Ravel vu par Millepied et Béjart

Le 9 juillet 2014, le danseur étoile Nicolas Le Riche faisait ses adieux à l’Opéra National de Paris avec un grand gala qu’il clôturait par un Boléro de Ravel chorégraphié par Maurice Bégart. Cette même année, Benjamin Millepied créait son ballet Daphnis et Chloé sur une musique de Ravel toujours. Les deux ballets sont ici réunis alors que l’ancien directeur de la danse à démissionné… et le danseur étoile n’est pas revenu sur la scène de l’Opéra de Paris même en tant qu’invité. D’un côté nous avions donc un ballet moderne tout en couleur et en ambiances musicales, création d’un ancien danseur qui devait par la suite prendre la direction de la danse à Paris.. De l’autre, une chorégraphie maintenant mythique par un grand homme de théâtre qui aura marqué l’histoire de la danse. Une partie du public venait sûrement principalement pour la deuxième partie de soirée, mais au final tout sera fascinant dans ce spectacle. À la lumière et l’épure de Daphnis répond la violence du Boléro. Réunissant des artistes de la troupe du Ballet de l’Opéra de Paris, ce spectacle montre la grande qualité de cette maison mais aussi des fortes individualités qui s’en dégagent au travers de deux danseurs principalement : l’étoile Marie-Agnès Gillot bien sûr… mais aussi le Premier Danseur François Alu dont on entend parler de plus en plus au fur et à mesure de ses prestations sur la scène des opéra Bastille et Garnier. Continuer…

Lea Desandre et Thomas Dunford, en toute simplicité Salle Cortot

Depuis maintenant de nombreuses années, Thomas Dunford fait parti des musiciens les plus demandés du répertoire baroque. Que ce soit pour de participations à de grandes productions comme L’Orfeo dirigé par Paul Agnew ou dans de la musique de chambre comme récemment avec Anne Sophie von Otter, il se montre toujours d’une immense inventivité. Il a beaucoup participé aux spectacles des Arts Florissants et notamment au Festival dans les Jardins de William Christie. Justement, ces Jardins ont aussi vu naître si l’on peut dire Lea Desandre qui participa au Jardin des Voix avant de commencer une carrière soliste de belle envergure dans le domaine baroque. Elle aussi avec Les Arts Florissants bien sûr (toujours cet Orfeo), mais aussi Alcione de Marin Marais dirigé par Jordi Savall par exemple. Dans les deux cas, ce sont des musiciens très à l’aise dans le répertoire baroque et ce récital intimiste à la Salle Cortot prévoyait un programme centré sur le premier baroque italien. Finalement, si des compositeurs comme Monteverdi, Strozzi ou Merula sont bien présents, on se demande ce que vient faire Haendel qui est d’une toute autre nature dans ce répertoire. Mais heureusement, dans tous les cas nous avons une grande musicalité et une grande inventivité dans la musique proposée. Et l’on peut en profiter parfaitement dans le cadre restreint de cette salle à l’acoustique si parfaite ! Continuer…

Philémon et Baucis, retour sur la scène de Tours

Depuis quelques années, l’Opéra de Tours offre des opéras rares comme Bérénice d’Albérich Magnard il y a quelques années ou Mozart et Salieri dans quelques mois. Pour cette première production de l’année 2018, il rend honneur à Charles Gounod avec une production du très rare Philémon et Baucis. Alors qu’il lui aurait été simple et sans doute plus rentable de monter Faust ou Roméo et Juliette, la saison propose donc l’un de ces ouvrages si rarement montés depuis de nombreuses dizaines d’années. Cela document de plus un style lyrique très rare de nos jours et qui est totalement absent de nos scènes pour la production de Charles Gounod. Alors que peu de grandes maisons font un véritable effort pour rendre hommage au compositeur, voilà qu’une ville au budget limité se lance dans une recréation en y mettant de beaux moyens. Certes, l’ouvrage ne demande que peu de chanteurs et des décors limités, mais il est à saluer cette prise de risques pour seulement trois représentations alors qu’une saison de l’opéra de Tours ne compte que six productions. Continuer…

