques pour seulement trois représentations alors qu’une saison de l’opéra de Tours ne compte que six productions. Continuer…

Charles Gounod et le Prix de Rome

Après Camille Saint-Saëns l’année dernière, le Palazzetto Bru Zane met à l’honneur Charles Gounod en cette année 2018. Mais ce n’est pas totalement innocent car cette année marque en effet le bicentenaire de sa naissance. De nombreuses manifestations ou parutions sont prévues et cette année a commencé par ce livre-disque centré sur sa participation au Prix de Rome. Mais peut de temps après, c’est Le Tribut de Zamora qui revoit le jour, avant la sortie de disques de quatuor ou de cantates religieuses, la venue sur scène de La Nonne Sanglante à l’Opéra-Comique… et la recréation du Faust dans sa version première avec dialogues parlés. Il est par contre dommage que le centre de musique romantique de Venise n’ait pas parrainé aussi l’exhumation de Philémon et Baucis à l’Opéra de Tours qui est une entreprise très courageuse ! Cette année est une opportunité de juger avec honnêteté de la variété de la composition de celui qui est marqué par l’Ave Maria et l’air des Bijoux. Avec ces enregistrements d’ouvrages liés au Prix de Rome, nous pouvons déjà avoir un aperçu de ses partitions alors qu’il est au tournant des vingt ans. Hervé Niquet se fait le défenseur non seulement des trois cantates composées pour le concours entre 1837 et 1839, mais aussi de pièces religieuses créées durant son séjour à la Villa Médicis de Rome. Continuer…

Un Barbier à Marseille par Laurent Pelly

Certains opéras ont un succès phénoménal et Il Barbiere di Siviglia est sans doute l’un d’eux. En quelques mois, Paris voit la reprise de la mise en scène de Damiano Michieletto à l’Opéra Bastille alors qu’en décembre, c’était le Théâtre des Champs-Élysées qui créait une nouvelle production de Laurent Pelly. Marseille reprend justement cette dernière en renouvelant la distribution à l’exception de Florian Sempey, en allant chercher des chanteurs jeunes et pleins d’avenirs… ou de vraies valeurs sûres dans ce répertoire. En effet, Carlos Chausson était distribué à l’origine dans le rôle de Bartolo mais n’a finalement pas pu chanter lors de cette production. Reste donc une distribution assez jeune qui mélange grands spécialistes et chanteurs moins habitués à Rossini. Avec des acteurs très investis et un choix graphique très beau et poétique, Laurent Pelly a réussi non seulement à animer et rendre l’humour de cet ouvrage, mais aussi à ménager de grands moments de poésie et de beauté. Continuer…

Un Bal en noir et blanc pour Sondra Radvanovsky

A l’origine, cette reprise d’Un Ballo in Maschera dans la mise en scène insignifiante de Gilbert Deflo devait voir s’affronter deux grands artistes : Sondra Radvanovsky et Marcelo Alvarez. Il y a quelques mois, le ténor annonçait qu’il renonçait au rôle et donc il ne venait pas dans cette production qu’il créa pourtant il y a un peu plus de dix ans. Il faut dire que son répertoire s’est élargi depuis et l’on peut comprendre ce retrait. Mais du coup, l’affiche semblait bien déséquilibrée et n’affichait donc plus que la grande soprano qui triomphe actuellement dans tous les plus grands théâtres. Ajoutons à cela le retrait définitif des scènes de la mezzo-soprano Luciana D’Intino qui devait chanter Ulrica… et cette série avait tout pour se transformer en récital accompagné. Mais au final, en allant chercher des chanteurs plus jeunes mais de haut niveau, l’Opéra de Paris nous a proposé un spectacle de haute tenue. L’ouvrage de Verdi est bien sûr passionnant, mais le chant l’aura été tout autant ! Continuer…