Un Barbier à Marseille par Laurent Pelly

Certains opéras ont un succès phénoménal et Il Barbiere di Siviglia est sans doute l’un d’eux. En quelques mois, Paris voit la reprise de la mise en scène de Damiano Michieletto à l’Opéra Bastille alors qu’en décembre, c’était le Théâtre des Champs-Élysées qui créait une nouvelle production de Laurent Pelly. Marseille reprend justement cette dernière en renouvelant la distribution à l’exception de Florian Sempey, en allant chercher des chanteurs jeunes et pleins d’avenirs… ou de vraies valeurs sûres dans ce répertoire. En effet, Carlos Chausson était distribué à l’origine dans le rôle de Bartolo mais n’a finalement pas pu chanter lors de cette production. Reste donc une distribution assez jeune qui mélange grands spécialistes et chanteurs moins habitués à Rossini. Avec des acteurs très investis et un choix graphique très beau et poétique, Laurent Pelly a réussi non seulement à animer et rendre l’humour de cet ouvrage, mais aussi à ménager de grands moments de poésie et de beauté. Continuer…

Jephtha de Haendel : quand tout est réuni…

Si William Christie et ses Arts Florissants sont surtout connus pour les merveilles qu’ils ont offertes dans le domaine du baroque français, il ne faut pas oublier qu’ils ont aussi œuvré depuis longtemps pour Haendel avec particulièrement de grandes réussites dans l’oratorio. Genre moins démonstratif que l’opéra du même compositeur, la musique en est souvent plus travaillée, la place du chœur beaucoup plus importante… et le chef semble s’y sentir à son aise. Ensemble, ils venaient nous proposer le dernier oratorio du compositeur : Jephtha. Dans une production créée il y a peu à Amsterdam, la scène du Palais Garnier pouvait laisser admirer cet ouvrage passionnant et d’une grande force émotionnelle. La distribution est totalement renouvelée mais pas moins resplendissante. Ian Bostridge remplace Richard Croft, Tim Mead reprend le rôle de Bejun Mehta et Katherine Watson celui d’Anna Prohaska. Dans les deux cas de grands spécialistes, parfois aux profils différents mais toujours d’une grande musicalité et d’un charisme certain. Continuer…

Un Bal en noir et blanc pour Sondra Radvanovsky

A l’origine, cette reprise d’Un Ballo in Maschera dans la mise en scène insignifiante de Gilbert Deflo devait voir s’affronter deux grands artistes : Sondra Radvanovsky et Marcelo Alvarez. Il y a quelques mois, le ténor annonçait qu’il renonçait au rôle et donc il ne venait pas dans cette production qu’il créa pourtant il y a un peu plus de dix ans. Il faut dire que son répertoire s’est élargi depuis et l’on peut comprendre ce retrait. Mais du coup, l’affiche semblait bien déséquilibrée et n’affichait donc plus que la grande soprano qui triomphe actuellement dans tous les plus grands théâtres. Ajoutons à cela le retrait définitif des scènes de la mezzo-soprano Luciana D’Intino qui devait chanter Ulrica… et cette série avait tout pour se transformer en récital accompagné. Mais au final, en allant chercher des chanteurs plus jeunes mais de haut niveau, l’Opéra de Paris nous a proposé un spectacle de haute tenue. L’ouvrage de Verdi est bien sûr passionnant, mais le chant l’aura été tout autant ! Continuer…

Max Emanuel Cenčić : la rivalité entre Haendel et Porpora

Voix extrêmement rare il y a encore 30 ans, le contre-ténor semble être la nouvelle mode de l’univers lyrique. Immense star il y a encore quelques années, il semble que la couverture médiatique de Max Emanuel Cenčić soit amoindrie depuis quelques temps. Il faut dire que depuis 2001, plus d’un grand nom est arrivé avec ces dernières années des Franco Fagioli ou Bejun Mehta par exemple qui ont chacun leurs spécificités. De jeune chanteur baroque (dans tous les sens du terme) à valeur sûre, Cenčić a sû se diversifier en devenant producteur par exemple. Mais la voix est toujours aussi belle. Et celui qui a commencé comme Petit Chanteur de Vienne avant de devenir sopraniste puis contre-ténor a encore beaucoup à dire avec ses arguments propres ! Loin de la démonstration gratuite où certains pourraient avoir tendance à se plonger, le chanteur propose un timbre, une délicatesse et une intelligence. C’est à la découverte de la rivalité entre Haendel et Porpora qu’il nous propose d’assister durant ce récital. Continuer…