Un Comte Ory pour les fêtes à l’Opéra-Comique

Gioachino Rossini reste attaché à l’Opéra de Paris par Guillaume Tell, ouvrage qui inaugure avec La Muette de Portici d’Auber ce genre qui triomphera pendant toute la fin du XIXème siècle : le Grand Opéra. Mais avant cela, le compositeur va offrir trois autres opéras en français pour la Grande Boutique… ou plutôt va reprendre trois opéras car pour chacun, il s’agira d’un remaniement d’ouvrage préexistant : Le Siège de Corinthe recycle une bonne partie de Maometto II, Moïse et Pharaon est une version remaniée de Mosé in Egitto… et ce fameux Comte Ory se trouve être en grande partie la musique du Viaggio a Reims composé pour le sacre de Charles X. Pour chacun, le compositeur sait se conformer aux demandes des directeurs de l’Académie Royale de Musique et sur quatre ans, ce seront donc quatre ouvrages qui triompheront sur la scène parisienne alors que ses autres ouvrages en italien continuent toujours d’attirer les foules au Théâtre des Italiens. Longtemps, on a pensé Il Viaggio a Reims perdu… c’était donc surtout au travers de ce Comte Ory que l’on connaissait sa musique. Maintenant, les rôles sont presque renversés tant la cantate royale est montée assez régulièrement et l’opéra français rarement. Continuer…

Callas en direct – 2/5, 1952 : Armida, Norma et Macbeth

Cette deuxième partie du retour sur le coffret regroupant des témoignages en direct de Maria Callas est uniquement centré sur 1952, année où l’on pourrait considérer que la voix est à son zénith : elle a conservé la largeur des premières années dramatiques, tout en ayant gagné déjà tous ses galons de technicienne. C’est donc une voix immense, dramatique à souhait… mais aussi à la technique flamboyante et virtuose. Et l’on a encore ces quelques rôles qu’elle n’abordera plus par la suite comme dans le Rossini seria ou cette fameuse Lady Macbeth. En avançant dans les années et avec la popularité grandissante, on pourrait penser que chacune de ses prises de rôles serait enregistrée avec soin pour un témoignage. Il n’en est malheureusement rien et on verra par la suite combien certains témoignages restent difficiles à écouter. Mais l’on continue à découvrir le parcours de l’artiste vers le bel-canto sur lequel elle va régner par la suite ! Continuer…

Erwin Schrott, Attila conquérant en concert

Perpétuant la traditionnelle venue de l’Opéra de Lyon à Paris, Daniele Rustioni change le thème. Après les opéras belcantistes dirigé par Pidò, voici Verdi et par n’importe lequel vu que c’est rien moins qu’Attila, ouvrage de jeunesse rarement donné mais qui apporte des moments de vrai bonheur musical. L’ouvrage est souvent monté pour une basse avant tout. Samuel Ramey bien sûr… mais aussi Nicolai Ghiaurov par exemple qui nous laissé un superbe enregistrement avec l’immense Piero Cappuccilli. Et il faut aussi trouver une soprano capable de surmonter l’écriture impossible d’Odabella (Cheryl Studer pour Ramey par exemple, ou la controversée mais passionnante Mara Zampieri pour Ghiaurov. Le concert ici présenté rassemble de beaux noms, surtout après l’arrivée surprise d’Erwin Schrott dans le rôle-titre. Le jeune chef italien conduit donc une distribution de haut niveau avec un orchestre et un chœur dont on connaît les qualités. Reste à savoir si l’ouvrage va survivre à la version de concert, mais aussi si les chanteurs réussiront à se hisser à la hauteur de ces personnages démesurés que le jeune Verdi a composés. Continuer…

Devieilhe et Les Siècles, un bonheur ne vient jamais seul!

La carrière de Sabine Devieilhe semble être un modèle du genre. La chanteuse explore tous les répertoires mais en ayant soin de choisir les rôles qui conviennent à sa voix de soprano léger sans la forcer. Du baroque au répertoire contemporain, en passant bien sûr par le répertoire romantique français ! Et à ce titre, sa prise de rôle il y a quelques années dans Lakmé aura été un vrai tournant : non seulement elle s’est imposée dans le grand répertoire mais aussi a fait la rencontre de François-Xavier Roth lors de la production montée en janvier 2014 à l’Opéra-Comique. Après un récital consacré à Rameau puis un autre à Mozart, voici que la jeune soprano nous propose un disque tourné vers le répertoire romantique français (même s’il déborde un peu) que ce soit la mélodie ou l’opéra. L’axe central est bien sûr Lakmé et chef et chanteuse nous emmènent vers ces « Mirages » : orient ou folie, tout ici est irréel. Ce concert se base principalement sur le programme du récital paru il y a peu mais est enrichi par de belles pièces orchestrales soigneusement choisies par François-Xavier Roth dont on connait la curiosité dans ce domaine ! Continuer…