Un Comte Ory pour les fêtes à l’Opéra-Comique

Gioachino Rossini reste attaché à l’Opéra de Paris par Guillaume Tell, ouvrage qui inaugure avec La Muette de Portici d’Auber ce genre qui triomphera pendant toute la fin du XIXème siècle : le Grand Opéra. Mais avant cela, le compositeur va offrir trois autres opéras en français pour la Grande Boutique… ou plutôt va reprendre trois opéras car pour chacun, il s’agira d’un remaniement d’ouvrage préexistant : Le Siège de Corinthe recycle une bonne partie de Maometto II, Moïse et Pharaon est une version remaniée de Mosé in Egitto… et ce fameux Comte Ory se trouve être en grande partie la musique du Viaggio a Reims composé pour le sacre de Charles X. Pour chacun, le compositeur sait se conformer aux demandes des directeurs de l’Académie Royale de Musique et sur quatre ans, ce seront donc quatre ouvrages qui triompheront sur la scène parisienne alors que ses autres ouvrages en italien continuent toujours d’attirer les foules au Théâtre des Italiens. Longtemps, on a pensé Il Viaggio a Reims perdu… c’était donc surtout au travers de ce Comte Ory que l’on connaissait sa musique. Maintenant, les rôles sont presque renversés tant la cantate royale est montée assez régulièrement et l’opéra français rarement. Continuer…

Anne Sofie von Otter : Barock is pop!

Anne Sofie von Otter est connue dans le monde entier pour la variété de son répertoire. Elle qui a connu la gloire avec le baroque (on pensera notamment à son Ariodante dirigé par Minkowski) n’a jamais cherché à rester sur son terrain de prédilection, osant tout dans la mélodie comme dans la chanson populaire… et allant jusqu’à des Wagner un peu contestés mais d’une grande intelligence. Car s’il est un mot que l’on peut raccrocher à la mezzo-soprano suédoise, c’est sans doute l’intelligence. Intelligence du texte bien sûr, mais aussi intelligence dramatique et musicale, qui fait qu’elle trouve toujours la nuance juste, la façon de prononcer qui offre toute sa force à un texte chanté. Après les années glorieuses qui lui ont permis de se lancer dans le romantisme le plus tardif (de magnifiques Lied von der Erde dirigés par Claudio Abbado), la voix a commencé à perdre un peu de sa superbe, le volume à réduire sensiblement, la tessiture à se tasser… alors, intelligence encore, la chanteuse est revenue à des répertoires mettant moins en avant la puissance et la vocalité, mais plus le texte et la nuance où elle reste reine. Ce concert plonge dans le baroque en grande partie et pour se faire, elle s’est entourée de deux jeunes musiciens considérés comme les plus virtuoses de leur génération sur leurs instruments respectifs : Thomas Dunford au théorbe et Jean Rondeau au clavecin. Continuer…

Angélique et Marc Mauillon interprètent Caccini et Peri : grande entente pour deux rivaux!

Le baryton Marc Mauillon a fait ses preuves dans le répertoire baroque et semble être aussi bien à son aise dans le répertoire médiéval que dans le contemporain. S’il est principalement reconnu pour ses premiers baroques qu’ils soient italiens (Monteverdi et Rossi) ou français (Lully ou Rameau), il se montre toujours d’une impeccable probité stylistique et d’une grande qualité d’interprétation. Mais il se montre aussi magnifique dans le répertoire de chambre comme la mélodies française romantique… et bien sûr les monodies baroques ! Il y a un an, il sortait avec sa sœur Angélique un récital centré sur deux compositeurs rivaux : Jacopo Peri et Giulio Caccini. Ces deux compositeurs sont considérés comme les plus anciens dont on ait conservé la partition d’un opéra, écrit de plus sur le même texte de Rinuccini. Leurs Euridice firent grand bruit, tout comme les publications de leurs recueils de monodies qui sont ici présentées avec un grand soin et une grande rigueur. Le frère et la sœur sont en effet des spécialistes du domaine et l’on sent une immense complicité entre eux pour nous donner à entendre ces pièces magnifiques mais peu connues. Continuer…